Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne participera pas à la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine 2026 qui s’ouvre jeudi à Gdansk, ont annoncé mardi 23 juin les autorités ukrainiennes. La première ministre Ioulia Svyrydenko dirigera la délégation de Kiev.
« Je vais diriger la délégation ukrainienne et l’ensemble de notre travail à la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine 2026 à Gdansk », a déclaré Ioulia Svyrydenko, confirmant de fait le désistement du chef de l’État. La conférence, précédemment organisée à Rome, Berlin et Lugano, est devenue un rendez-vous international important pour mobiliser les bailleurs de fonds de l’Ukraine. Varsovie présentait son rôle d’hôte comme un succès politique et économique, espérant positionner ses entreprises sur la future reconstruction.
Le déclencheur : le baptême d’une unité UPA fin mai
L’absence de Zelensky survient sur fond de vives tensions bilatérales, dont l’origine remonte à la fin du mois de mai 2026 : le président ukrainien a alors baptisé une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), une organisation nationaliste fondée en 1942, tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais au cours de la Seconde Guerre mondiale. En Ukraine, cette formation est en revanche surtout glorifiée pour son combat clandestin contre le pouvoir soviétique, ce qui résonne particulièrement pour beaucoup d’Ukrainiens depuis le début de l’invasion russe de 2022.
La semaine dernière, le président nationaliste polonais Karol Nawrocki — qui cohabite avec le gouvernement libéral de Donald Tusk — a annoncé le retrait à Zelensky de la plus haute distinction du pays, l’Ordre de l’Aigle blanc. Zelensky a renvoyé sa décoration ce week-end. Il a été suivi dans cette démarche par trois anciens présidents ukrainiens — Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko et Petro Porochenko — dans une démonstration d’unité politique rare à Kiev.
« Nous défendons la Pologne, nous défendons l’Europe »
Dans une déclaration dimanche, Volodymyr Zelensky a remercié le peuple polonais pour le soutien apporté à l’Ukraine depuis le début de la guerre, tout en accusant des responsables politiques polonais de chercher à engranger des « points politiques » et d’alimenter un climat anti-ukrainien. « Nous défendons la Pologne, nous défendons l’Europe en ce moment, pas l’inverse. Nos soldats la défendent, et des Ukrainiens meurent », a-t-il plaidé, ajoutant que des combattants lui avaient demandé ce nom et qu’il avait déjà signé « des centaines » de décrets similaires.
Varsovie a été l’un des principaux soutiens de Kiev depuis 2022, servant de terre d’accueil pour des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens et de plateforme logistique majeure pour l’aide occidentale.
Bruxelles et Varsovie appellent à la désescalade
La Commission européenne a réagi mardi par la voix de sa porte-parole Paula Pinho, estimant que cette situation « ne fait qu’un heureux, c’est l’agresseur de l’Ukraine, nous ne devrions donc pas lui faciliter la tâche ». « Nous avons confiance dans les discussions en cours entre la Pologne et l’Ukraine et nous sommes convaincus qu’une solution sera trouvée », a-t-elle ajouté, soulignant le risque de voir la Russie tirer parti de la fissure.
En Pologne, le premier ministre pro-européen Donald Tusk, ferme soutien de l’Ukraine et en conflit permanent avec le président Nawrocki, a appelé à la « désescalade », tout en faisant porter la responsabilité originelle des tensions sur Kiev. Varsovie cherche parallèlement à renforcer son statut de voisin et allié de Kiev, inquiète d’être marginalisée par les grandes capitales d’Europe occidentale dans d’éventuelles discussions de règlement du conflit.
