Le gouvernement australien porte l’amende maximale à 99 millions de dollars australiens (environ 60 millions d’euros) contre les plateformes qui contournent l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. L’annonce, faite samedi 27 juin 2026, s’accompagne d’un renforcement des pouvoirs du régulateur numérique et survient deux jours après la publication d’une étude du British Medical Journal (BMJ) concluant à un impact limité de la loi entrée en vigueur le 10 décembre 2025.
Une amende doublée pour les plateformes récalcitrantes
Le montant maximal des sanctions infligées aux entreprises qui ne parviennent pas à exclure les utilisateurs mineurs passe ainsi de 49,5 millions de dollars australiens à 99 millions (environ 60 millions d’euros), conformément à la nouvelle législation présentée samedi. Le régulateur du numérique australien sera par ailleurs doté de pouvoirs supplémentaires pour « brider » les plateformes en cas de manquements répétés.
Le tableau ci-dessous résume les principales évolutions.
| Mesure | Avant le 27 juin 2026 | Après le 27 juin 2026 |
|---|---|---|
| Amende maximale | 49,5 M AUD (≈ 30 M€) | 99 M AUD (≈ 60 M€) |
| Pouvoirs du régulateur | Sanctions financières | Sanctions + pouvoirs accrus de contrainte |
| Plateformes visées | Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube | Mêmes plateformes, enquête en cours |
Cinq plateformes dans le viseur du régulateur
Le régulateur australien a ouvert une enquête sur de potentiels manquements de la part de Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube, a précisé le gouvernement dans un communiqué repris par franceinfo et Le Monde. En mars 2026, l’autorité de régulation avait déjà brandi la menace de sanctions à l’encontre de TikTok, Instagram et YouTube, accusés d’enfreindre l’interdiction. La décision de samedi élargit la palette de leviers à disposition pour faire respecter une loi dont l’application s’est avérée plus complexe que prévu.
La réaction du Premier ministre
Anthony Albanese justifie le durcissement par l’insuffisance des efforts consentis par les grandes plateformes depuis l’entrée en vigueur de la loi. « Il est clair que les géants de la tech ne font pas assez pour se conformer à la loi ; il y a encore trop d’enfants sur les réseaux sociaux », a déclaré le Premier ministre australien. « Ces changements reflètent le sérieux avec lequel nous prenons tout manquement des entreprises de réseaux sociaux à leurs obligations », a-t-il ajouté.
Premiers résultats en demi-teinte
L’annonce du samedi arrive deux jours après la publication, dans le British Medical Journal, d’une étude évaluée par des pairs menée par une équipe de chercheurs australiens auprès de plus de 400 jeunes utilisateurs de réseaux sociaux interrogés avant l’entrée en vigueur de la loi puis trois mois plus tard.
Le constat est sans appel : « Nous n’avons pas trouvé suffisamment de preuves pour conclure que l’application de cette loi ait eu des effets substantiels à court terme sur l’utilisation des réseaux sociaux chez les adolescents de moins de 16 ans », écrivent les chercheurs. Chez les 12-13 ans, peu de changements ont été observés ; une légère baisse a été constatée chez les 14-15 ans ; en revanche, une augmentation de l’utilisation a été relevée chez les 16 ans et plus, que la limite d’âge ne concerne plus.
Les contournements identifiés sont nombreux : comptes enregistrés au nom de personnes plus âgées, création de faux comptes, utilisation de navigateurs privés. Pour les auteurs de l’étude, « la période qui a suivi immédiatement l’entrée en vigueur de la loi a été marquée par une mise en œuvre limitée, un respect incomplet et un contournement important des restrictions relatives aux réseaux sociaux ». Le régulateur répond que la législation « à la pointe au niveau mondial » n’est pas défaillante en elle-même, et que ce sont les géants de la tech qui ne se conforment pas suffisamment.
Un test pour d’autres législations en préparation
L’expérience australienne est suivie de près par plusieurs législateurs étrangers. Le Royaume-Uni, l’Indonésie, les Émirats arabes unis et la Nouvelle-Zélande envisagent ou préparent des dispositifs comparables d’encadrement de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Si le doublement de l’amende ne suffit pas à infléchir durablement les pratiques, il plaidera pour des modèles plus restrictifs — vérification d’âge renforcée à la connexion, blocage protocolaire au niveau des réseaux eux-mêmes, ou suspension locale des services récalcitrants. À l’inverse, si la courbe d’usage des adolescents australiens finit par s’infléchir, l’Australie aura fourni le premier argument empirique à la portée d’une interdiction généralisée.
Sources
- franceinfo — L’Australie va doubler les amendes infligées pour violation de l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans
- Le Monde — L’Australie va doubler les amendes pour violation de l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs
- Le Monde — En Australie, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans a peu d’impact, selon une première étude
