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    Accord économique entre l’Ukraine et les États-Unis : enjeux et incertitudes

    France, Ukraine, USA

    Le partenariat économique signé le 30 avril entre l’Ukraine et les États-Unis suscite autant d’espoirs que d’interrogations, notamment quant aux bénéfices réels pour Kiev et Washington. Ce partenariat vise à renforcer la coopération dans l’exploitation des ressources minières, énergétiques et technologiques ukrainiennes, tout en soutenant la reconstruction du pays. Mais ses implications économiques et politiques restent complexes, notamment à l’aune des tensions géopolitiques et des réserves minérales incertaines.

    Un accord symbolique après une reprise des relations diplomatiques

    La signature de ce partenariat intervient après un apaisement entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, scellé lors de leur rencontre aux funérailles du pape François. L’accord affiche clairement ses objectifs : contribuer à une « paix durable » et accroître les investissements américains dans les secteurs minier, énergétique et technologique en Ukraine.

    Un fonds d’investissement dédié à la reconstruction ukrainienne sera alimenté par les recettes issues de l’exploitation des minerais, terres rares, gaz et pétrole ukrainiens. Ce fonds sera partagé entre les deux parties, tout en conservant la propriété du sous-sol pour l’Ukraine. En outre, Kiev a obtenu que les dix premières années d’investissements du fonds soient exclusivement destinées au territoire ukrainien.

    À Kiev, ce nouvel accord est perçu plus favorablement que les versions antérieures, jugées trop déséquilibrées et exploitant les ressources du pays.

    Les négociations chaotiques d’un partenariat minier

    Cette initiative est née d’une proposition du sénateur républicain Lindsey Graham, reprise par le président Zelensky à l’automne 2024 dans le cadre de son « plan de la victoire ». Ce plan prévoit notamment l’investissement international dans des ressources critiques telles que l’uranium, le titane, le lithium et le graphite.

    Donald Trump, alors candidat, se montrait initialement intéressé par ce projet. Cependant, une fois élu, il a conditionné l’accord à une compensation financière pour l’aide américaine à Kiev, estimée à 500 milliards de dollars (environ 465 milliards d’euros) — une somme largement surestimée puisque l’aide réelle n’a pas dépassé 115 milliards de dollars (environ 107 milliards d’euros) à fin février.

    Cette demande américaine, sans garanties de sécurité pour l’Ukraine, a suscité de nombreuses critiques. Après plusieurs tentatives de signature, des désaccords personnels entre Trump et Zelensky ont provoqué l’annulation temporaire de l’accord, avant une reprise des négociations qui a abouti à la version actuelle.

    Le texte final ne comporte toujours pas de garanties explicites de sécurité, mais désigne clairement la Russie comme envahisseur et réaffirme le souhait d’une Ukraine « libre, souveraine et sûre ».

    Ressources minières : entre promesses et incertitudes

    Pour l’Ukraine, ce partenariat vise à consolider ses liens avec les États-Unis et à assurer la poursuite de l’aide militaire américaine, désormais comptabilisée comme une contribution au fonds de reconstruction.

    Le jour de la signature, l’administration Trump a annoncé son intention d’approuver la vente de « produits de défense » d’une valeur d’au moins 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros) à Kiev, une première depuis le début du mandat du président républicain.

    Toutefois, le service géologique américain (USGS) ne recense pas de réserves minières particulièrement notables en Ukraine, précise Bernard Dahdah, analyste en matières premières chez Natixis. Il souligne la distinction entre « ressources » — la présence d’un élément — et « réserves » — une quantité économiquement exploitable.

    Les ressources ukrainiennes en terres rares et métaux critiques, essentiels à la transition énergétique, sont souvent basées sur des études anciennes datant de l’ère soviétique et réalisées avec des équipements peu fiables, ce qui remet en question leur exploitation économique réelle.

    Didier Julienne, président du cabinet Commodities and Ressources, rappelle que les terres rares ne sont pas réellement rares et que tous les 17 métaux dits « terres rares » ne présentent pas un intérêt stratégique ou économique égal.

    Les enjeux politiques du partenariat pour Donald Trump

    Malgré les gisements potentiels, l’Ukraine reste un producteur modeste de minerais, occupant la 39e place mondiale en 2023 avec seulement 0,3 % de la production globale. Cette production diminue d’ailleurs depuis le début du conflit, comme en témoigne la chute par trois de la production de titane en deux ans.

    Dans ce contexte de guerre, il est peu probable que des entreprises américaines s’engagent dans des investissements miniers à court terme, d’autant que le développement d’une mine demande en moyenne dix-sept ans. À ce rythme, Donald Trump, âgé de 77 ans, ne pourrait pas directement profiter de ces investissements à long terme.

    Cependant, le dernier accord étend désormais le champ aux hydrocarbures — gaz et pétrole — dont l’exploitation pourrait être accélérée grâce aux infrastructures existantes reliant l’Ukraine à l’Europe.

    Au-delà des aspects économiques, cet accord permet à Trump de présenter un « deal » tangible, valorisant ainsi son action politique en montrant qu’il récupère les fonds investis par son prédécesseur, tout en justifiant une aide à l’Ukraine conditionnée.

    Ce partenariat est ainsi à la fois un levier économique et un outil politique dans le contexte tendu des relations américano-ukrainiennes.

    source:https://www.alternatives-economiques.fr/entre-zelensky-trump-un-accord-terrain/00114886

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