More

    Crise en RDC : la fin de l’aide américaine aggrave la situation des victimes de viols

    France

    En RDC, les violences sexuelles demeurent quotidiennes et sont décrites comme une arme de guerre dans une région où la paix est fragile depuis des décennies. Selon l’ONU, une femme est violée toutes les quatre minutes. Or, l’aide destinée à répondre à cette urgence s’est raréfiée ces derniers mois. D’après une enquête relayée par le Washington Post, les kits de prophylaxie post-exposition (PPE) sont devenus une denrée rare, au point que de nombreux hôpitaux manquent cruellement de ces protections. Nadine, une adolescente de 17 ans, en a fait les frais.

    Femme congolaise déplacée dans un camp à Sake, est du continent est
    Femme congolaise déplacée dans un camp à Sake, dans l’est de la RDC, le 29 août 2025.

    Élève dans un lycée de l’est du pays, Nadine a été violée en avril par quatre hommes alors qu’elle ramassait du bois pour le foyer familial. Elle s’est d’abord rendue à la clinique locale, qui l’a redirigée vers un autre hôpital faute de médicaments. Dans le deuxième établissement, le même silence. Peu après, elle a réussi à réunir l’argent nécessaire pour traverser la frontière et recevoir des soins en Ouganda voisin; à son arrivée, les tests ont révélé qu’elle était enceinte et séropositive. « Je me suis assise avec mon amie et j’ai pleuré », se remémore-t-elle.

    Les violences sexuelles sont endémiques dans la région, véritable arme de guerre dans un pays où les armées et les groupes armés opèrent souvent sans être inquiétés. Depuis l’intensification des combats entre le mouvement rebelle M23, soutenu par le Rwanda, et les forces armées congolaises, les organisations humanitaires constatent une explosion des violences. Femmes et filles sont violées en forêt, au bord des routes ou chez elles, par des hommes armés et quasi systématiquement impunis.

    Pendant plus de deux décennies, les ONG financées par les États‑Unis ont martelé le même message: après un viol, demander de l’aide dans les soixante-douze heures et se rendre à la clinique la plus proche. Les établissements fournissent alors des PPE, des médicaments pour prévenir la grossesse et les infections sexuellement transmissibles, dont le VIH.

    La situation s’est détériorée avec la fin des aides

    Le filet de sécurité s’est brutalement effrité. Le gel des aides de l’USAID, décrété par le président Donald Trump, a des conséquences immédiates et dramatiques: des milliers de femmes congolaises n’ont plus accès à une protection médicamenteuse vitale.

    Selon le ministère de la Santé, 96 % des femmes victimes de viol se rendant en clinique en Ituri avaient reçu un traitement en 2024; au premier semestre de l’année, elles ne sont plus que 76 %. Les experts estiment que ce chiffre est largement surestimé. En août, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a indiqué que seuls 845 kits PPE étaient disponibles, alors que le besoin pour les trois mois suivants atteignait 23 000. Parallèlement, les cas de viol signalés ont augmenté d’un tiers en un an.

    L’aide humanitaire, elle aussi, s’amenuise. Couper drastiquement ce financement est « honteux et cruel, et cause également un préjudice incalculable aux femmes et aux filles qui comptaient sur ce soutien », déplore l’ancienne directrice de l’USAID pour l’Afrique. En RDC, les victimes de viol sont souvent rejetées par leur famille et ostracisées. Désormais, elles ne peuvent même plus se tourner vers les établissements de santé pour éviter les grossesses indésirées et limiter les IST.

    En un an, le taux de positivité au VIH a augmenté de plus de 50 %, selon le gouvernement. Pourtant, 60 % des Congolaises victimes de viol sollicitent une aide médicale dans les trois jours. Mais les médicaments manquent depuis des mois.

    Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege s’indigne: aider les femmes et les filles les plus vulnérables « n’est pas seulement une obligation médicale, c’est une responsabilité morale ». Fondateur de l’hôpital de Panzi, il rappelle que des dizaines de milliers de victimes ont été soignées grâce à des soins spécialisés. Il déplore qu’après des décennies de conflit, les victimes de l’est de la RDC aient encore du mal à obtenir quelque chose d’aussi élémentaire qu’un kit PPE.

    Face au retrait américain, la communauté internationale tente de colmater la brèche. Le Canada et plusieurs pays européens ont promis des fonds, et les kits PPE de l’UNFPA ont commencé à arriver en nombre en octobre. Un programme de la Banque mondiale prévoit de fournir 25 000 kits supplémentaires. Mais pour nombre de femmes, l’aide arrive trop tard.

