L’ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a été condamné lundi 22 juin 2026 à 500 euros d’amende avec sursis pour diffamation envers un magistrat. Le tribunal correctionnel de Paris lui reproche des propos écrits dans son ouvrage J’ai dit oui, dans lequel il accusait l’ancien juge d’instruction Édouard Levrault d’avoir violé le secret de l’instruction. L’ancien ministre dispose de dix jours pour faire appel.
Les condamnations prononcées
Outre l’amende de 500 euros avec sursis, le tribunal a condamné solidairement Éric Dupond-Moretti et son éditeur Michel Lafon à verser 4 000 euros de dommages et intérêts au magistrat. L’éditeur a lui-même été condamné à 500 euros d’amende. Le magistrat, qui réclamait 30 000 euros de dommages et intérêts, a obtenu une reconnaissance judiciaire, mais sans atteindre le montant demandé. En avril, à la barre, il avait dénoncé « la malveillance » et « la hargne fielleuse » de l’ancien ministre.
Une relaxe partielle et une citation annulée
La décision n’est pas uniforme. Le tribunal correctionnel a annulé, pour des questions de forme, la citation directe qui visait des propos similaires tenus à l’oral par Éric Dupond-Moretti lors de son seul-en-scène joué à Paris l’an dernier. L’ancien ministre a par ailleurs été relaxé pour des passages contenus dans un autre de ses ouvrages, Juré, craché. Seule la diffamation portant sur J’ai dit oui a donc été retenue.
Un conflit né d’une affaire monégasque
L’affaire trouve son origine dans un dossier monégasque impliquant un commissaire de police défendu par Éric Dupond-Moretti, alors avocat, et instruit par le juge Édouard Levrault, à l’époque détaché à Monaco. Alors que l’enquête était encore en cours, le magistrat avait participé en juin 2020 à un documentaire de l’émission « Pièces à conviction » consacré à plusieurs affaires de corruption ayant ébranlé la principauté. Éric Dupond-Moretti lui avait ensuite reproché, dans son livre, d’avoir violé le secret de l’instruction — des accusations que le tribunal a jugées constitutives de diffamation.
Ce qu’il reste à venir
Éric Dupond-Moretti, qui a quitté le ministère de la Justice en 2024, dispose d’un délai de dix jours pour interjeter appel. En cas d’appel, la condamnation n’est pas définitive et l’ancien ministre reste libre de toute inscription au casier judiciaire tant que la décision n’est pas irrévocable. L’affaire, très suivie dans les milieux judiciaires et médiatiques, pose plus largement la question de la frontière entre critique publique des magistrats, réputation de ces derniers et confiance dans l’institution judiciaire.
Sources
- franceinfo — L’ancien ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti condamné pour avoir diffamé un magistrat
- Midi Libre — Éric Dupond-Moretti condamné à 500 euros d’amende pour diffamation contre un juge
- Parlons Politique — Condamnation de Dupond-Moretti : quand une accusation contre un magistrat ravive le débat sur la confiance en justice
