Meta a réduit un programme interne qui devait enregistrer des mouvements de souris, des frappes clavier et d’autres actions de salariés américains pour entraîner ses agents d’intelligence artificielle. Le recul reste partiel: la collecte n’est pas abandonnée, mais elle doit commencer avec un périmètre plus limité après des inquiétudes internes sur la vie privée, le travail quotidien et la performance des ordinateurs.
L’affaire est révélatrice d’un problème qui dépasse Meta. Les grands laboratoires cherchent des données capables d’apprendre à des agents IA comment se comporter dans des interfaces de travail réelles. Mais lorsque ces données viennent des ordinateurs professionnels des salariés, le gain technique se heurte immédiatement à la confiance au travail.
Ce qui change dans le programme interne
Le programme concerné est présenté sous le nom de Model Capability Initiative. Son principe consiste à capter des actions réalisées sur ordinateur professionnel afin d’alimenter l’entraînement de systèmes capables d’utiliser des logiciels, de cliquer dans des menus, d’enchaîner des raccourcis ou de naviguer dans des applications.
La première version prévoyait une captation plus large. Après les retours des salariés, Meta a indiqué en interne que le démarrage passerait par une collecte de trente minutes d’activité par personne et par jour, avant toute montée en volume. Des ajustements techniques ont aussi été mentionnés pour réduire l’impact sur les batteries et la connexion.
La chronologie courte
| Avril 2026 | Meta déploie le programme sur des ordinateurs professionnels aux États-Unis. |
|---|---|
| Fin mai | Les critiques internes portent sur la vie privée, le flux de travail et la performance des machines. |
| Début juin | L’entreprise réduit le périmètre annoncé et fixe un démarrage limité à trente minutes par salarié et par jour. |
Pourquoi les salariés ont réagi
Le point sensible n’est pas seulement la quantité de données. Les informations visées peuvent inclure des gestes très fins: clics, frappes, actions dans des applications et, dans certains récits, contenus de messages saisis sur ordinateur professionnel. Même dans un cadre d’entreprise, ce niveau de collecte transforme l’entraînement IA en sujet de gouvernance interne.
Meta défend l’objectif technique: former des agents capables d’accomplir des tâches numériques plus proches de l’usage humain. La contestation porte sur la méthode, le moment choisi et l’absence de marge claire pour les salariés concernés. Une porte-parole de Meta a refusé de commenter publiquement le mémo interne cité par Reuters.
Pourquoi le cas européen est différent
Pour un lecteur français, l’intérêt du dossier tient aussi au contraste réglementaire. Le programme décrit concerne les salariés américains. En Europe, une collecte systématique comparable serait beaucoup plus exposée au droit des données personnelles, notamment au RGPD, surtout si les salariés ne disposent pas d’un choix réel ni d’une information très précise.
Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que Meta prépare un déploiement identique en France. Le fait confirmé est plus limité, mais déjà important: l’entreprise veut entraîner des agents IA avec des traces de travail réel et a dû réduire son approche face aux objections internes.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
- Le volume réel de données collectées après la limite initiale de trente minutes.
- La possibilité, ou non, pour les salariés de refuser certains enregistrements.
- La manière dont Meta séparera entraînement IA, contrôle interne et données personnelles.
La leçon immédiate est simple: les agents IA ne se construisent pas seulement avec des modèles plus puissants. Ils exigent aussi des données de gestes ordinaires, et ces données deviennent rapidement un sujet social, juridique et managérial.
