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    Trump relance la controverse sur les bases militaires américaines au Panama

    Panama, États-Unis

    La volonté affichée par Donald Trump de « reprendre » le contrôle du canal de Panama a relancé au Panama les inquiétudes relatives à un possible retour des bases militaires américaines, fragilisant ainsi la position du président centriste José Raul Mulino, pourtant allié naturel des États-Unis.

    Un cargo franchit l'écluse de Miraflores, sur le Canal de Panama, le 8 avril 2025

    Depuis son investiture en janvier, le président américain martèle son intention de contrer l’« influence chinoise » sur cette voie commerciale interocéanique stratégique. Après une visite officielle au Panama et sous la pression de son secrétaire d’État Marco Rubio, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a conclu récemment un accord avec le gouvernement Mulino autorisant le déploiement de soldats américains dans les zones adjacentes au canal.

    Cette question reste sensible au Panama, où les forces américaines sont intervenues en décembre 1989 pour déloger l’ancien dictateur Manuel Antonio Noriega, accusé de trafic de drogue. Les États-Unis avaient ensuite entamé dès 1994 un retrait progressif de leurs bases militaires, initialement établies pour protéger ce passage datant de 1914, avant de transférer la gestion du canal au Panama en décembre 1999.

    Un retour des bases militaires américaines ?

    Bien que l’accord ne mentionne pas explicitement la création de « bases militaires », il autorise les États-Unis à déployer des forces militaires en rotation, similaires à celles stationnées en Australie ou ailleurs, pour des activités de formation, d’exercices et de manœuvres. Ces troupes seront présentes par cycles renouvelables de trois ans sur trois bases – aérienne, aéronavale et navale – bâties à l’époque où les Américains disposaient d’une enclave autour du canal.

    Euclides Tapia, professeur panaméen de relations internationales, dénonce une « violation flagrante » de la Constitution panaméenne, qui interdit les bases militaires étrangères, ainsi que des traités de 1977 garantissant la « neutralité » du canal et stipulant que seul le Panama dispose de forces militaires sur son territoire.

    Le président américain Donald Trump lors d'une réunion à la Maison Blanche, le 10 avril 2025 à Washington

    Cependant, les traités prévoient une clause permettant aux États-Unis de défendre le canal en cas de menace, rappelle Will Freeman, analyste au Conseil des Relations internationales à New York. Benjamin Gedan, ancien directeur pour l’Amérique du Sud au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, souligne que le Panama collabore étroitement avec Washington dans cette responsabilité partagée concernant la sécurité du canal.

    L’avocat Arturo Hoyos estime pour sa part qu’aucune loi ni traité n’est violé, car l’accord en question ne concerne pas une présence militaire « exclusive » mais des opérations communes avec les forces panaméennes.

    Le gouvernement panaméen défend sa souveraineté

    José Raul Mulino affirme ne pas avoir concédé un centimètre carré de souveraineté, malgré les demandes insistantes de Pete Hegseth pour l’établissement de véritables bases militaires. Le gouvernement panaméen insiste sur le fait que les installations et terrains appartiennent au Panama et seront utilisés conjointement par les forces de sécurité des deux pays.

    Un cargo traverse les écluses Cocoli du canal de Panama, le 21 février 2025

    Mais la controverse ne faiblit pas. Ricardo Lombana, ancien candidat à la présidence, accuse Mulino de masquer une « reddition » sous le voile de la « coopération ». Julio Yao, conseiller gouvernemental lors des négociations de 1977, dénonce une « recolonisation et réoccupation » du pays par les États-Unis.

    La politologue Natasha Lindstaedt, de l’université britannique d’Essex, estime que la pression exercée par l’administration Trump sur des pays comme le Panama risque de provoquer des divisions internes sur la manière de gérer les relations avec Washington.

    Les véritables intentions de Donald Trump

    Les États-Unis considèrent que l’entreprise hongkongaise Hutchinson, qui exploite deux ports situés aux extrémités du canal, représente une menace pour leur sécurité nationale. Selon Benjamin Gedan, professeur à l’université Johns Hopkins, Trump cherche à réduire le risque que Pékin bloque le canal, empêchant ainsi le passage de navires militaires en cas de conflit.

    Natasha Lindstaedt partage cette analyse, soulignant que cela s’inscrit dans un contexte plus large : les États-Unis tentent de limiter l’influence chinoise au Panama ainsi que dans la région.

    Will Freeman avance que Trump veut démontrer sa capacité à fermer le canal pour perturber le commerce chinois, par exemple pour empêcher une invasion de Taïwan, revendiquée par la Chine comme son territoire. « Nous assistons au Panama à la doctrine Trump de la paix par la force », commente-t-il.

    À l’opposé, Euclides Tapia ne croit pas en une menace chinoise réelle sur le canal. Il considère que ces déclarations de Trump, concernant notamment le Canada, le canal de Panama et le Groenland, relèvent d’une mise en scène destinée à l’opinion publique américaine.

    Bases Militaires Américaines Panama | Donald Trump | Bases Militaires | Panama | Canal De Panama | Influence Chinoise | États-unis | José Raul Mulino | Sécurité Internationale
    source:https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20250415-trump-ressuscite-le-fant%C3%B4me-de-bases-militaires-am%C3%A9ricaines-au-panama

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