Un deuxième méthanier qatari, le Mihzem, traverse le détroit d’Ormuz en direction du Pakistan, un passage hautement sensible alors que la guerre impliquant l’Iran continue de peser sur les routes énergétiques mondiales. Reuters rapporte, en s’appuyant sur des données de suivi maritime de LSEG et sur des sources proches du dossier, que le navire a quitté Ras Laffan au Qatar et doit rejoindre Port Qasim le 12 mai.
L’enjeu dépasse largement ce seul convoi. Le détroit d’Ormuz reste un point de blocage majeur pour le commerce de l’énergie, et chaque transit réussi est observé de près par les marchés, les importateurs asiatiques et les chancelleries de la région. Dans ce dossier, le passage du Mihzem suggère que certains chargements peuvent encore franchir la zone, mais au cas par cas et dans un cadre politique extrêmement fragile.
Un transit négocié dans un contexte de guerre
Selon Reuters, ce serait le deuxième passage réussi d’un méthanier qatari vers le Pakistan depuis le début du conflit. L’agence précise que la cargaison s’inscrit dans un accord d’État à État entre le Qatar et le Pakistan, tandis qu’Islamabad négocie avec Téhéran pour obtenir des autorisations limitées de circulation. Le Pakistan fait face à une pénurie de gaz, ce qui renforce l’importance de ces livraisons.
Toujours selon Reuters, des sources estiment que l’Iran a accepté ces passages dans une logique de confiance limitée avec Doha et Islamabad. Cette formulation appelle toutefois à la prudence: les modalités exactes de coordination n’ont pas été rendues publiques, et la situation militaire reste susceptible d’évoluer rapidement.
Pourquoi ce passage compte pour les marchés
Le détroit d’Ormuz est l’un des couloirs énergétiques les plus stratégiques au monde. Quand un navire de gaz naturel liquéfié parvient à le franchir, cela envoie un signal important sur l’état réel des flux dans le Golfe. Le passage du Mihzem ne signifie pas un retour à la normale, mais il montre que certains convois peuvent encore avancer sous conditions particulières.
Cette nuance est essentielle pour les acheteurs asiatiques, notamment le Pakistan, mais aussi pour les marchés mondiaux du gaz et du pétrole. Une ouverture partielle, même très limitée, peut atténuer certaines craintes logistiques. À l’inverse, le caractère sélectif de ces autorisations rappelle que le risque géopolitique reste élevé et que la navigation n’est pas sécurisée de façon générale.
Le précédent du premier tanker qatari
Le journal The National avait déjà rapporté qu’un premier méthanier qatari, l’Al Kharaitiyat, avait réussi à traverser le détroit d’Ormuz en route vers le Pakistan. Ce précédent donnait un premier indice sur l’existence d’exceptions négociées malgré les tensions régionales. Reuters affirme désormais qu’un deuxième convoi suit le même couloir, ce qui renforce l’idée d’un mécanisme limité plutôt qu’une réouverture générale de la zone.
Le précédent reste néanmoins insuffisant pour conclure à une stabilisation durable. Plusieurs tentatives antérieures avaient échoué, et les itinéraires continuent d’être soumis à des arbitrages politiques et sécuritaires de dernière minute.
Qatar fragilisé, Pakistan sous pression
Reuters souligne aussi que le Qatar, l’un des plus grands exportateurs mondiaux de GNL, a vu une partie de sa capacité affectée par les frappes iraniennes. L’agence cite une perte d’environ 17% de la capacité d’exportation de GNL, avec des réparations qui pourraient durer plusieurs années. Pour le marché, cela signifie que même lorsque des navires circulent, l’offre qatarie reste sous contrainte.
Du côté pakistanais, la pression énergétique est immédiate. Le pays dépend de cargaisons importées pour soulager son déficit gazier, ce qui explique la sensibilité de chaque livraison. Dans ce contexte, le transit du Mihzem a une portée à la fois économique, diplomatique et stratégique.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain test sera la continuité de ces passages. Reuters indique que deux autres méthaniers qataris pourraient prendre la direction du Pakistan dans les prochains jours. Si ces traversées se confirment, elles donneront une meilleure idée de la solidité de l’arrangement en place. Si elles échouent ou sont retardées, cela rappellera au contraire combien le détroit reste vulnérable à la guerre et aux décisions politiques prises dans l’urgence.
Sources : Reuters, 11 mai 2026 ; The National, 10 mai 2026.
