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    Pour qui voteront les Kurdes d’Istanbul aux locales

    Qui recevra le soutien des Kurdes d’Istanbul lors des élections municipales ?

    Après que les partis turcs en compétition aient désigné leurs candidats pour la mairie de la métropole d’Istanbul pour le scrutin prévu le trente-et-un mars, et que chacun ait commencé à dévoiler son programme électoral et à faire des tournées intensives dans les quartiers et zones commerciales de la ville pour expliquer sa vision des problèmes des résidents et des moyens de les résoudre, une question clé a émergé : à qui iront les voix des Kurdes résidant à Istanbul cette fois-ci ?

    La baguette magique

    Les voix des Kurdes ont toujours été le compas qui guide le processus électoral et la baguette magique qui en décide les résultats en faveur du candidat privilégié et choisi. Elles représentent le cheval gagnant qui assure à son cavalier la victoire et le triomphe sur son adversaire, quelle que soit sa force et qui il représente sur la scène politique.

    C’est une réalité incontestable qui ne peut être ignorée ou minimisée. Les résultats des élections municipales de 2019 en sont la meilleure preuve, où les Kurdes avaient alors choisi de se ranger derrière Ekrem İmamoğlu, candidat de l’« Alliance nationale » incluant les principaux partis d’opposition, contre Binali Yıldırım, le candidat de l’« Alliance du peuple », lui permettant de l’emporter avec 54.2% des voix contre 45% pour son adversaire du « gouvernement ».

    Une telle proportion aurait été impossible à atteindre sans le soutien réel des électeurs kurdes. Ces derniers ont voulu punir le parti de la « Justice et du Développement » (AKP) pour son recul concernant sa politique visant à résoudre la question kurde par des moyens politiques et pour son retour à une approche centrée sur la sécurité.

    Recalcul des équipes

    Le parti AKP a rapidement appris sa leçon et a cherché à recalculer ses stratégies en ouvrant de nouveaux canaux de communication avec de nombreuses figures kurdes influentes sur les plans politique et culturel, des personnalités modérées dans leurs orientations et leur vision de la résolution de la question kurde, en accord avec celle de l’État.

    Cela offre aux Kurdes une plus grande liberté de vivre selon leurs propres traditions et patrimoine culturel en tant que nation, et assure leur présence active dans la société sans contradiction avec le maintien des fondements et mécanismes sur lesquels se base l’État turc, tout en préservant l’unification de la nation et en prévenant la fragmentation de son territoire.

    De là est né l’alliance lors des précédentes élections législatives et présidentielles avec le parti « HÜDA-PAR », qui représente les Kurdes conservateurs, une alliance mutuellement bénéfique. Le « HÜDA-PAR » a notamment décroché deux sièges traditionnellement dominés par le « Parti Démocratique des Peuples » (HDP), et est entré pour la première fois au parlement, tandis que l' »Alliance du peuple » a engrangé les voix des Kurdes islamistes et conservateurs dans les régions à forte densité kurde, contribuant ainsi à conserver la majorité à l’intérieur du parlement.

    Cette alliance est toujours d’actualité dans la bataille des élections municipales et devrait influencer fortement les résultats à venir, surtout compte tenu des dissensions persistantes entre les partis kurdes de gauche, tels que le « Parti de la Démocratie et de l’Égalité », et les partis séculaires et nationalistes comme le « Parti Républicain du Peuple » (CHP) et le « Parti Iyi » concernant leur vision du « Parti des Travailleurs du Kurdistan » (PKK), classé organisation terroriste par l’État.

    Jouer sur tous les fronts

    Le parti CHP se trouve dans une position difficile face aux Kurdes après que son leader Kemal Kılıçdaroğlu a formulé des critiques sévères envers le PKK et son dirigeant Abdullah Öcalan. Bien qu’il ait exprimé personnellement de la sympathie pour les Kurdes et qu’il ait annoncé son intention de résoudre leurs problèmes en cas d’arrivée au pouvoir, et bien qu’il ait demandé la libération des politiciens kurdes emprisonnés, dont Salahattin Demirtaş, leader du HDP.

    Les tentatives de jouer sur tous les fronts et de trouver un consensus avec les nationalistes turcs en vue des élections ont mené à une réaction inattendue des leaders kurdes, qui ont exprimé leur colère et leur rejet de l’instrumentalisation de leur cause à des fins partisanes et électorales. Cela signifie qu’ils pourraient retirer leur soutien au candidat du CHP en réponse aux tentatives d’exploitation.

    Cette réaction suggère que le CHP pourrait perdre une partie non négligeable des voix kurdes, même si le HDP décide de surmonter ces différends et de poursuivre l’alliance électorale en cours depuis les élections présidentielles et parlementaires, réduisant ainsi les chances d’İmamoğlu et favorisant le candidat de l' »Alliance du peuple », Murat Kurum.

    L’hostilité avec les Kurdes

    D’autre part, le « Parti Iyi » a su maintenir sa base électorale, principalement représentée par les nationalistes, en refusant toute alliance avec les partis kurdes sur la scène politique, et en soutenant pleinement la position du gouvernement, considérant la question kurde comme une menace pour la sécurité nationale turque.

    Cette position a accru l’animosité entre les nationalistes kurdes du « Parti de la Démocratie et de l’Égalité » et les nationalistes turcs supportant le « Parti Iyi », fermant définitivement la porte à des scénarios électoraux qui pourraient rassembler les deux parties en une seule liste, et priver ce dernier des voix kurdes globalement.

    Négliger les intérêts des Kurdes

    Les positions déclarées des partis d’opposition turcs à l’égard des Kurdes, et leur volonté de les utiliser pour réaliser les victoires partisanes et électorales, servent plus leurs propres intérêts que ceux des Kurdes eux-mêmes. De plus, leur vision des mécanismes de résolution du problème kurde, indépendamment de l’adéquation ou de l’incompatibilité de ces mécanismes avec la vision des Kurdes eux-mêmes, avec le manque total de considération pour leur existence en tant que composante ethnique importante de la société turque, équivalente aux Turcs, a profondément divisé les relations entre les partis kurdes en général et leurs homologues turcs, en particulier les nationalistes et les gauchistes.

    Il est clair que nous sommes confrontés à un paysage politique radicalement différent de celui observé en 2019 après les dernières élections locales, ou à celui anticipé pour les prochaines étapes, que ce soit par les centres de recherche spécialisés ou par les sondages d’opinion effectués par de nombreuses entreprises dans ce domaine.

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