On dit souvent « ne pleure pas » aux personnes tristes. Pourtant, les larmes ne sont pas seulement le reflet d’une émotion : elles pourraient aussi devenir un outil précieux pour repérer plus tôt certaines maladies, notamment neurodégénératives et oculaires. Une nouvelle étude met en lumière le potentiel d’un simple prélèvement au coin de l’œil, une méthode rapide et non invasive.
Au-delà de leur rôle connu dans la protection des yeux, les larmes contiennent de nombreuses molécules biologiques capables de renseigner sur l’état de santé de l’organisme. Protéines, lipides, métabolites et microARNs composent ce fluide encore trop peu exploité en médecine.
Les larmes, bien plus qu’un signe d’émotion
Les larmes servent d’abord à relâcher des tensions psychiques fortes comme l’anxiété, l’angoisse, la peur, la tristesse ou même la joie. Elles ont aussi un rôle essentiel pour la santé oculaire : elles lubrifient et protègent les yeux au quotidien.
Mais leur intérêt ne s’arrête pas là. Parce qu’elles renferment des informations biologiques variées, elles peuvent refléter l’état général de l’organisme et ouvrir une nouvelle voie pour la détection précoce de maladies.
Une piste prometteuse pour détecter Alzheimer et Parkinson
Selon un article paru dans la revue Vésicules extracellulaires et acides nucléiques circulants, l’analyse des larmes pourrait aider à évaluer non seulement la santé oculaire, mais aussi certains troubles neurodégénératifs. L’idée repose sur l’étude de minuscules particules libérées par les cellules, appelées vésicules extracellulaires.
Ces vésicules, ou EV, transportent des biomarqueurs potentiels et protègent les informations moléculaires qu’elles contiennent. Grâce à elles, les larmes pourraient un jour aider à détecter précocement des maladies comme Alzheimer, Parkinson ou encore la sclérose latérale amyotrophique (SLA).
Un prélèvement simple et peu invasif
L’un des grands atouts de cette approche est sa simplicité. Un micro-prélèvement au coin de l’œil suffit pour recueillir un échantillon de larmes, sans geste lourd ni procédure invasive. Cette facilité de collecte en fait un candidat intéressant pour le dépistage et le suivi médical.
Les chercheurs soulignent que les larmes peuvent fournir des informations précieuses non seulement sur la surface oculaire, mais aussi sur l’ensemble des structures de l’œil. Elles pourraient ainsi compléter d’autres examens et améliorer la compréhension de certaines pathologies.
Ce que révèle Marta San Roque sur les vésicules extracellulaires
Marta San Roque, doctorante au sein du groupe Innovation en vésicules et cellules pour applications thérapeutiques (IVECAT) de l’Institut de recherche Germans Trias i Pujol, en Espagne, insiste sur le potentiel de ces biomarqueurs. Selon elle, comme les vésicules extracellulaires peuvent traverser les barrières hémato-encéphalique et hémato-rétinienne, leur contenu pourrait aussi refléter des processus liés aux maladies neurodégénératives.
Elle rappelle toutefois que le domaine reste en développement. Les études sur les EV dérivées des larmes sont encore rares, même si la recherche sur les biomarqueurs connaît un essor rapide.
Vers une meilleure standardisation des analyses
Un frein important demeure : la normalisation des méthodes de collecte et de stockage des échantillons. Sans procédures harmonisées, il devient difficile de comparer les résultats d’une étude à l’autre ou d’assurer une reproductibilité fiable.
Pour répondre à ce défi, les chercheurs recommandent d’adopter des codes pré-analytiques standardisés et de suivre les directives internationales de la Société internationale des vésicules extracellulaires (ISEV). Cette étape est jugée essentielle pour faire progresser les usages cliniques de l’analyse des larmes.
Quelles maladies pourraient être détectées grâce aux larmes ?
À terme, cette approche pourrait dépasser le champ des seules maladies oculaires comme la cataracte, la DMLA ou le glaucome. Les chercheurs envisagent aussi une détection plus précoce de maladies neurodégénératives grâce à la concentration de certains biomarqueurs dans les larmes.
En France, près de 1,5 million de personnes sont actuellement directement concernées par ces maladies neurodégénératives non rares. Si les recherches se confirment, les larmes pourraient devenir un outil de diagnostic non invasif particulièrement utile pour améliorer le suivi et l’orientation des patients.
