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    Dhurandhar : polémique transfrontalière entre Inde et Pakistan

    Sorti la semaine dernière, Dhurandhar, un thriller d’espionnage bollywoodien de plus de trois heures, suscite autant d’enthousiasme que de critiques en Inde et au Pakistan. Filmé dans une tonalité sépia et porté par Ranveer Singh, le long-métrage retrace une mission transfrontalière fictive qui se déroule au cœur de tensions indo-pakistanaises contemporaines. Immédiatement, le film a ravivé des débats sur la représentation historique, la politique et l’image de villes comme Karachi.

    De quoi parle Dhurandhar ?

    Réalisé par Aditya Dhar, Dhurandhar suit un agent chargé d’infiltrer des réseaux qualifiés de « terroristes » et de « gangsters » sur le territoire ennemi afin de neutraliser des menaces contre la sécurité nationale. Le scénario adopte une structure classique de chat et souris, ponctuée de scènes d’action violentes et d’opérations clandestines.

    Le film met en scène un casting étoilé : Ranveer Singh dans le rôle principal, Sanjay Dutt en antagoniste censé représenter une partie de l’appareil pakistanais, ainsi qu’Akshaye Khanna et R. Madhavan dans des rôles clés. Les producteurs revendiquent une œuvre de fiction, mais le récit incorpore également des extraits d’enregistrements interceptés et des images d’actualité, selon des observateurs.

    Pourquoi la représentation de Karachi fait polémique ?

    La représentation de Karachi, et plus particulièrement du quartier dense de Lyari, a déclenché de vives réactions au Pakistan. Plusieurs universitaires et observateurs affirment que le film réduit la ville à une caricature de violence et d’insalubrité, ignorant sa diversité culturelle et son urbanisme contemporain.

    Nida Kirmani, sociologue pakistanaise, critique notamment l’absence de réalisme : selon elle, le film confond périodes de violence passées et réalité actuelle, et « instrumentalise » des figures locales pour les inscrire dans une narration nationaliste étrangère. D’autres analystes pointent un usage fantasmé de décors et d’archétypes qui n’ont jamais visité Karachi pour s’en inspirer.

    Réactions politiques et actions en justice

    Des responsables du Pakistan People’s Party ont intenté une action en justice à Karachi, alléguant l’utilisation non autorisée d’images de l’ancienne première ministre Benazir Bhutto et la présentation de dirigeants du parti comme complices de groupes armés. Ces plaintes traduisent une forte sensibilité aux représentations politiques dans le film.

    Parallèlement, en Inde, la famille d’un officier de l’armée décoré a saisi la justice pour demander l’arrêt de la diffusion, estimant que le film exploite sa biographie sans consentement. Les producteurs réfutent ces accusations en assurant qu’il s’agit d’une fiction.

    Accueil public et critiques en Inde

    Commercialement, Dhurandhar rencontre un large public en Inde et auprès de la diaspora. Toutefois, la critique culturelle n’a pas été unanime : certains journalistes et experts dénoncent un glissement vers un cinéma hypernationaliste qui simplifie et polarise des réalités complexes.

    Des critiques qui ont publié des avis défavorables ont fait face à des vagues d’hostilité en ligne, et au moins une critique vidéo a été retirée après des réactions virulentes. Face à ces tensions, la guilde des critiques de cinéma a publié une mise en garde contre les campagnes coordonnées visant à intimider et discréditer des voix critiques.

    Une tendance plus large dans Bollywood ?

    Plusieurs observateurs estiment que Dhurandhar s’inscrit dans une tendance plus large de productions favorisant des récits nationalistes et des héros hyper-masculins. Selon eux, ces films tendent à stéréotyper des minorités et à simplifier des enjeux géopolitiques complexes pour répondre à une demande populaire.

    Des précédents récents ont déjà suscité des débats similaires, où cinéma populaire et politique se croisent parfois au risque d’alimenter des représentations biaisées. Ainsi, le cas de Dhurandhar relance la discussion sur la responsabilité artistique et la frontière entre fiction et instrumentalisation politique dans le cinéma commercial.

    Enjeux culturels et diplomatiques

    Au-delà du succès au box-office, Dhurandhar pose des questions plus larges sur la manière dont le cinéma contribue à façonner les perceptions entre voisins historiquement rivaux. En période de tensions récentes, les images et récits véhiculés par des productions populaires peuvent alimenter des ressentiments et compliquer davantage le dialogue.

    Alors que les débats se poursuivent dans les salles et sur les réseaux sociaux, le film illustre la capacité du grand écran à déclencher des polémiques dépassant le cadre strictement artistique pour toucher au politique et au mémoriel.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2025/12/16/why-a-bollywood-spy-film-sparked-a-political-storm-in-india-and-pakistan

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