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    BCE : Lane confirme que l’inflation restera au-dessus de 2 % jusqu’en 2027, même avec la paix au Moyen-Orient

    L’économiste en chef de la Banque centrale européenne, Philip Lane, a confirmé mardi 23 juin devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen à Bruxelles que l’inflation en zone euro restera supérieure à l’objectif de 2 % « pendant un certain temps », et ce jusqu’au premier semestre 2027, y compris dans l’hypothèse d’un règlement du conflit au Moyen-Orient. Cette intervention, la première prise de parole détaillée de M. Lane depuis la hausse du taux de dépôt à 2,25 % décidée le 11 juin, fixe la tonalité monétaire des prochains mois : la BCE se donne du temps mais n’exclut pas de poursuivre le resserrement. Les marchés n’accordent qu’une chance sur cinq à un nouveau mouvement en juillet et ne voient la prochaine décision pleinement anticipée qu’en décembre.

    Pourquoi c’est important

    Le message de Francfort intervient quelques jours seulement après la révision à la hausse des projections macroéconomiques françaises publiée le 16 juin par la Banque de France. L’institution dirigée par Emmanuel Moulin ramène la croissance du PIB à 0,5 % en 2026 (contre 0,9 % en mars) et relève la prévision d’inflation à 2,5 % en moyenne annuelle, contre 1,7 % trois mois plus tôt. Le scénario est désormais celui d’une économie française qui patine au premier semestre avant un rebond à 0,9 % en 2027 et 1,2 % en 2028, sous l’hypothèse d’une détente des prix de l’énergie.

    Pour les ménages et les entreprises, la conjonction de ces deux messages – BCE prudente mais hawkish et BdF plus pessimiste sur la croissance – verrouille un environnement de taux durablement plus élevés qu’au début de l’année. Le retour à une inflation conforme à la cible de 2 % n’est plus attendu avant 2028 dans le scénario central de la BdF, et l’horizon est encore plus flou du côté de Francfort.

    Ce que disent les chiffres

    L’inflation zone euro a dépassé 3 % sur un an en mai 2026, portée par un choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient déclenchée fin février et à la flambée des prix du pétrole qui en a résulté. Pour la Banque de France, l’IPCH français atteindrait 2,5 % en 2026 en moyenne, avec un pic tiré par le transport aérien – affecté par le renchérissement du kérosène – et les prix alimentaires, en lien avec la hausse des matières premières agricoles et des engrais. L’inflation hors énergie et alimentation resterait à 1,6 % en 2026, puis remonterait à 2,1 % en 2027 sous l’effet de la transmission différée des coûts énergétiques aux biens industriels et de la diffusion des salaires aux prix des services.

    Philip Lane a qualifié la réponse monétaire de « mesurée » et « calibrée en fonction de ce que nous observons », refusant d’évoquer une « réponse massive ou gigantesque ». Le gouverneur de la banque centrale slovaque, Peter Kazimir, l’une des voix les plus restrictives du Conseil des gouverneurs, a de son côté estimé que Francfort « n’avait pas encore achevé sa mission », estimant que la paix au Moyen-Orient « ne réparera pas instantanément les dégâts causés par l’inflation ». La BCE a publié mardi des graphiques montrant que la récente baisse des prix du pétrole replace désormais le baril entre les scénarios « de référence » et « plus modéré » de Francfort, ce qui réduit l’urgence d’agir dès juillet.

    Olivier Klein, professeur d’économie à HEC, relève dans une tribune publiée lundi 22 juin dans Les Échos que l’inflation actuelle « provient d’abord d’un choc énergétique importé, lié notamment à la guerre en Iran et aux tensions sur les approvisionnements, et non d’une surchauffe de la demande interne ». Il s’interroge sur le choix d’une hausse de 25 points de base « alors que la croissance ralentit déjà, que le crédit se resserre et que les taux longs se situent à des niveaux élevés », y voyant le signe que la BCE a choisi de défendre sa crédibilité anti-inflationniste au prix d’un risque accru sur l’activité.

    Ce que cela change pour les ménages et les entreprises

    Pour les ménages, le principal effet passe par le crédit. Le relèvement du taux de dépôt à 2,25 % se transmet mécaniquement aux taux des nouveaux prêts immobiliers et à la rémunération des livrets réglementés. À ce stade, les banques françaises répercutent la hausse sur les barèmes de printemps, et la perspective d’une inflation qui reste au-dessus de la cible jusqu’en 2027 éloigne l’hypothèse d’une baisse des taux directeurs avant la fin de l’année. Pour les emprunteurs, cela signifie une renégociation plus difficile et un coût du crédit qui reste élevé ; pour les épargnants, une rémunération des livrets bancaires susceptible d’être relevée à nouveau.

    Pour les entreprises, le message est plus ambivalent. La Banque de France table sur un rebond de l’investissement en 2027 et 2028, porté par la demande intérieure et l’effort public en faveur de la défense et des infrastructures. Mais dans l’immédiat, la hausse des taux directeurs renchérit le coût des financements bancaires – les nouveaux prêts aux entreprises étaient encore à 3,62 % en avril dans la zone euro selon les statistiques de la BCE – et alourdit la charge de la dette pour les sociétés les plus endettées. Les entreprises exportatrices bénéficient en revanche du soutien de la demande publique européenne et de la dynamique de l’intelligence artificielle, deux facteurs que Philip Lane cite parmi les soutiens de la croissance.

    Pour les finances publiques françaises, l’horizon est moins favorable. La BdF anticipe une légère hausse du déficit public en 2026 en l’absence de mesures additionnelles, et un ratio d’endettement public qui continuerait de croître vers 122 % du PIB fin 2028, en divergence avec la moyenne de la zone euro. Dans son scénario le plus défavorable – où l’inflation IPCH atteindrait 4,0 % puis 3,9 % en 2026 et 2027 – la croissance stagnerait sur deux ans avant un rebond en 2028, un tableau qui complique singulièrement la trajectoire de désendettement.

    Les signaux à surveiller

    • La prochaine réunion de la BCE (juillet) : les marchés n’accordent qu’une probabilité de 20 % à une nouvelle hausse. Une surprise hawkish relancerait la pression sur les taux longs européens.
    • L’OAT 10 ans française : déjà à 3,69 % vendredi 12 juin avec un spread de 71 points de base face au Bund, elle reste l’indicateur avancé du coût de refinancement de l’État et du crédit immobilier en France.
    • L’évolution du prix du pétrole : la trajectoire dépend largement des négociations entre les États-Unis et l’Iran et de la réouverture du détroit d’Ormuz. Une flambée relancerait l’inflation importée.
    • Les salaires nominaux : la BCE surveille le risque d’une spirale salaires-prix. Une accélération des salaires dans les négociations de branche donnerait des arguments aux faucons du Conseil des gouverneurs.
    • Les prochaines projections de la Banque de France : attendues à l’automne, elles intégreront l’effet des décisions monétaires de l’été et l’évolution du conflit au Moyen-Orient.
    • Le budget 2027 français : Bruxelles a déjà anticipé un rebond du déficit. Les arbitrages de l’automne prochain détermineront si la trajectoire de la dette publique s’infléchit ou continue de diverger.

    Sources

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