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    Erythrée: Fin de l’isolement Avec des réformes politiques?

    # Érythrée: Fin de l’isolement avec des réformes politiques?

    Avec l’arrivée du mois de mai chaque année, les spéculations montent parmi les Érythréens quant à la possibilité de changements ou de réformes dans la vie politique de leur pays, qui souffre d’une impasse depuis près de trois décennies.

    Cette année n’a pas fait exception, les attentes ont augmenté après qu’un ancien responsable du parti au pouvoir en Érythrée a évoqué une « surprise » potentielle lors des célébrations de l’anniversaire de l’indépendance le 24 mai, incluant divers aspects allant de la constitution à la montée de nouvelles personnalités.

    ## Un régime isolé

    L’Érythrée est souvent décrite dans les littératures politiques et des droits humains comme la « Corée du Nord » africaine, en raison des nombreuses similitudes entre les régimes des deux pays.

    Depuis son indépendance de l’Éthiopie en mai 1993, le pays est dirigé par un parti unique (le Front populaire pour la démocratie et la justice, FPDJ) sans permettre aucune activité partisane. Les opposants, y compris les anciens dirigeants du parti au pouvoir, sont également emprisonnés, tandis que le chef fort d’Asmara, Isaias Afwerki, gouverne le pays depuis l’indépendance sans tenir aucune élection présidentielle.

    Ces élections font partie de plusieurs engagements repoussés « à une date indéterminée », selon l’organisation de défense des droits humains Freedom House, depuis la guerre frontalière avec l’Éthiopie de 1998-2000, une étape cruciale dans l’histoire du jeune État.

    La guerre et ses conséquences ont servi de principal prétexte pour geler la constitution adoptée en 1997. Aucun appel à la formation d’une assemblée nationale élue chargée de choisir le président n’a été lancé, et le conseil national ne s’est pas réuni depuis 2002.

    ## Des perspectives de changement

    Ahmed Qaisi, ancien dirigeant du parti au pouvoir et opposant actuel, estime que le régime érythréen est en crise, incapable de continuer sur la même voie compte tenu des grandes mutations régionales et de la désaffection croissante au sein de ses propres cadres appelant au renouveau.

    En s’adressant à Al Jazeera, Qaisi affirme que ses informations confirment des préparatifs pour un certain type de changement visant à réorganiser le système dans une nouvelle forme, ce qui permettrait de s’adapter à la nouvelle situation et de brouiller les cartes, notamment pour une opposition fragile et faible.

    Qaisi, qui a occupé un poste ministériel dans les années 1990, résume les mesures attendues à la préparation d’une constitution adaptée aux exigences du régime, sans pour autant répondre aux demandes politiques en lien avec les réalités sociales et politiques.

    Il anticipe également la tenue d’un congrès du parti pour asseoir son pouvoir politique comme un prolongement du patrimoine de lutte du Front populaire durant la lutte armée, en s’appuyant sur des bases sociales formées tout au long des années précédentes dans l’armée et le secteur civil.

    Le dernier congrès général du Front populaire de libération de l’Érythrée s’est tenu en 1994, où il s’est transformé de mouvement militaire ayant arraché l’indépendance du pays à l’Éthiopie en un parti politique, avec le changement de nom en FPDJ. Depuis, aucun congrès n’a eu lieu.

    ## Le processus de paix

    Un événement attirant l’attention mondiale fut la signature de l’accord de paix érythréo-éthiopien à l’été 2018, après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et la vague de positivisme accompagnant ses politiques d’ouverture et de réforme intérieures et régionales.

    Cet accord a théoriquement mis fin à l’état de ni guerre ni paix entre les deux pays en cours depuis 2000, avec la cessation des hostilités sur les fronts et la transition vers un autre type de confrontation par procuration. Cet état a toujours été le principal obstacle à toute réforme en Érythrée, en raison des craintes du régime de voir la souveraineté et l’indépendance du pays directement menacées.

    À cet égard, l’analyste politique érythréen Suleiman Adam Hussein estime que la situation actuelle nécessite des réformes, pour plusieurs raisons fondamentales, notamment les menaces extérieures qui ont largement influencé l’exceptionnalisme du pays n’étant plus ce qu’elles étaient au cours des deux dernières décennies. Hussein note la fin de l’isolement international de l’Érythrée, son rôle régional croissant et la construction de relations avec des puissances importantes sur la scène internationale et régionale.

    Selon Hussein, les principales réformes doivent inclure des mesures gouvernementales facilitant l’entrée dans une phase constitutionnelle normale, comme stipulé dans le plan de transition suspendu.

    ## Les défis et les obstacles

    L’analyste politique érythréen Abdel Razak Karar est moins optimiste quant à la possibilité de changements dans son pays. Il explique que les régimes autoritaires n’engagent pas de réformes par eux-mêmes.

    Karar attribue cela à la peur des surprises découlant de la stagnation politique ou à la pression d’une opposition active et efficace, ou encore à une pression internationale capable d’influencer. Ces facteurs sont tous absents en Érythrée.

    L’opposition érythréenne en exil est composée d’un grand nombre d’organisations de taille variée, mais elle souffre de divisions permanentes qui réduisent son efficacité et sa capacité d’influence. Par ailleurs, l’isolement prolongé du pays et le refus d’Asmara de recevoir des aides ont diminué la capacité des puissances extérieures à exercer des pressions sur le régime, telles que les sanctions.

    Compte tenu de ces données, Karar exclut la possibilité de réformes en Érythrée, notant que la seule mesure que pourrait prendre le régime serait liée à l’âge avancé du président Isaias Afwerki (79 ans), en préparant des dispositions pour une succession garantissant la continuité du régime même si le leader actuel venait à disparaître.

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