La Fonderie de Bretagne (FDB), installée à Caudan dans le Morbihan, a annoncé vendredi 26 juin son intention de demander son placement en redressement judiciaire. L’annonce officielle a été faite mardi 30 juin, lors d’un comité économique et social extraordinaire : un an et demi seulement après sa reprise par le groupe Europlasma, basé dans les Landes, l’usine est de nouveau confrontée à la cessation de paiements.
Pour les 258 salariés de cette ancienne filiale de Renault, héritière des Forges d’Hennebont, le coup est rude. « On croyait qu’on allait revenir sur le site le 1er juillet pour redémarrer la production », résume Éric Guyomard, délégué CGT. Les tests réalisés ces dernières semaines sur les fours étaient pourtant concluants, et l’activité devait reprendre après un arrêt prolongé.
Mais les matières premières manquaient. Selon plusieurs sources syndicales, la cessation de paiements trouve son origine dans des impayés aux fournisseurs, qui ont cessé de livrer l’usine. Jérôme Garnache-Creuillot, PDG d’Europlasma, n’a pas publiquement répondu aux sollicitations au moment de l’annonce.
De l’automobile à l’obus : la promesse non tenue
Repreneur en série de sites industriels en difficulté, Europlasma s’était engagé en avril 2025 à investir 15 millions d’euros sur trois ans sur le site breton, et à diversifier l’activité historique (pièces en fonte pour suspensions et échappements) vers la production de corps creux pour obus de mortier. Le contexte du réarmement français, alors mis en avant par Europlasma, avait facilité la reprise.
Sur les 15 millions promis, seuls 7,5 millions ont effectivement été injectés, selon les chiffres repris par les organisations syndicales et confirmés par le ministre délégué chargé de l’industrie Sébastien Martin. Et la diversification vers la défense n’a jamais démarré : un grave incendie, survenu en janvier 2026 sur l’un des fours, a stoppé toute production, et la reprise d’activité n’a cessé d’être repoussée depuis.
Europlasma avait annoncé en avril discuter avec un « industriel français du secteur de la défense » pour un éventuel rachat de ses activités défense. Aucune annonce n’a depuis été faite.
Un groupe lui-même fragilisé
La Fonderie de Bretagne n’est pas la seule filiale d’Europlasma en difficulté. Le groupe a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, plus du double de l’exercice précédent. En juin, Satma Industries, une autre filiale, a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Grenoble. FP Industries, spécialisée dans le désamiantage et la gestion des pollutions industrielles, doit être liquidée.
Le mode de financement du groupe est par ailleurs pointé du doigt. La rapporteure de la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, Aurélie Trouvé (LFI), a rappelé qu’Europlasma s’appuie largement sur le fonds Alpha Blue Ocean, basé aux îles Caïmans et aux Bahamas, « qui a déjà ruiné les actionnaires de plusieurs entreprises ».
L’État et les élus locaux demandent des comptes
« Je constate qu’Europlasma n’a pas tenu les engagements financiers et industriels pris lors de la reprise », a réagi Sébastien Martin. « Les apports annoncés et les investissements promis sont restés très inférieurs à ce qui avait été présenté devant le tribunal. L’État et les collectivités, eux, ont tenu leurs engagements et accompagné l’entreprise, notamment après l’incendie. À quelques jours du paiement des salaires, les dirigeants et les actionnaires d’Europlasma, responsables de cette situation, doivent rendre des comptes. »
En Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, président de la région, se veut direct : « Les engagements pris devant le tribunal l’an dernier, eux, n’ont pas été tenus. Ça suffit. Il faut désormais de la clarté. » Lui qui espère encore trouver « un repreneur sérieux » prévient : « S’il n’y en a pas, il faudra le dire. Les salariés méritent la vérité. Ils ne peuvent pas être condamnés à vivre de promesses repoussées de mois en mois. Ce patrimoine industriel mérite un avenir, pas des illusions. »
Le député du Morbihan Damien Girard va plus loin et appelle l’État à nationaliser la fonderie.
Ce qui va se passer maintenant
Le placement en redressement judiciaire ouvre une période d’observation, généralement de quelques mois, durant laquelle l’activité est maintenue si possible et où un repreneur peut se manifester. Les salaires de juin, versés début juillet, seront pris en charge par l’assurance garantie des salaires (AGS), selon les premiers éléments disponibles. La CGT demande d’ores et déjà « la protection de l’État » et la tenue rapide d’une table-ronde avec l’ensemble des acteurs — État, région, département, repreneurs potentiels.
Engagements, versements, pertes : les chiffres
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Investissement promis par Europlasma (3 ans) | 15 M€ | Tribunal de commerce, avril 2025 |
| Investissement réellement injecté | 7,5 M€ | CGT Fonderie de Bretagne |
| Perte nette Europlasma 2025 | 35,6 M€ | Résultats annuels Europlasma |
| Effectif de la Fonderie de Bretagne | 258 salariés | CSE du 30 juin 2026 |
| Satma Industries (filiale), redressement | 2 juin 2026 | Tribunal de commerce de Grenoble |
Chronologie de la descente
- Avril 2025 — Reprise de la Fonderie de Bretagne par Europlasma, engagement de 15 M€ sur trois ans et diversification annoncée vers l’obus de mortier.
- Janvier 2026 — Grave incendie sur l’un des fours ; arrêt total de la production.
- Avril 2026 — Europlasma évoque des discussions avec un industriel français de la défense.
- 2 juin 2026 — Satma Industries (filiale Europlasma) placée en redressement judiciaire à Grenoble.
- 26 juin 2026 — La CGT annonce l’intention de déposer un redressement judiciaire pour la Fonderie de Bretagne.
- 30 juin 2026 — CSE extraordinaire, annonce officielle du redressement judiciaire.
Sources
- franceinfo — « Fonderie de Bretagne, reprise par Europlasma, va demander son placement en redressement judiciaire » (26 juin 2026)
- Le Monde — « La Fonderie de Bretagne, reprise par Europlasma, va demander son placement en redressement judiciaire » (26 juin 2026)
- Le Parisien — « Les salariés méritent la vérité : la descente aux enfers de la Fonderie de Bretagne » (30 juin 2026)
