Emmanuel Macron est arrivé lundi soir à Damas, devenant le premier chef d’État d’une grande puissance occidentale à se rendre en Syrie depuis la chute du régime de Bachar al-Assad fin 2024. La visite, qui s’étend jusqu’à mardi, mêle geste diplomatique, offensive économique sur un marché de la reconstruction chiffré par la Banque mondiale à plus de 200 milliards d’euros, et signal patrimonial avec la restitution de 23 œuvres syriennes conservées depuis 2011 à l’Institut du monde arabe.
Une rupture silencieuse de quinze ans
La dernière visite d’un président français à Damas datait des déplacements de Nicolas Sarkozy en 2008 et 2009, avant la répression du Printemps arabe par le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011, puis la guerre civile qui a suivi. Emmanuel Macron avait toutefois déjà rétabli un canal direct avec Damas en mai 2025, lorsqu’il était devenu le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmad al-Chareh à l’Élysée, peu avant une autre étape stratégique, la visite du dirigeant syrien à la Maison-Blanche, puis la levée des sanctions européennes et américaines contre la Syrie. Le déplacement de lundi prolonge ce pari politique en l’inscrivant cette fois sur le sol syrien lui-même.
Des entreprises françaises dans la délégation
Plusieurs entreprises françaises des secteurs de l’énergie, du maritime, du numérique, des infrastructures et des ports accompagnent la délégation présidentielle, dans un pays où les besoins restent colossaux. À cinq minutes du centre de Damas, un quartier entièrement rasé par cinq ans d’affrontements illustre l’ampleur du chantier, estime l’envoyé spécial de France 2 Arnaud Miguet. La Banque mondiale chiffre le coût de la reconstruction à au moins 200 milliards d’euros. Sur ce marché déjà investi par les monarchies du Golfe et par la Turquie, Paris cherche à positionner ses champions industriels sur les contrats à venir.
Au-delà du symbole, c’est donc une opération d’influence économique qui se joue, alors que la levée des sanctions américaines et européennes facilite pour la première fois depuis quinze ans les investissements étrangers en Syrie.
Le retour de 23 œuvres syriennes
Le déplacement s’accompagne d’un geste patrimonial inédit : 23 œuvres syriennes, conservées depuis 2011 à l’Institut du monde arabe à Paris, sont restituées à la Syrie pendant la visite d’Emmanuel Macron. Parmi elles figurent La Déesse al-Lât montée sur un chameau, datant du Ier siècle, et une Statuette omeyyade de femme couronnée, remontant au VIIIe siècle. Les pièces étaient arrivées en France en 2011 au moment où la guerre éclatait, dans l’attente de conditions permettant leur retour, qui n’avaient pu se concrétiser en 2013.
Elles seront exposées dans les musées de Damas, d’Alep, de Palmyre et de Lattaquié. Pour Ammar Kannawi, responsable des musées en Syrie cité par France Inter, ce retour marque « la fin d’une période sombre de l’histoire de la Syrie ». L’Institut du monde arabe voit dans ce premier retour d’œuvres vers le pays un « symbole fort » de la reprise des relations franco-syriennes.
Un contexte sécuritaire fragile
La visite se déroule dans un climat sécuritaire tendu. Un attentat non revendiqué a fait dix morts jeudi 2 juillet dans un café de la capitale syrienne, rappelle l’Élysée pour justifier la discrétion entourant le déplacement jusqu’à l’atterrissage. Le président al-Chareh, qui a évoqué dans un entretien à BFMTV le rôle « très constructif » de la France depuis la chute d’Assad, doit tenir mardi une conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron. Le contenu de cette intervention, ainsi que d’éventuels contrats ou engagements concrets des entreprises présentes à Damas, ne sont pas connus à ce stade.
Sources
- France 24 (AFP) — « Macron en Syrie, première visite d’un chef d’État occidental depuis la chute d’Assad »
- franceinfo / France 2 — « Emmanuel Macron en Syrie : pourquoi la France veut s’engager dans la reconstruction du pays »
- franceinfo / France Inter — « Conservées en France, 23 œuvres syriennes rapportées par Emmanuel Macron »
- BFMTV — entretien avec le président syrien Ahmad al-Chareh
