Le parquet général a demandé lundi 11 mai à la cour d’appel de Paris de confirmer la condamnation de Nicolas Sarkozy pour association de malfaiteurs dans le dossier du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. Les réquisitions ont débuté après plusieurs semaines d’audience et doivent se poursuivre jusqu’à mercredi, date à laquelle les peines réclamées doivent être détaillées.
Selon les éléments rapportés par BFMTV et Ouest-France, l’accusation présente l’ancien chef de l’État comme l’initiateur de contacts avec des responsables du régime de Mouammar Kadhafi à la fin de l’année 2005. Le ministère public estime que ces démarches s’inscrivaient dans un projet de soutien financier occulte lié à l’élection présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy conteste de son côté l’ensemble des accusations et nie l’existence d’un pacte de corruption.
Ce que le parquet reproche à l’ancien président
Au cœur du dossier, la justice examine l’hypothèse d’un financement libyen illicite de la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy. En appel, l’ancien président est rejugé pour corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Lundi, le parquet général a concentré sa première journée de réquisitions sur ce dernier volet, en soutenant que Nicolas Sarkozy aurait été au centre d’un dispositif préparatoire impliquant plusieurs proches et des interlocuteurs libyens.
L’accusation souligne notamment le rôle qu’auraient joué des rencontres organisées entre des membres de son entourage et des dignitaires du régime libyen. Le ministère public considère que ces échanges ne relevaient pas d’initiatives isolées mais d’une démarche coordonnée. Cette lecture est fermement rejetée par la défense.
Un dossier déjà lourd en première instance
En première instance, Nicolas Sarkozy avait été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, uniquement pour association de malfaiteurs, alors que le parquet financier plaidait pour une condamnation sur l’ensemble des chefs. Ce précédent donne un poids particulier à l’audience en appel, car il ne s’agit plus seulement d’examiner des soupçons anciens, mais de réévaluer une décision déjà prononcée dans un dossier politiquement et judiciairement majeur.
Le procès a aussi été marqué par des tensions entre les prévenus. Plusieurs comptes rendus d’audience ont fait état d’un front moins uni qu’au début de la procédure, notamment autour de Claude Guéant, absent pour raisons de santé, et de Brice Hortefeux. Le parquet s’appuie sur ces fractures pour défendre sa lecture du dossier, tandis que les avocats des intéressés dénoncent une interprétation à charge.
Pourquoi cette étape compte politiquement et judiciairement
Le réquisitoire du parquet général ne vaut pas jugement, mais il donne une indication claire sur la ligne de l’accusation en appel. Dans un dossier qui touche à un ancien président de la République et à des soupçons de financement étranger d’une campagne présidentielle, chaque prise de position du ministère public a une portée politique autant que judiciaire.
Le tribunal devra encore entendre la suite des réquisitions puis les plaidoiries avant de mettre l’affaire en délibéré. D’ici là, le procès reste à un stade essentiel: celui où l’accusation tente de convaincre la cour que les contacts noués avec le régime libyen relevaient d’une entreprise concertée et pénalement répréhensible, tandis que Nicolas Sarkozy continue de plaider l’absence de preuve matérielle d’un financement effectif.
Ce qui se passe maintenant
Les réquisitions doivent se poursuivre jusqu’au 13 mai en fin de journée, moment où les peines demandées seront connues. La cour d’appel ne rendra pas sa décision immédiatement, mais cette séquence est décisive pour la suite d’un dossier qui continue de peser sur l’héritage politique de l’ancien chef de l’État et sur un des plus grands procès politico-financiers de ces dernières années en France.