    Le 26 août, les combats se sont rapprochés de la ville de Tchomia, sur les rives du lac Albert. Rebecca, mère de quatre enfants, a jugé dangereux d’aller vendre son poisson au marché; elle est toutefois partie chercher des bananes dans la forêt pour nourrir sa famille. Deux hommes l’ont violée; « Comme si je n’étais rien », se souvient-elle, encore choquée. Après leur départ, elle est restée allongée sur le sol humide, puis a marché six kilomètres jusqu’à la clinique la plus proche. Aucun kit. Pas plus à l’hôpital suivant.

    Elle rentre chez elle, craignant de laisser ses enfants seuls alors que les combats font rage. « Je suis restée éveillée toute la nuit; je ne pouvais ni pleurer ni paniquer. Les gens auraient alors su que j’avais été violée », raconte-t-elle.

    Rosalie, 17 ans, a connu le même enfer: violée par un soldat congolais en août, alors qu’elle allait chercher de l’eau, elle n’a pu en parler à personne. « Même si je le disais à mon père, il s’en moquerait », confie-t-elle. Elle s’est rendue à la même clinique que Rebecca, mais une fois encore, une femme en détresse a payé de sa santé la pénurie de médicaments. « Pas de tests VIH, pas de kits de prélèvement pour les victimes de viol, pas de médicaments contre la tuberculose », déplore le directeur Amos Agenonga Vyirodjo, qui travaille là depuis 13 ans. « Nous avons connu des ruptures de stock, mais jamais aussi longues. »

    À la clinique Tuungane, près de l’aéroport de Beni, Giulia Kanugho Maghozi travaille au cœur d’une zone où des groupes armés affiliés à l’État islamique commettent des violences. De février à avril, l’établissement n’avait aucun kit PPE, et sept victimes de viol ont sollicité de l’aide. Le personnel, gagnant moins de deux euros par jour, a puisé dans ses propres économies pour payer le trajet en moto des patients vers l’hôpital local. « Nous essayons de faire le peu que nous pouvons », affirme-t-elle avec regret.

    En RDC, la pénurie de PPE a provoqué une recrudescence du VIH et des grossesses imposées. Des femmes paient le prix d’un désengagement politique lointain, fruit de politiques américano-centrées sous l’administration précédente.

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    La Roumanie affirme qu’un drone russe a frappé un immeuble : ce que l’on sait

    La Roumanie, pays membre de l’OTAN, affirme qu’un drone russe a touché un immeuble résidentiel, faisant deux blessés. Le point sur les faits et les enjeux.

    L’inflation remonte en France en mai, sous l’effet de l’énergie

    L’inflation française remonte à 2,4 % en mai, portée par l’énergie, au moment où la croissance recule légèrement et où le moral des ménages se dégrade.

    BMW et Mistral AI veulent accélérer les simulations de crash avec l’IA industrielle

    BMW Group et Mistral AI annoncent un partenariat autour de modèles d’IA industriels entraînés sur des données de simulation de crash.

    Anthropic lève 65 milliards de dollars et atteint une valorisation de 965 milliards

    Anthropic annonce 65 milliards de dollars de financement pour accélérer Claude, la recherche en sûreté et ses capacités de calcul.

    Le télescope Roman de la NASA pourrait révéler 100 000 nouvelles exoplanètes

    La NASA prépare le télescope Roman à cartographier des populations d’exoplanètes dans des régions encore peu explorées de la Voie lactée.

    Liste du Maroc au Mondial 2026 : les 26 Lions de l’Atlas décryptés

    Liste du Maroc pour le Mondial 2026 : les 26 joueurs, les cadres Hakimi-Bounou-Brahim Diaz, le pari Bouaddi et les absences fortes.

    Recharge électrique : Que Choisir Ensemble alerte sur une « jungle tarifaire » aux bornes publiques

    Que Choisir Ensemble pointe des écarts de prix très importants aux bornes de recharge publiques, malgré la progression du réseau français.

    Mistral AI, BMW et Airbus : l’IA industrielle passe à l’étape des données d’ingénierie

    Mistral AI multiplie les partenariats industriels avec BMW et Airbus pour appliquer l’IA aux données d’ingénierie, à la simulation et à la conception.

    à Lire

    Categories