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    L’Europe doit défendre le droit international avec discernement, selon Gérard Araud

    France

    L’enlèvement de Maduro a relancé le débat sur le droit international et sur ce qu’il peut apporter aux Européens qui cherchent à comprendre les règles qui régissent les relations entre États. Cette question n’est pas nouvelle : elle invite à revenir aux principes de base qui fondent le droit international. Celui-ci n’est pas un gendarme, ni un juge universel : c’est un ensemble d’usages et de normes que les États reconnaissent comme utiles pour coexister.

    Le droit international se compose de règles coutumières et de règles écrites. Le statut des agents diplomatiques et consulaires en est un exemple : les protections ont été précisées puis formalisées par des traités et des conventions. Des traités et des accords se sont accumulés au fil des siècles, fondés sur l’intérêt des États à les conclure et à les appliquer. Et lorsque les États changent d’avis ou que l’environnement international évolue, ils n’hésitent pas à remettre en cause leur signature, avec ou sans publicité.

    Autre constat : le droit international manque de mécanismes coercitifs clairs. Il n’existe pas de gendarme ni de juge compétent qui puisse sanctionner les manquements. Cette réalité peut nourrir le sentiment que les règles deviennent des usages où les puissants s’arrogent le droit de les ignorer lorsque cela leur convient. Pour autant, l’idée d’un ordre minimal de protections demeure l’un des ressorts du système.

    Dans ce cadre, la question des avoirs russes gelés sur le territoire européen illustre les tensions entre droit de propriété et obligations internationales. Pour certains, interdire ou geler les avoirs d’un État en dehors d’une guerre déclarée pourrait fragiliser l’ordre financier international. Pour d’autres, la solidarité avec l’ordre juridique international justifie de telles mesures malgré des coûts économiques.

    Dans ce contexte, ce n’est ni l’aveuglement ni la naïveté qui guide l’attachement du reste du monde au droit international. Ils connaissent les limites qu’ils ont eux-mêmes parfois transgressées ou dont ils ont été victime. Mais ils savent que, loin d’être isolés, ils partagent cet attachement avec la grande majorité des États qui ne veulent pas devenir des proies de puissances ou de prédateurs. C’est cela le véritable réalisme: chercher des alliés là où ils se trouvent, par exemple au Mexique, à Brasilia, à New Delhi ou ailleurs, pour résister à l’ensauvagement du monde.

    Cependant, nous ne pourrons y parvenir qu’à deux conditions : être nous-memes exemplaires, ce que nous ne sommes pas aujourd’hui en nous taisant sur Gaza ou sur le Venezuela, et respecter la souveraineté des autres. À cet égard, le droit international protégerait les dictateurs, affirme-t-on. Mais qui déciderait vraiment qui est ou n’est pas un dictateur?

    Loin de toute confiance béate dans des règles non garanties par des mécanismes opérationnels, les Européens doivent sortir d’un récit historique en se réarmant intellectuellement et matériellement face au monde qui vient. Ils doivent se défendre certes, mais aussi promouvoir la vision du monde qui est la leur.

    Vouloir hurler avec les loups comme certains le prétendent ne correspond pas aux intérêts et au génie de nos peuples. Nous n’avons pas d’ambition géopolitique démesurée et notre longue histoire nous a appris l’illusion et le coût. Nous sommes des puissances de statu quo, mais ce statu quo ne va pas de soi. Sa légitimité repose sur le droit et sa solidité de notre fermeté. Cet équilibre doit être trouvé pour être le « sage de la montagne » dans un monde qui perd ses repères.

    En définitive, il s’agit d’un équilibre à préserver: être fidèles au droit tout en restant pragmatiques face aux défis du monde. Le droit international ne garantit pas tout, mais il reste le cadre commun sur lequel l’Europe peut construire sa sécurité et sa voix.

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