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Aousserd : le Sahara extrême dévoilé en hiver, un territoire isolé

par Lea
France

Un matin de janvier, à Aousserd, le thermomètre indique 19°C à l’ombre près du poste Minurso. Le territoire saharien marocain n’est praticable que durant environ trois mois, et c’est précisément pendant cette fenêtre hivernale que les circuits désertiques deviennent accessibles en dehors de l’été. Tandis que les itinéraires autour de Tozeur et les zones voisines connaissent une affluence saisonnière, Aousserd demeure enclavé et garde son désert de Tiris intact.

Le calendrier saharien qu’Aousserd impose

Décembre est perçu comme une libération. Les températures maximales passent de 29°C en août à environ 20°C en hiver. La nuit, le mercure peut descendre jusqu’à 12°C, rendant le bivouac possible pour des nuits plus clémentes. Les 350 kilomètres depuis Dakhla se parcourent désormais en 6 heures au lieu de 8. Les pistes du désert de Tiris, impraticables sous la fournaise estivale, redeviennent navigables pour les 4×4.

Ce que le désert de Tiris cache trois mois par an

Le paysage minéral du Dévonien

Le désert de Tiris dévoile des étendues ocre datant de 400 millions d’années. L’altitude moyenne est de 407 mètres, offrant un panorama lunaire dépourvu de végétation. Les formations rocheuses datant du Dévonien percent le manteau saharien.

Les sites rupestres millénaires

Bu Lariah, Gleibat Ensur, Mâatallah sont des noms berbères désignant des sites archéologiques dans un rayon de 50 kilomètres. Gravures néolithiques et pré‑islamiques témoignent d’occupations humaines anciennes. Aucun gardiennage, aucune signalétique. Ces trésors restent bruts et accessibles uniquement avec un guide de la tribu Oulad Delim. Ces pierres parlent, mais il faut savoir les écouter, selon un ancien nomade qui connaît chaque wadi depuis 40 ans.

Aousserd en hiver : l’expérience saharienne vraie

Vivre au rythme du poste Minurso

L’installation se fait au campement bédouin semi‑permanent près du poste ONU. Les nuits sous tente berbère traditionnelle supportent désormais les -2°C nocturnes sans risque. Les journées d’observation ornithologique révèlent la migration hivernale des rapaces vers l’Afrique subsaharienne.

La gastronomie bédouine de survie

Le thé à la menthe ponctue chaque rencontre. Le tajine de dromadaire aux dattes se mijote lentement sous braise. Les dattes Medjool locales et le lben fermenté complètent cette cuisine de subsistance. Le pain cuit sous braise accompagne chaque repas. Cette gastronomie minimale illustre l’adaptation millénaire au climat désertique extrême du Tiris.

Le contraste Aousserd-Merzouga

Pendant que Merzouga accueille circuits 4×4 et camps de luxe, Aousserd demeure un territoire militarisé frontalier. Aucun hôtel, aucun restaurant. Pas de wifi, pas de réseau mobile stable dans le Tiris. L’hiver transforme ce no man’s land en sanctuaire pour les voyageurs en quête d’isolement extrême. L’accès est contrôlé et une autorisation est souvent nécessaire.

Vos questions sur Aousserd répondues

Comment accéder à Aousserd en hiver ?

Vol vers Dakhla via Air Arabia ou Royal Maroc depuis Casablanca. Puis 350 kilomètres en 4×4 avec chauffeur local obligatoire sur pistes non goudronnées. Compter 600 à 800 € pour le transfert aller‑retour et le guide spécialisé Tiris. Une autorisation militaire est souvent requise pour cette zone frontalière avec la Mauritanie; prévoir un délai de 2 à 3 semaines avant le départ.

Quelle est la tradition Oulad Delim locale ?

Tribu nomade bédouine historique du Sahara occidental. Culture transmise oralement par poésie hassanya. Hospitalité rituelle selon les codes tribaux ancestraux. Élevage de dromadaires en extension malgré une sédentarisation partielle. Structures sociales tribales préservées dans ce territoire isolé.

Aousserd versus Erg Chebbi ?

Erg Chebbi propose des dunes orange photogéniques et environ 150 000 visiteurs annuels, avec camps confortables accessibles toute l’année. Aousserd offre un désert minéral rocheux et attire moins de 100 visiteurs annuels estimés, avec un campement plus sommaire. L’accès est limité décembre-février pour Aousserd, tandis qu’Erg Chebbi est davantage fréquenté et instagrammable. Le désert y est vivant mais Aousserd reste un espace géologique brut et authentique.

Écrin nocturne et solitude

Le vent nocturne peut atteindre -2°C autour du campement du Tiris. Au‑dessus, la Voie lactée se déploie dans un ciel sans pollution lumineuse. Ce territoire extrême n’accueille les humains que durant environ trois mois par an; le reste du temps, le désert reprend son silence.

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