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    Haydarpasa et la majorité du prince Hisahito: deux regards sur le patrimoine et la succession

    Turquie; Japon

    Deux actualités marquantes se croisent aujourd’hui à travers des symboles du patrimoine et de la monarchie: d’un côté, Haydarpasa, gare historique d’Istanbul, est au cœur d’un projet culturel qui divise les acteurs locaux et interroge le rôle public du lieu; de l’autre, la majorité du prince Hisahito, au Japon, réactive le débat sur la succession et la place des femmes dans l’institution impériale.

    Haydarpasa: icône urbaine et centre culturel contesté

    La gare néoclassique de 1908, posée au bord du Bosphore, est restée debout malgré des années de travaux et de débats sur son avenir. En 2024, le bâtiment a été placé sous le contrôle du ministère turc de la Culture et la première phase d’un futur Centre culturel et artistique doit être achevée d’ici 2026. Des fouilles indiquent des éléments datant du Ve siècle avant J.-C. Le projet prévoit de vider le bâtiment, dont une partie abrite les logements du personnel ferroviaire, afin d’accueillir un centre culturel et un jardin public.

    «Les gens venant d’Anatolie pouvaient passer la nuit dans les salles d’attente, pas besoin d’hôtel», se souvient Senay Kartal, retraitée de 61 ans, évoquant un lieu qu’elle considérait autrefois comme vivant et ouvert. «C’était un lieu magnifique, plein de mouvement et d’énergie. Cette beauté a disparu», regrette-t-elle. Des voix s’élèvent également contre le calendrier et la logique du projet: «Ce n’est pas seulement un bâtiment, c’est tout pour nous», objecte Hasan Bektas, conducteur de train et membre de la Plateforme Haydarpasa. Selon lui, «leur objectif est toujours le même: faire du profit sur chaque bel endroit. Le dévaloriser puis l’exploiter», et «l’intérêt public n’a jamais été pris en compte».

    Le gouvernement affirme toutefois son intention de maintenir des liaisons ferroviaires et d’éviter un simple aménagement commercial. «Il y aura des trains à Haydarpasa et à Sirkeci (son pendant sur la rive européenne), un centre culturel et un jardin public. Mais ni centre commercial ni hôtel», avait promis le ministre de la Culture, Nuri Ersoy, en octobre 2024. Pour les partisans du projet, Haydarpasa est une «icône mondiale» qu’il faut réinventer en lien avec la ville et ses habitants. Des manifestations dominent les dimanches près du bâtiment, les protestataires affirmant que «Haydarpasa est une gare et doit le rester».

    Gare Haydarpasa à Istanbul face au Bosphore

    Des arguments d’urbanistes et d’architectes soulignent que Haydarpasa est un «joyau» qui n’a de sens que s’il est préservé et maintenu en vie avec tout ce qui le compose. «C’est un joyau, mais il n’a de sens que s’il est préservé et maintenu en vie avec tout ce qui le compose», appuie l’architecte Gül Koksal. Plusieurs voix demandent une approche équilibrée qui préserve l’âme du lieu, tout en l’intégrant à un cadre public et culturel durable.

    Au fil des années, le dossier a accumulé des éléments historiques et sociaux: de l’évacuation des logements du personnel à la nécessité de dialogues entre investisseurs et habitants. Des figures locales et des universitaires estiment que l’emplacement, face au Bosphore, attise l’appétit des investisseurs et fragilise l’idée d’un usage public pérenne. «Haydarpasa est une gare et doit le rester» résume l’inquiétude partagée par de nombreux manifestants et architectes interrogés par les rédactions.

    En parallèle, des voix rappellent que la gare a été associée à des migrations et à des passages de population vers Istanbul au fil des décennies, ce qui renforce l’enjeu symbolique du lieu pour la mémoire urbaine et collective. Des chercheurs et sociologues, comme Ayça Yüksel, soulignent que ce site occupe une place particulière dans la mémoire de ceux qui ont vécu ces migrations et qu’elle se retrouve dans l’art et le cinéma.

    Prince Hisahito lors de la cérémonie de majorité à Tokyo

    Japon: Hisahito majeur et le débat sur la succession

    Au Japon, la cérémonie de majorité du prince Hisahito a été l’occasion de rappeler les contours d’une succession qui s’inscrit dans une tradition longtemps contestée. Le prince, âgé de 19 ans samedi, est devenu majeur à 18 ans, mais la cérémonie officielle a été retardée d’un an afin qu’il achève ses études secondaires. Il est le fils unique du prince Akishino, frère de l’empereur Naruhito, et de la princesse Kiko. La famille impériale ne détient aucun pouvoir politique mais conserve une forte valeur symbolique pour le pays.

    «Je m’acquillerai de mes devoirs, conscient de mes responsabilités en tant que membre adulte de la famille impériale», a déclaré le prince lors de la cérémonie au palais impérial de Tokyo, marquant ainsi son entrée officielle dans la vie publique. Cette étape intervient alors que le débat sur la succession masculine est régulièrement relancé dans un pays où une longue tradition coexiste avec des demandes croissantes d’égalité des sexes.

    Pour certains, la question est vivace: «Pour moi, cela ne fait aucune différence qu’une femme ou un homme devienne empereur», affirme Yuta Hinago, barman à Tokyo. «Le genre n’a pas d’importance», renchérit Minori Ichinose, 28 ans, vendeuse, soutenant l’idée d’une impératrice. La discussion est aussi nourrie par des observations commissions internationales et des sondages qui montrent des opinions partagées sur la possibilité qu’une femme monte sur le trône. Un sondage de Kyodo a indiqué que neuf Japonais sur dix seraient favorables à ce que la lignée impériale puisse inclure une impératrice, ce qui reflète un débat social profond sur la modernisation de l’institution.

    La question de la succession occupe le devant de la scène depuis des décennies. En 2005, un comité gouvernemental avait recommandé que la succession revienne à l’enfant aîné, quel que soit son sexe; la naissance de Hisahito, l’année suivante, a toutefois freiné ce chemin et alimenté les réticences autant que l’espoir d’une réforme. L’institution repose sur une lignée masculine ininterrompue selon les interprétations traditionnelles, mais les défenseurs du changement soutiennent une révision pour assurer la continuité de la monarchie face aux évolutions sociales. Le débat persiste, mêlant mémoire historique, identité nationale et attentes contemporaines.

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