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    Mark Carney : Le Libéral qui doit à Trump sa victoire

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    Mark Carney : Le Libéral qui doit à Trump sa victoire

    La saison de la résurrection est arrivée. Le Parti libéral du Canada, dirigé par Mark Carney, a ressuscité politiquement et formera le prochain gouvernement fédéral à Ottawa.

    Ce retournement spectaculaire contraste avec le sort difficile qu’ont connu les libéraux sous la direction de Justin Trudeau il y a seulement quelques mois, lorsque les conservateurs de Pierre Poilievre semblaient sur le point de remporter un mandat impressionnant.

    Contrairement au confiant Poilievre, les libéraux ont su pivoter. Ils ont mis de côté le Trudeau immature pour se tourner vers Carney, ancien banquier, comme leur sauveur. Ce pari calculé a rapporté gros : les libéraux ont remporté un quatrième mandat consécutif, tandis que les conservateurs, toujours déçus, retourneront à l’opposition.

    Une victoire due à des soutiens inattendus

    Carney doit une dette électorale au chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, qui a résisté à la pression constante, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Chambre des communes, de retirer son soutien parlementaire aux libéraux jusqu’à ce que Trudeau cède à un coup de force au sein de son caucus.

    Sans cela, Poilievre aurait probablement gagné si une élection avait été déclenchée plus tôt. Mais surtout, Carney doit sa gratitude la plus profonde au président américain Donald Trump.

    L’impact de Donald Trump sur l’élection canadienne

    Dès que Trump est revenu à la Maison-Blanche et a commencé à évoquer publiquement ses plans impériaux pour le Canada et ses richesses naturelles, le terrain politique a basculé en faveur des libéraux.

    Carney et ses conseillers ont compris que la clé de l’élection la plus déterminante de l’histoire souvent turbulente du Canada était de savoir qui saurait mieux affronter la menace existentielle à la souveraineté canadienne posée par un président américain mercuriel, déterminé à annexer son fier voisin du Nord.

    Trump s’est imposé avec audace dans la conscience collective canadienne, rappelant sans cesse aux électeurs l’ombre menaçante qu’il projette sur l’avenir du pays.

    Lorsque les sondages se sont resserrés à la veille du scrutin, Trump a brisé son silence inhabituel pour raviver son désir fébrile d’absorber le Canada.

    Carney, un antidote sérieux face à l’imprévisible Trump

    Bien que Carney n’ait pas obtenu la majorité tant convoitée, il a convaincu une majorité relative de Canadiens qu’un technocrate austère était l’antidote « sérieux » face à un président profondément peu sérieux.

    Dans ces circonstances, le Premier ministre désigné Carney devrait écrire une lettre de remerciement manuscrite à Trump, qui s’est comporté comme un méchant caricatural que les Canadiens, y compris une part importante d’électeurs québécois autrefois séparatistes, ont rejeté et voulu défier aux urnes.

    Pour Carney et ses alliés reconnaissants, Trump a été un cadeau irrésistible, incapable de résister à la tentation de confirmer son pouvoir d’influencer non seulement l’histoire américaine, mais aussi celle du Canada.

    Un défi majeur pour l’avenir du Canada

    Cependant, Trump représente un défi unique et grave pour l’avenir soudainement précaire du Canada. Il est un troll invétéré, utilisant son puissant tribune et son addiction aux réseaux sociaux pour semer le chaos et déstabiliser aussi bien ses partisans que ses adversaires.

    La semaine dernière, dans une interview accordée à Time pour célébrer ses 100 jours de mandat, Trump a insisté sur la sincérité de sa volonté de faire du Canada le 51e État américain.

    « Je ne plaisante pas vraiment », a-t-il déclaré. « La seule façon que cela fonctionne vraiment, c’est que le Canada devienne un État. »

    La réponse stratégique de Carney

    Pour sa part, Carney a averti à plusieurs reprises que le pacte fiable entre le Canada et les États-Unis, construit sur des décennies, est terminé.

    • « L’Amérique veut notre terre, nos ressources, notre eau, notre pays. Ce ne sont pas des menaces en l’air », a-t-il récemment déclaré.
    • « Le président Trump essaie de nous briser pour que l’Amérique puisse nous posséder. Notre ancienne relation avec les États-Unis est terminée. »

    En conséquence, Carney soutient que le Canada devra se libérer de sa dépendance économique enracinée envers l’Amérique afin de repousser les desseins coloniaux de Trump et forger de nouvelles relations commerciales avec des partenaires plus fiables.

    Les défis immédiats du nouveau Premier ministre

    Le principal défi que Carney doit relever en tant que Premier ministre est de transformer cette rhétorique en réalité.

    Il devra aussi s’attaquer rapidement à la crise de l’accessibilité qui préoccupe quotidiennement les Canadiens, jeunes et moins jeunes, confrontés à la hausse constante du coût de la vie, qu’il s’agisse des courses alimentaires ou du logement.

    Pour atteindre cet objectif d’équité, Carney devra convaincre ses détracteurs qu’il n’est pas un homme du système dans toute sa splendeur, et renoncer à l’habitude du Parti libéral de renier ses promesses égalitaires sous prétexte de « responsabilité fiscale ».

    Un test crucial pour l’unité nationale

    Le succès ou l’échec du mandat improbable de Carney reposera sur un test fondamental : saura-t-il unir un peuple divisé pour forger la résolution nécessaire afin de repousser un président déterminé à détruire ce pays nommé Canada ?

    Cette tâche s’annonce ardue. Outre son fanfaronnade brute et intimidante, Trump sait qu’il peut exploiter les outils, la capacité et l’influence attachés à son rôle de commandant en chef américain pour contraindre les autres à sa volonté, par la force si nécessaire.

    Malgré sa taille immense, le Canada reste en vérité un petit pays, écrasé par la présence et l’omniprésence sans égal des États-Unis.

    Vers une préparation à long terme

    Carney devra mobiliser toute l’ingéniosité et l’imagination dont lui et son cabinet disposent pour préparer et armer les Canadiens à une bataille pour la survie qui durera sans doute des années.

    Il devra convaincre de nombreux Canadiens méfiants, découragés et désillusionnés par une décennie d’arrogance et de gouvernance libérale, de la voie qu’il a choisie.

    Ce travail difficile commence dès maintenant, à ce moment vital.

    Une opportunité née de la crise

    En fin de compte, les crises peuvent, entre de bonnes mains, créer des opportunités.

    Si Carney est véritablement engagé à desserrer l’emprise féroce de Trump sur le Canada, il doit saisir l’occasion pour éloigner économiquement la confédération qu’il dirige des États-Unis, et tracer une politique étrangère indépendante qui rejette le militarisme international irrespectueux du droit et la complaisance envers des criminels de guerre inculpés à Tel-Aviv.

    Mark Carney a remporté la victoire. Il a mérité les plaisirs et privilèges de ce triomphe.

    Mais ce succès pourrait s’avérer bref et creux s’il ne parvient pas, en temps voulu, à vaincre un adversaire bien plus obstiné et redoutable : Donald Trump.

    source:https://www.aljazeera.com/opinions/2025/4/29/canadas-carney-should-thank-trump-for-his-victory

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