Cinq ans et demi après la disparition de Delphine Jubillar dans le Tarn, son mari Cédric a franchi un pas que ses proches et la justice attendaient plus ou moins : il a reconnu, dans une lettre manuscrite remise à son avocat Me Pierre Debuisson, sa responsabilité dans la mort de son épouse. L’écrit, consulté par La Dépêche du Midi et confirmé lundi 6 juillet par plusieurs sources concordantes, survient à quelques semaines du procès en appel qui doit se tenir à Toulouse à partir du 21 septembre 2026.
« Il m’a remis un écrit détaillé en formulant des aveux de culpabilité », résume Pierre Debuisson, l’un des deux avocats (avec son père Guy Debuisson) qui ont repris la défense de Cédric Jubillar début 2026. Joint par France Télévisions, le pénaliste toulousain explique que son client « était à bout de cette situation et avait besoin de parler ». Une conférence de presse de l’avocat est prévue lundi à 13 heures.
Une ligne de défense qui bascule
Jusqu’ici, le peintre-plaquiste de 38 ans niait toute implication dans la disparition de Delphine Aussaguel, infirmière tarnaise de 33 ans, survenue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines (Tarn). En octobre 2025, la cour d’assises du Tarn l’avait néanmoins condamné à trente ans de réclusion criminelle, malgré l’absence de corps. Le retournement de défense fragilise une partie du dossier de l’accusation : la défense de Jubillar indique désormais qu’il « reconnaît formellement son entière responsabilité dans la disparition de sa femme », tout en réservant « les détails des circonstances » à la justice.
Plusieurs éléments matériels du dossier sont en revanche confirmés par l’écrit, selon La Dépêche du Midi qui a pu le consulter. Cédric Jubillar reconnaît notamment que la Peugeot 207 bleue du couple a été utilisée pour transporter la dépouille. Il indique être prêt à livrer « toutes les précisions nécessaires » sur la localisation du corps, que des sources proches du dossier situent « à quelques kilomètres du domicile du couple », selon Sud Ouest et Le Parisien. En parallèle, il conteste certains éléments du faisceau d’indices, « notamment la position de la voiture ».
Le rôle des avocats Debuisson
La défense de Cédric Jubillar a été entièrement recomposée ces derniers mois. Le pénaliste star Frank Berton s’est retiré du dossier fin juin 2026, évoquant des « questions d’éloignement » qui ne facilitaient plus les échanges avec son client. Le tandem Pierre et Guy Debuisson, père et fils, dont les noms sont associés à plusieurs grandes affaires criminelles régionales (affaire Viguier, joggeuse de Bouloc, disparition d’Amandine Estrabaud), avait posé comme condition à leur entrée dans le dossier une amélioration des conditions de détention de Jubillar.
Détenu à la maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne) depuis le 18 juin 2021, Cédric Jubillar était placé à l’isolement depuis près de cinq ans. Pierre Debuisson avait alerté dès avril 2026 sur la dégradation de l’état de santé de son client, évoquant une situation « indigne » et des conditions « incompatibles avec un procès équitable ». C’est dans ce contexte que, selon ses avocats, s’est construite la « relation de confiance » qui a permis la libération de la parole : « J’ai senti un homme affaibli, mais qui avait besoin de parler. Au fil de nos rencontres, il a reconnu sa participation dans cette affaire, avec soulagement, après toutes ces années où il s’est senti maltraité par les enquêteurs et harcelé par la pression médiatique », explique Pierre Debuisson à La Dépêche du Midi.
Une démarche tournée vers les enfants
Au-delà de l’aveu, les avocats insistent sur l’objectif affiché par leur client : « Dans cette démarche, il veut aussi donner une sépulture à la mère de ses deux enfants », confie Pierre Debuisson. Le corps de Delphine Jubillar n’a en effet jamais été retrouvé. Laëtitia, la sœur de Delphine, ainsi que les avocats des parties civiles représentant les enfants Jubillar, devaient réagir dans les heures suivant l’annonce.
Cette configuration place le procès en appel de septembre dans une situation procédurale inédite. Une condamnation initiale à trente ans couplée à des aveux complets change la nature des débats à venir : la défense peut désormais envisager une posture de repentance, et les parties civiles obtenir des informations sur la localisation du corps et les circonstances exactes de la mort, restées hors d’atteinte depuis cinq ans et demi.
Ce qui est confirmé, ce qui reste inconnu
| Confirmé par les sources | Inconnu ou réservé à la justice |
|---|---|
| Cédric Jubillar a remis une lettre manuscrite à son avocat Pierre Debuisson reconnaissant sa responsabilité dans la mort de son épouse. | Les circonstances précises du meurtre (lieu, heures, gestes exacts) restent réservées à la procédure judiciaire. |
| Il a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle en octobre 2025 par la cour d’assises du Tarn. | L’emplacement exact du corps n’est pas encore communiqué. |
| Le procès en appel est prévu à Toulouse à partir du 21 septembre 2026. | L’impact procédural précis sur le procès en appel (renvoi, requalification, peines) n’est pas encore tranché. |
| La Peugeot 207 bleue du couple a été utilisée pour transporter la dépouille, selon la lettre. | Les contestations précises sur le faisceau d’indices n’ont pas été détaillées publiquement. |
| Les enfants de Delphine Jubillar sont aujourd’hui adolescents. | La date de la conférence de presse détaillée de Me Debuisson (lundi 6 juillet 13 h) pourrait faire évoluer certains éléments. |
Calendrier judiciaire à venir
Plusieurs rendez-vous sont désormais attendus. La conférence de presse de Me Pierre Debuisson, lundi 6 juillet à 13 heures, devrait préciser le périmètre exact des aveux et les suites procédurales envisagées. Les réactions des parties civiles et du parquet de Toulouse, qui a fait appel de la condamnation initiale en suivant les réquisitions, sont également attendues dans les jours qui viennent. Enfin, la cour d’appel de Toulouse devra se prononcer sur l’organisation du procès en appel fixé au 21 septembre, dans un dossier dont la physionomie vient d’être profondément modifiée par le courrier remis à Me Debuisson.
Sources
- La Dépêche du Midi — EXCLUSIF. Cédric Jubillar passe aux aveux et reconnaît sa responsabilité dans la disparition de son épouse Delphine, cinq ans après les faits
- franceinfo — Cédric Jubillar a reconnu dans un courrier le meurtre de son épouse Delphine Aussaguel
- Sud Ouest — Affaire Delphine Jubillar : son mari Cédric avoue le meurtre dans une lettre, le corps se trouverait près du domicile du couple
- Midi Libre — Affaire Jubillar : « Il avait besoin de parler »… L’accusé Cédric Jubillar reconnaît le meurtre de son épouse Delphine
- Le Parisien — Meurtre de Delphine Jubillar : le corps se trouverait à quelques kilomètres du domicile du couple, Cédric Jubillar prêt à coopérer
