L’évaluation la plus attendue depuis la généralisation de la loi pour le plein emploi est tombée mardi 30 juin 2026. La Dares, direction statistique du ministère du Travail, et l’Institut des politiques publiques (IPP) ont publié les premiers résultats quantitatifs de l’expérimentation « RSA rénové » qui a préfiguré la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2025. Leur verdict, repris par Le Monde, Les Échos, la Banque des Territoires ou AEF info : oui, l’accompagnement renforcé améliore l’accès à l’emploi des bénéficiaires suivis ; non, il ne crée pas d’emplois nets à l’échelle des territoires.
Pourquoi c’est important
Le « RSA rénové » n’est pas un dispositif parmi d’autres : c’est le socle opérationnel de la loi pour le plein emploi, généralisée le 1er janvier 2025 à l’ensemble des départements français. Son évaluation conditionne la suite donnée aux politiques d’insertion, au financement de France Travail et au maintien des contrats aidés, aujourd’hui dans le collimateur des coupes budgétaires. Pour les finances publiques, la question est directe : chaque emploi durable retrouvé coûte-t-il plus cher qu’il ne rapporte, et via quel mécanisme ?
Ce que disent les chiffres
L’expérimentation a été conduite entre mars 2023 et décembre 2024 dans 18 territoires pilotes, auprès d’environ 40 000 bénéficiaires du RSA, selon la Banque des Territoires. Les participants étaient systématiquement inscrits à France Travail, orientés plus vite, suivis par des conseillers aux portefeuilles réduits, avec un objectif de quinze heures d’activité hebdomadaires.
Pour les bénéficiaires effectivement suivis par France Travail — soit 44 % du panel — l’étude relève une « intensification modérée » : en moyenne, cinq entretiens dans les six premiers mois, mais des formations, immersions et mises en relation avec les entreprises qui restent à des niveaux « limités ». Les auteurs ne constatent pas de « transformation massive du contenu des parcours d’accompagnement ».
Sur le retour à l’emploi, le résultat central est le suivant : à six mois, les participants affichent environ 25 % de chances supplémentaires de retrouver un emploi (soit +3,5 points de pourcentage) par rapport à des allocataires du RSA hors expérimentation. Ce chiffre, mis en avant par Le Monde, masque toutefois deux réalités que les chercheurs prennent soin de souligner.
Ce que cela peut changer pour les ménages et les entreprises
Premier enseignement : près des deux tiers de l’effet positif sur l’emploi salarié durable proviennent de l’accès à un contrat aidé, notamment dans le secteur de l’insertion par l’activité économique — où une précédente étude de la Dares établit un taux de retour à l’emploi de 44 %. Autrement dit, l’accompagnement renforcé agit en grande partie comme un aiguillage vers un dispositif subventionné, pas comme un levier autonome.
Deuxième enseignement : les bénéficiaires du RSA résidant hors des zones d’expérimentation, mais dans les mêmes zones d’emploi, voient leurs perspectives d’emploi « se dégrader légèrement ». L’étude conclut donc à l’absence de créations nettes d’emploi, avec une réallocation des parcours plus qu’un enrichissement global du marché du travail local.
Conséquence économique directe : au moment où la loi est généralisée à toute la France, les contrats aidés — qui ont porté l’essentiel du gain — subissent des baisses de crédits, comme le souligne la Banque des Territoires. L’effet brut observé sur les 40 000 participants devient plus difficile à reproduire à grande échelle sans le levier subventionné.
Les signaux à surveiller
- La trajectoire des crédits alloués aux contrats aidés et à l’insertion par l’activité économique dans le budget 2027, alors que la Banque de France et la Cour des comptes alertent déjà sur une dérive durable des finances publiques.
- Le coût réel, pour l’État et les départements, d’un emploi durable retrouvé via le RSA rénové, une fois intégré le financement des contrats aidés et l’accompagnement France Travail.
- L’évolution des portefeuilles de conseillers France Travail, alors que l’expérimentation a été conduite « à moyens constants » côté opérateur national.
- Le devenir des bénéficiaires du RSA suivis par les conseils départementaux (56 % du panel), moins documentés dans l’évaluation.
- Les arbitrages du ministère du Travail, qui demande déjà qu’un accompagnement intensif « s’accompagne d’une action simultanée sur les recrutements des entreprises », selon AEF info.
Sources
- Le Monde — « Expérimentation du ‘RSA rénové’ : des résultats très mitigés sur l’emploi » (30 juin 2026)
- Banque des Territoires (Caisse des Dépôts) — « La Dares et l’Institut des politiques publiques soulignent les limites du RSA rénové » (1er juillet 2026)
- Alternatives Économiques (blog) — « Un bilan quantitatif tardif de l’expérimentation du RSA conditionné… » (1er juillet 2026)
