Un rapport récent de l’Ifremer vient rappeler que les fruits de mer du littoral français ne sont pas épargnés par la contamination chimique. Menée entre 2021 et 2024 dans le cadre du projet Emergent’s Sea, l’enquête révèle la présence de pesticides interdits, de médicaments et de biocides dans l’eau de mer, mais aussi dans les huîtres et les moules. De quoi semer le doute à l’approche des repas de fêtes, alors que les coquillages figurent souvent au menu.
Des contaminations détectées sur tout le littoral français
Pour ce travail, les chercheurs ont ciblé 102 contaminants, incluant des produits pharmaceutiques et des pesticides, afin d’en vérifier la présence dans l’eau de mer et dans les mollusques. Les prélèvements ont été réalisés sur une trentaine de sites, de la baie de Somme aux côtes bretonnes, en passant par l’Atlantique et la Corse. Les résultats montrent que les contaminants chimiques sont loin d’être limités aux zones les plus industrialisées.
Selon le rapport, 51 substances ont été identifiées dans l’eau marine grâce aux échantillonneurs passifs, et 31 sur les mollusques. L’Ifremer souligne ainsi que même des secteurs réputés plus isolés peuvent être concernés par cette pollution diffuse.
Du paracétamol et de l’oxazépam retrouvés dans l’eau de mer
Parmi les substances les plus fréquemment détectées dans l’eau de mer figurent des herbicides, avec en tête l’atrazine, un pesticide interdit depuis plus de 20 ans et autrefois utilisé pour les cultures de maïs. Côté médicaments, le carbamazépine, un antiépileptique, l’oxazépam, un tranquillisant, et le paracétamol font partie des molécules les plus souvent retrouvées.
L’Ifremer insiste sur un point préoccupant : même un secteur plus isolé, comme l’île d’Ouessant au large de la Bretagne, présente des traces de pesticides et de médicaments. Ces données mettent en évidence la présence de contaminants chimiques dans des endroits pourtant considérés comme préservés.
Huîtres et moules : 65 % des substances recherchées détectées
Chez les mollusques, le constat est lui aussi préoccupant. Le rapport indique que 65 % des substances recherchées ont été quantifiées, soit 34 substances sur 52. Cette contamination est principalement liée aux biocides antisalissures, utilisés pour éviter que les coques de bateaux ne se couvrent d’organismes marins, mais aussi aux herbicides.
Les huîtres et les moules apparaissent donc comme des vecteurs d’exposition à plusieurs contaminants chimiques. Plusieurs herbicides, dont le diflufenicanil, ont également été retrouvés dans les mollusques analysés sur le littoral français.
Des produits liés aux coques de bateaux et aux cultures agricoles
La contamination observée ne provient pas d’une seule source. Les chercheurs pointent à la fois les biocides utilisés dans les peintures antisalissures des bateaux et les herbicides présents dans l’environnement marin. Cette combinaison explique en partie la diversité des substances retrouvées dans les coquillages.
Le projet met aussi en évidence un manque de seuils écotoxiques robustes pour évaluer précisément le risque pour les écosystèmes marins. Le rapport rappelle que ces seuils devront encore être définis pour les substances retenues et intégrées à la future réglementation française.
Comment choisir des mollusques plus sûrs ?
Pour consommer des huîtres et des moules de la façon la plus sûre possible, il est recommandé de vérifier plusieurs éléments essentiels avant l’achat. L’étiquette doit mentionner clairement la zone de production et le numéro d’agrément sanitaire. La qualité de la zone de récolte compte aussi : une zone A correspond à des coquillages directement consommables crus, tandis que les zones B ou C impliquent une purification avant commercialisation.
Il est également préférable de choisir des labels reconnus, comme Label Rouge, Bio (AB, Eurofeuille) ou MSC, qui garantissent un meilleur contrôle des zones de production et une traçabilité plus stricte.
- Vérifier la zone de production sur l’étiquette
- Contrôler le numéro d’agrément sanitaire
- Privilégier les zones A pour une consommation crue
- Choisir des labels comme Label Rouge, AB, Eurofeuille ou MSC
- Éviter la récolte sauvage
- Se tenir informé des alertes sanitaires
Un enjeu sanitaire et environnemental majeur
Au-delà de la question alimentaire, cette enquête révèle un enjeu plus large pour la santé des milieux marins. La présence simultanée de pesticides interdits, de médicaments et de biocides dans l’eau et dans les mollusques montre que la contamination du littoral français est multiple et durable.
Pour l’Ifremer, ces résultats doivent encourager une surveillance renforcée des zones côtières et une meilleure prise en compte des contaminants émergents dans les politiques de protection du milieu marin.