Près de Marseille, l’eau affiche 25 °C mardi 23 juin, soit trois degrés au-dessus de la normale saisonnière. Dans le golfe de Gascogne, la température à la surface de la mer atteint 20,7 °C selon les données satellitaires analysées par Météo-France, près de trois degrés au-dessus des normales 1991-2020. Les cartes marines virent au rouge vif, miroir de la canicule qui frappe l’Hexagone.
Méditerranée et Atlantique touchés simultanément
Les façades maritimes françaises subissent un coup de chaud. Dans sa partie nord-ouest, la Méditerranée atteint 25,1 °C en moyenne, quand les valeurs habituelles à cette période se situent à 21,8 °C. Sur la côte marseillaise, les baigneurs constatent une eau plus chaude que d’habitude : « Je n’ai jamais vu ça, clairement. Depuis deux-trois ans, on monte très facilement à des 28 degrés, 29 degrés », témoigne un habitué interrogé par franceinfo.
Un pêcheur sous-marin décrit une thermocline de plus en plus difficile à percevoir : « Quand je vais sous l’eau, normalement, au bout de deux, trois mètres, je sens directement une différence de température. Mais là, je la sens de moins en moins. » Ces relevés confirment ce que les satellites documentent : la mer Méditerranée a déjà enregistré, fin juin, un record mensuel de 26,01 °C avec des anomalies saisonnières de plus de 5 °C le long des côtes, selon les données du programme européen Copernicus.
Un « parfait miroir » de l’atmosphère
Pour les climatologues, cette canicule marine est indissociable de la canicule terrestre. « Les eaux du golfe de Gascogne et de la Méditerranée sont à nouveau en surchauffe : c’est le parfait miroir de ce qui se passe dans l’atmosphère », explique Le Monde, qui s’appuie sur les relevés satellitaires de Météo-France. Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’accélère : selon Thibaut Guinaldo, chercheur en analyse des extrêmes climatiques pour Météo-France, depuis 2020, la hausse des températures a subi une accélération sans précédent, sur terre comme dans les océans.
La Méditerranée pourrait atteindre voire dépasser 30 °C durant l’épisode actuel, « un niveau jamais observé depuis 2003 » selon La Chaîne météo. Une étude de cas documentée par Météo-France montre qu’en juin 2023, la vague de chaleur marine autour des îles Britanniques — excédent de 3 °C, localement +4 à +5 °C en mer du Nord et au nord de l’Irlande — a contribué à élever les températures de l’air de 1 °C en moyenne sur les terres britanniques, et jusqu’à 1,5 °C localement. Le mois de juin 2023 avait été le plus chaud enregistré au Royaume-Uni depuis le début des relevés météo, dont environ les deux tiers de l’anomalie terrestre seraient directement liés à la chaleur marine.
Conséquences sur la biodiversité et les villes côtières
« En ce moment, les canicules marines, c’est vraiment comme un feu de forêt dans la mer. Et dans la mer, comme vous avez du plancton, qui est la base de la chaîne alimentaire, qui ne peut pas se déplacer, ils ne peuvent pas éviter cette chaleur-là », explique Laurent Berguery, directeur scientifique chez Alseamar, qui recense les espèces sous-marines et leur état de santé.
La surchauffe marine a aussi des conséquences sur les villes côtières. En temps normal, la terre est plus chaude que la mer, ce qui crée une brise marine rafraîchissante. Mais lorsque l’océan est lui-même très chaud, ce phénomène disparaît. Une mer plus chaude libère aussi davantage d’humidité dans l’atmosphère, ce qui favorise la formation de nuages d’orage et d’épisodes méditerranéens. Le constat dressé par les chercheurs rejoint, sur le terrain, celui des côtes françaises : la mer n’offre plus de refuge face à la chaleur.
Sources
- franceinfo — Méditerranée, Atlantique… L’inquiétude face à la surchauffe marine
- Le Monde.fr — Les eaux du golfe de Gascogne et de la Méditerranée à nouveau en surchauffe : « C’est le parfait miroir de ce qui se passe dans l’atmosphère »
- Futura, le média qui explore le monde — L’océan est capable de provoquer une vague de chaleur sur terre : la preuve concrète
- Ouest-France — La mer Méditerranée bientôt à 30 °C ? Trois questions sur cette canicule marine historique
