More

    Mercosur : décryptage des fantasmes français sur l’accord agricole

    France

    À l’occasion de sa visite en Argentine, Emmanuel Macron a réaffirmé le 17 novembre 2024 que la France ne « signerait pas en l’état » le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Cette décision s’inscrit dans un contexte où la classe politique française semble s’engager dans une croisade contre cet accord, souvent perçu comme un épouvantail pour l’agriculture française.

    Des inquiétudes infondées

    Commençons par tordre le cou aux fantasmes sur l’invasion redoutée des produits agricoles sud-américains. Les quotas négociés sont, en réalité, dérisoires : 99 000 tonnes de bœuf, soit 1,6 % de la production européenne. Plus révélateur encore : l’Europe importe déjà 200 000 tonnes de bœuf du Mercosur. L’accord ne fera donc qu’abaisser les droits de douane sur des volumes déjà existants. Même constat pour la volaille (1,4 % de la production européenne) ou le porc (0,1 %). Où est l’apocalypse annoncée ?

    Le Ceta : un exemple à méditer

    L’exemple du Ceta est édifiant. Malgré les prophéties catastrophistes, le Canada, champion mondial de la viande bovine, n’utilise quasiment pas ses quotas d’exportation vers l’UE. La raison ? L’impossibilité d’utiliser des hormones de croissance, interdites par la réglementation européenne. Les cassandres d’hier – Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en tête – en sont pour leurs frais.

    Des enjeux stratégiques sous-estimés

    Cette fixation sur l’agriculture masque des enjeux stratégiques colossaux. L’accord pourrait éliminer 4 milliards d’euros de droits de douane pour les exportateurs européens. Il ouvrirait grand les portes d’un marché protégé par des barrières douanières massives : 35 % sur les voitures, 14 à 20 % sur les machines, 18 % sur les produits chimiques. La France, qui conserve un excédent commercial de 155 milliards d’euros avec l’Amérique latine, se tire une balle dans le pied.

    Un contexte géopolitique préoccupant

    Pendant que nous tergiversons, la Chine avance ses pions. Pékin comprend parfaitement l’importance stratégique de cette région, riche en matières premières critiques – lithium, cuivre, niobium – essentielles pour notre souveraineté industrielle. Déjà deuxième partenaire commercial de la région, Pékin a signé des accords de libre-échange avec cinq pays et noué des partenariats « Route de la Soie » avec 22 nations latino-américaines.

    Réflexion sur l’agriculture française

    La réalité est que nos problèmes agricoles sont avant tout franco-français. En 15 ans, la balance commerciale agroalimentaire européenne s’est améliorée de 60 milliards d’euros. La mondialisation n’est pas le problème, mais plutôt notre incapacité à nous adapter.

    Des garanties sans précédent

    Le projet d’accord Mercosur contient des garanties sans précédent : une clause de sauvegarde applicable même aux produits sous quotas. Avec cette clause, l’UE pourrait intervenir rapidement en cas de « perturbation grave du marché », une protection qui n’existe dans aucun autre accord commercial. De plus, les pays du Mercosur devront prendre des engagements contraignants concernant la déforestation.

    Le Mercosur : bouc émissaire de nos lâchetés

    La France et l’Europe ont tout à perdre dans ce repli frileux. Nos viticulteurs verraient tomber des droits de douane de 27 %. Nos industriels accéderaient à un marché majeur. La transformation du Mercosur en bouc émissaire par la classe politique française révèle une myopie dangereuse. Il est crucial de ne pas sacrifier nos intérêts stratégiques sur l’autel d’une démagogie à courte vue.

    Macron en visite en Argentine

    Mercosur | Agriculture | Accord Commercial | France | Ue | Économie

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    Inflation : la France repasse sous les 2 % en juin, mais l’Insee attend une remontée à 2,7 % d’ici décembre

    L'inflation française retombe à 1,8 % sur un an en juin, après 2,4 % en mai, portée par la détente des prix de l'énergie. L'Insee anticipe cependant un retour à 2,7 % en décembre.

    Motion de censure contre Lecornu : les écologistes défient la majorité, le vote attendu lundi

    Le groupe écologiste à l'Assemblée nationale a déposé, jeudi...

    BCE, Banque de France, OCDE : trois signaux macroéconomiques qui pèsent sur la France cet été

    Alors que la BCE laisse entendre qu'une nouvelle hausse des taux est improbable en juillet, la Banque de France ramène sa prévision de croissance 2026 à 0,5 % et l'OCDE confirme que la France reste l'un des cancres budgétaires de la zone euro. Trois signaux qui dessinent un été tendu pour le portefeuille des Français et les comptes de l'État.

    Espagne : la croissance continue de défier la sinistrose française

    Le ministre espagnol de l'Économie Carlos Cuerpo a annoncé...

    à Lire

    Categories