Le ministre de l’Économie Roland Lescure a reconnu vendredi 26 juin sur France Culture que la préparation du budget 2027 « ne va pas être simple », au lendemain d’un rapport de la Cour des comptes qui décrit la situation des finances publiques françaises comme « alarmante » : dette publique à 3 460,5 milliards d’euros fin 2025 (115,7 % du PIB), charge d’intérêts attendue à 77 milliards en 2026, déficit à 5,1 % du PIB l’an passé. Le gouvernement, qui exclut à ce stade de nouvelles hausses d’impôts, dispose de dix jours pour cadrer le débat budgétaire qui s’ouvre à l’Assemblée.
Ce que dit le rapport de la Cour des comptes
Le rapport annuel sur la situation et les perspectives des finances publiques, publié jeudi 25 juin, dresse un diagnostic sévère. La dette publique s’élevait à 3 460,5 milliards d’euros fin 2025, un niveau inédit qui dépasse le précédent record observé en 2020, au plus fort de la crise sanitaire. Le ratio dette/PIB atteint 115,7 %, et la France se classe désormais troisième pays le plus endetté de la zone euro, derrière l’Italie et la Grèce.
La charge des intérêts de la dette, qui s’établissait à 65,7 milliards d’euros en 2025, devrait franchir le seuil de 77 milliards en 2026 — un montant désormais équivalent au budget de l’Éducation nationale. Les taux auxquels l’État emprunte évoluent à leur plus haut niveau depuis une vingtaine d’années, dans un contexte où la défiance des investisseurs progresse.
Le déficit public, ramené à 152,5 milliards d’euros en 2025 (5,1 % du PIB, contre 5,8 % en 2024), demeure très éloigné d’un solde compatible avec la stabilisation de l’endettement. La Cour relève que cette amélioration tient surtout aux hausses d’impôts, alors que les dépenses publiques ont continué de progresser plus vite que l’activité. Pour stabiliser la dette, il faudrait encore réduire le déficit d’environ 89,6 milliards d’euros, soit l’équivalent de trois points de PIB.
Les chiffres clés de la trajectoire 2025-2026
| Indicateur | 2025 | Prévision 2026 |
|---|---|---|
| Dette publique (en milliards d’euros) | 3 460,5 | ≈ 3 600 |
| Ratio dette / PIB | 115,7 % | ≈ 116 % |
| Charge des intérêts (Md€) | 65,7 | 77 |
| Déficit public (% du PIB) | 5,1 % | 5,0 % (cible jugée fragile) |
La cible gouvernementale d’un déficit à 5,0 % du PIB en 2026 est jugée fragile par la Cour, en raison d’une croissance atone, d’un risque inflationniste et d’hypothèses de rendement incertaines sur plusieurs mesures fiscales. La hausse attendue des prélèvements obligatoires à 44,1 points de PIB en 2026 éloignerait par ailleurs la France de la moyenne de la zone euro.
La réponse politique du jour
Invité de France Culture vendredi matin, Roland Lescure a confirmé l’engagement du gouvernement à ne pas prévoir de hausses d’impôts dans le projet de loi de finances 2027. Le ministre a cependant qualifié « l’exécution » du budget 2026 de « très compliquée » et reconnu que « la Cour des comptes a raison ».
La position gouvernementale s’appuie sur un constat : après 37 milliards d’euros de hausses d’impôts cumulées en 2025 et 2026, l’ajustement à venir exigera des économies durables, principalement sur la dépense primaire. Le ministre a néanmoins souhaité que l’on « fasse tout pour » tenir l’engagement de limiter la dépense, renvoyant la suite au débat parlementaire.
Carine Camby, vice-présidente de la première chambre de la Cour des comptes, a mis en garde contre un scénario comparable à celui vécu par la Grèce au début des années 2010 : « Les pays qui se sont retrouvés dans cette situation n’ont pas pu choisir les mesures de réduction du déficit qu’ils souhaitaient. Les conséquences sociales ont été majeures. Il faut éviter d’en arriver là. »
Les précédents allemand et italien
Pour illustrer les trajectoires possibles, la Cour des comptes rappelle deux réformes européennes conduites dans des contextes voisins.
En Allemagne, au début des années 2000, les conditions d’accès aux minima sociaux et à l’assurance chômage ont été durcies, l’âge légal de départ à la retraite a été progressivement relevé à 67 ans et une partie de la hausse de la TVA a été consacrée au désendettement. De son côté, l’Italie est parvenue à stabiliser sa dette à partir de 2012 grâce à plusieurs mesures d’économies : gel des salaires dans la fonction publique, hausse du reste à charge sur certains frais de santé et réduction de plusieurs avantages fiscaux.
La Cour ne recommande pas explicitement l’un ou l’autre de ces chemins pour la France, mais souligne que le retour sous 3 % de PIB en 2029 paraît hors d’atteinte sans trajectoire pluriannuelle crédible. L’absence de nouveau cadrage pluriannuel au-delà de 2026 est explicitement pointée comme une faiblesse du dispositif actuel, à dix jours de l’ouverture du débat budgétaire.
Ce qui se joue avant l’automne
Le rapport demande que le projet de loi de finances 2027 s’inscrive dans une stratégie cohérente de retour vers un déficit inférieur à 3 % du PIB, condition jugée nécessaire à la crédibilité du redressement vis-à-vis des acheteurs de dette. Sans ce cadrage, la France risque de prolonger l’effet de cliquet sur les dépenses et de repousser encore l’« atterrissage » budgétaire.
L’agenda des prochaines semaines combine trois rendez-vous : la présentation du rapport économique social et financier annexé au PLF, attendue avant la fin du mois ; l’examen parlementaire du budget 2026 rectifié, dont l’exécution est d’ores et déjà décrite comme tendue ; et la rentrée budgétaire de l’automne, qui dira si le gouvernement consent à ouvrir le débat sur la dépense — ou s’en tient au refus de toute hausse d’impôts.
Sources
- LCP — Assemblée nationale — « La préparation du budget 2027 ne va pas être simple », prévient le ministre de l’Économie (26 juin 2026)
- Europe 1 — Les finances publiques dans le rouge, quelles solutions pour s’en sortir ? (26 juin 2026)
- LegiFiscal — Cour des comptes : situation et perspectives des finances publiques (26 juin 2026, citant le rapport officiel ccomptes.fr)
