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    « لا سمح الله » : une pièce engagée sur la résistance palestinienne

    Palestine, Algérie, Canada

    La pièce de théâtre « لا سمح الله » d’Amar Qawasmi s’impose comme une œuvre engagée, reflétant la résistance palestinienne à travers un récit mêlant art, politique et langue. Dès son titre, la pièce évoque l’effervescence de la bataille d’Al-Aqsa et s’inscrit dans une dynamique de soutien emblématique à la cause palestinienne, où la résistance devient le cœur de sa narration.

    Une mise en scène forte et symbolique

    Divisée en cinq scènes, la pièce s’ouvre sur une « tableau » proche d’une « fantaisie réaliste ». Ce premier acte plonge immédiatement dans la souffrance de Gaza, dénonçant la tragédie et les crimes de guerre subis par les civils en 2023. À travers une retransmission télévisée fictive, le spectateur est confronté à des images poignantes de l’agression israélienne, qui servent de base à une transition temporelle surprenante.

    Les dialogues font alors apparaître les fantômes de figures historiques, telles que l’ancien président algérien Mohamed Boudiaf (représenté par Houari Boumédiène), ainsi que deux enfants palestiniens emblématiques, Mohamed al-Dura (martyre de la seconde Intifada en 2000) et Mohammed Abou Louli (victime psychologique des événements d’octobre 2023). Ce mélange de temporalités efface la notion de chronologie et convoque la mémoire collective, unissant passé et présent dans un engagement patriotique profond.

    Dialogue entre théâtre et traduction

    Les quatre scènes suivantes se déroulent dans des lieux variés au Canada, mêlant le café, l’amphithéâtre universitaire et un bureau administratif. La pièce navigue entre le théâtre et la traduction, car les dialogues, initialement en anglais, sont traduits en arabe, introduisant un double niveau de sens et de communication. Cette coexistence souligne le rôle de la traduction comme vecteur de transmission culturelle et politique.

    Amar Qawasmi incarne lui-même le rôle de traducteur, renforçant la dimension métathéâtrale de son œuvre. La pièce explore également des thématiques linguistiques complexes telles que la politique linguistique, l’arabisation, l’emprunt lexical, et les « pièges de la traduction ». Ces questions enrichissent la réflexion sur le rapport entre langue et identité dans le contexte du conflit israélo-palestinien.

    Symbolisme et dénonciation politique

    Le symbolisme est omniprésent, notamment autour du concept de « normalisation » (التطبيع), déployé comme outil linguistique et politique. La normalisation est analysée non seulement comme un choix politique contesté, mais aussi comme une notion chargée de connotations négatives telles que la résignation, la trahison et le recul.

    Dans une scène clé tenue dans une université canadienne, un professeur et ses étudiants discutent des implications lexicographiques de ce terme, où les réponses des étudiants, désignés par des noms évoquant des figures politiques arabes (Anouar pour Anouar Sadate, Majid d’Algérie, Qays de Tunisie, etc.), révèlent les tensions entre histoire, politique et langue. Cette mise en abyme critique les compromis politiques tout en exposant la diversité des positions au sein du monde arabe.

    Critique des doubles standards occidentaux

    La pièce adresse également la problématique des standards doubles imposés par l’Occident. À travers les personnages principaux, Abu Koufiyya et ‘Âachour, l’invention d’un collègue américain, Mark, est présentée comme un outil de contrôle linguistique favorisant la censure des discours pro-palestiniens sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook sous l’autorité de Mark Zuckerberg.

    La dénonciation va plus loin avec l’introduction de personnages symboliques : Cyril (référence au président sud-africain Cyril Ramaphosa, solidaire de la cause palestinienne) et Catherine (symbole de l’attitude occidentale ambivalente, empathique à la cause ukrainienne mais silencieuse sur la Palestine). Le jeu sur les noms accentue la critique des hypocrisies internationales.

    Langue, style et dimension artistique

    Le texte mêle habilement langue formelle et expressions dialectales, insufflant ainsi un réalisme dynamique à la pièce. L’auteur crée des néologismes, comme « saraa’la » et son verbe dérivé « sara’ala », pour décrire des comportements d’appropriation agressive, illustrés par des scènes où des personnages subissent l’expropriation symbolique et physique, métaphore du colonialisme israélien.

    Le spectacle joue aussi sur les transitions entre scènes, utilisant tantôt le passage scénique traditionnel, tantôt des effets proches du cinéma avec des zooms sur des objets ou des images d’écran. Cette hybridation contribue à maintenir un rythme soutenu et un fort impact visuel et émotionnel.

    Un titre porteur de sens et d’ironie

    Le choix du titre « لا سمح الله » (« Que Dieu n’autorise jamais ») s’inspire d’une expression utilisée par le porte-parole militaire du Hamas, Abu Ubeida, en guise d’ironie vis-à-vis des autorités arabes accusées de passivité face aux crimes israéliens. Cette phrase encapsule la tension entre le devoir d’action et la résignation politique.

    Le personnage principal, aussi nommé Abu Koufiyya, incarne cette complexité, avec des références subtiles à la famille et aux figures historiques, renforçant l’ancrage culturel de la pièce. Cette ironie et ce jeu sur les noms sont des fils rouges tout au long du texte.

    Un travail littéraire et militant abouti

    « لا سمح الله » est ainsi une œuvre qui combine engagement artistique et réflexion linguistique. Amar Qawasmi y fusionne théâtre et cinéma, dialogue direct et traduction, émotions et analyse, pour créer un texte aux multiples dimensions.

    La pièce fait appel à la mémoire collective et à une conscience politique aiguë, tout en offrant une esthétique riche qui évite les écueils pédagogiques grâce à l’usage d’une langue vivante et d’une forme dramatique structurée. La fin ouverte reflète la réalité toujours en mouvement du conflit, laissant le spectateur face à l’incertitude et à l’urgence de la cause palestinienne.

    source:https://www.aljazeera.net/culture/2025/8/6/%d9%85%d8%b3%d8%b1%d8%ad%d9%8a%d8%a9-%d9%84%d8%a7-%d8%b3%d9%85%d8%ad-%d8%a7%d9%84%d9%84%d9%87-%d8%a8%d9%8a%d9%86-%d9%82%d9%8a%d8%af-%d8%a7%d9%84%d8%aa%d8%b9%d9%84%d9%8a%d9%85%d9%8a%d8%a9

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