More

    Bousculade meurtrière à N’Zérékoré : flou sur le nombre de victimes

    France

    La colère des habitants de N’Zérékoré contre la junte est intacte, un mois après la bousculade meurtrière qui a endeuillé la ville. Le 1er décembre, dans la deuxième ville de Guinée, le stade du 3-Avril a été le théâtre d’un mouvement de foule lors d’un match organisé en l’honneur du général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir en 2021, après un coup d’État. Depuis, les défenseurs des droits humains et les autorités se déchirent sur le décompte des victimes, tant le sujet est sensible politiquement.

    Des bilans controversés

    Dès le lendemain de la tragédie, le gouvernement guinéen a annoncé un bilan provisoire de 56 morts, qui n’a pas évolué depuis, tandis que le collectif des organisations de défense des droits de l’homme de N’Zérékoré a recensé plus du double de victimes. Dans une déclaration, ce dernier a énoncé que 135 personnes, dont majoritairement des enfants de moins de 18 ans, étaient mortes ce jour-là.

    Pour recenser les corps, Théodore Loua, coordinateur régional de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH), explique avoir déployé ses équipes à l’hôpital de N’Zérékoré, dans les mosquées, les églises, les écoles et en allant au contact des chefs de quartier et des familles de victimes. « Nous avons séparé les victimes en quatre catégories : morts, blessés, portés disparus et dégâts matériels. Ces informations ont été retranscrites dans un fichier Excel qui servira à l’élaboration d’un rapport détaillé », précise Adrien Chérif, membre du collectif des droits humains, qui a lui-même perdu sa nièce au stade.

    Coupure de l’accès à Internet

    Les autorités putschistes rejettent en bloc ce bilan. Le 20 décembre, à la Radio-Télévision guinéenne, le ministre de la justice, Yaya Kaïraba Kaba, a fustigé « ceux qui veulent jeter de l’huile sur le feu » en avançant « des chiffres sans indiquer leur source ».

    Dès le 3 décembre, dans une vidéo publiée sur Facebook, le ministre avait menacé d’arrestation ceux qui publieraient des « informations non vérifiées ou malveillantes susceptibles de troubler l’ordre public ». Durant les dix premiers jours suivant le mouvement de foule, l’accès à Internet a été restreint à N’Zérékoré par les autorités, « sans explication », note Amnesty International, qui appelle à une enquête indépendante.

    La coupure a permis de limiter la diffusion de photos et de vidéos en lien avec le drame, estime l’OGDH. Un moyen d’éviter que l’image du régime soit remise en cause, selon Théodore Loua, alors que les ONG locales dénoncent la responsabilité des autorités dans la bousculade meurtrière. Contactées, les autorités guinéennes n’ont pas souhaité s’exprimer.

    Réactions des autorités et des victimes

    Plusieurs dizaines de sacs de riz et des bidons d’huile ont été distribués aux victimes par les autorités, et les blessés les plus graves ont été transférés à Conakry, la capitale. Cependant, des familles exigent du gouvernement une indemnisation réelle. « Les victimes se consolent par elles-mêmes. Aucun soutien psychologique n’a été prévu », critique Emmanuel Fassou Sagno, président du collectif. Selon les ONG, rien n’est fait non plus pour tenter de savoir ce qui est arrivé à la trentaine de personnes toujours portées disparues selon leur décompte.

    Appels à la responsabilité

    Dans une déclaration publiée le 3 décembre, le collectif d’ONG a exigé « l’interpellation immédiate des organisateurs », ciblant l’Alliance des jeunes leaders de la forêt, à l’origine de la rencontre sportive, et la junte « qui a apporté son appui technique et financier » à l’organisation de l’événement. Par ailleurs, la vétusté du stade, l’utilisation de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre dans un espace clos, et l’obstruction de l’une des deux issues du terrain par des véhicules des autorités sont dénoncés par le collectif local.

    Reconnaissance de la mal-gouvernance

    Le chef du gouvernement guinéen, Bah Oury, a reconnu la « mal-gouvernance », en niant toute intention de dissimuler le nombre véritable de victimes. Le ministre de la justice a, quant à lui, annoncé avoir ordonné « de faire ouvrir immédiatement des enquêtes judiciaires pour établir les responsabilités dans cette tragédie ». Un comité de crise a par ailleurs été installé par le régime.

    Les défenseurs des droits humains déplorent cependant l’opacité et le manque de neutralité des mesures prises par les autorités. Mathieu Manamou, membre du collectif d’ONG de N’Zérékoré, souhaite croire à la mise en place d’une « enquête indépendante et impartiale, en collaboration avec des organisations internationales ».

    Nzérékoré | Guinée | Bousculade | Victimes | Droits De Lhomme | France

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Hébron : des blessés palestiniens lors d’attaques de l’armée et de colons sionistes

    Dix Palestiniens ont été pris en charge à Hébron. D’autres incidents, arrestations et sièges de maisons ont été signalés en Cisjordanie.

    Syrie : une enquête annoncée après l’hospitalisation de Mohamed Ghmira

    Les autorités de Lattaquié annoncent une enquête après l’hospitalisation de Mohamed Ghmira. Le cas d’Abd al-Salam Akko ravive aussi le débat sur les détenus en Syrie.

    Liban : 11 morts après des frappes de l’État sioniste dans le Sud

    L’armée de l’État sioniste affirme avoir tué un commandant du Hezbollah. Les frappes de samedi ont fait 11 morts et 19 blessés, d’après le bilan rapporté.

    Iran : deux médiations en attente autour du détroit d’Ormuz

    Mascate travaille avec Téhéran sur l’organisation du trafic maritime, tandis qu’une initiative pakistanaise vise à rétablir un canal politique avec Washington.

    Syrie : des milliers de dounams agricoles endommagés à Quneitra

    La direction de l’agriculture de Quneitra évalue à plus de 4 800 dounams les pâturages, cultures d’hiver et vergers endommagés après des épandages signalés en janvier.

    Détroit d’Ormuz : condamnations du Golfe après trois attaques contre des navires d’ADNOC

    Trois navires d’ADNOC ont été visés dans le détroit d’Ormuz en deux soirs. Les pays du Golfe ont condamné les attaques.

    Gaza : une délégation du Hamas attendue au Caire pour discuter de l’accord

    Conduite par Khalil al-Hayya, une délégation du Hamas est attendue au Caire pour discuter de l’accord de cessez-le-feu à Gaza.

    Coupe du Roi d’Arabie saoudite : les 32es de finale lancent la 40e édition

    La Coupe du Roi d’Arabie saoudite lance ses 32es de finale sur quatre jours, avec 32 clubs engagés dans cette 40e édition.

    à Lire

    Categories