Au port de M’tsapéré, lundi 9 février en début d’après-midi, les barques et les bateaux de pêche s’enlisent dans la vase laissée par le lagon à marée basse. Sur le quai, les étals restent vides, tandis que quelques vendeurs s’activent sous le soleil, proposant du poisson en quantités très restreintes. Un d’eux écale avec vigueur des vivaneaux rouges pour un client qui attend patiemment.

Le ramadan est une période importante pour les habitants, et la rupture du jeûne y est particulièrement marquée. Depuis plusieurs mois, après l’expiration de la dérogation permettant la pêche avec des embarcations non conformes aux normes européennes, la situation demeure difficile: vendre du poisson est compliqué et l’accès en est tout aussi problématique pour les habitants.
« Il nous faut du poisson, le ramadan approche et pour le moment c’est plus difficile d’en trouver », assure l’acheteur du jour. Un vendeur assis près d’une glacière le long du quai ajoute : « Ce n’est pas simple pour nous parce que le ramadan est une période importante, et il n’y a plus de stocks ».
Un peu plus loin, installé à l’ombre d’un arbre, faute de pouvoir travailler, un pêcheur confie que la pêche au thon et à la bonite reste possible, mais que « les Mahorais ont besoin de poissons de fond »: vivaneaux, empereurs, capitaines ou rougets, nécessaires pour les plats servis lors de la rupture du jeûne, tels que le poisson au coco, le bouillon, les brochettes ou le riz au poisson.
Face à cette situation, certains pêcheurs prennent des risques et continuent d’aller pêcher malgré l’interdiction.

Après l’élection de la CAPAM, une réunion était prévue avec la préfecture. Le 19 janvier, Abdoul Karim Saïd Nidhoim, président du syndicat maritime des pêcheurs professionnels de Mayotte, avait indiqué que la préfecture avait accepté le renouvellement de la dérogation et que des « conventions de bonne conduite » permettraient à certains pêcheurs de rejoindre le banc de la Zélée Affaires, situé à environ 110 km au nord-est de Mayotte. Depuis, les pêcheurs attendent toujours une solution durable.
Cette solution pourrait intervenir à partir du 17 février, selon Charif Abdallah, président de la coopérative de pêche de M’tsapéré, lors d’une nouvelle réunion entre la Chambre d’Agriculture, de la Pêche et de l’Aquaculture de Mayotte et la préfecture. L’objectif est d’installer les nouveaux membres élus de la CAPAM et d’élire le nouveau président de la Chambre, après les résultats du 3 février. Pour le collège des pêcheurs, le Syndicat maritime des pêcheurs professionnels se place en tête.
« Ça va encore prendre du temps pour trouver une solution », souligne Charif Abdallah, ajoutant que des pêcheurs réunionnais pourraient venir s’installer sur des postes mahorais, ce qui les freinerait encore davantage.
Des explications sur l’utilisation des redevances thonières avaient été attendues. Si le blocage trouve son origine dans la structuration de la filière, le sénateur Saïd Omar Oili avait demandé à la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou que les fonds perçus des redevances thonières des armateurs seychellois pêchant dans les eaux territoriales soient affectés au renouvellement de la flotte, estimant l’enveloppe à plus de 1,8 million d’euros.
« L’argent a été principalement utilisé pour financer le bateau qui contrôle les pêcheurs sur le lagon au lieu de le redistribuer », dénonce Charif Abdallah.
La préfecture n’a pas répondu à nos demandes d’informations concernant la situation des pêcheurs.
Pour mémoire, la pêche avec des embarcations non conformes aux normes européennes expose les pêcheurs à des sanctions, allant de l’amende administrative à la confiscation du bateau, voire à l’interdiction temporaire de pêche.