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    Pourquoi les pays refusent de rapatrier leurs ressortissants détenus en Syrie

    Syrie, États-Unis, Irak, Europe

    Malgré les avertissements répétés et les appels constants des États-Unis, la plupart des pays refusent encore de rapatrier leurs ressortissants détenus dans les camps et prisons gérés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le nord-est de la Syrie. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants y vivent dans des conditions de détention difficiles, tandis que la communauté internationale peine à trouver une réponse coordonnée au problème.

    Nombre de détenus et estimations divergentes

    Les camps et les prisons qui abritent des membres présumés de l’organisation État islamique et leurs familles restent un défi sécuritaire et humanitaire majeur, même après le retrait territorial de l’organisation en Syrie.

    • Le camp d’al-Hol accueille plus de 50 000 personnes, dont plus de 30 000 femmes et enfants de nationalités syrienne, irakienne et étrangères (Europe, Asie, Afrique du Nord).
    • Le camp de Roj est considéré comme plus organisé et abrite un nombre inférieur de personnes radicalisées, principalement des femmes d’origine européenne.
    • Selon des estimations publiées au 17 mars 2025, environ 23 000 étrangers se trouvaient dans les deux camps, plus de 60 % étant des enfants, la plupart âgés de moins de douze ans.
    • Les forces FDS estiment entre 9 000 et 11 000 combattants détenus dans une douzaine de prisons (Gweiran à Hassaké, al-Malikiyah/Dêrîk, al-Shaddadi, et des installations temporaires à Raqqa et Deir ez-Zor). D’autres sources, comme le journal américain Politico, avancent un chiffre proche de 10 000 détenus répartis sur 26 établissements.

    Ces chiffres font l’objet de débats : certaines sources sur le terrain accusent les FDS d’exagérer les nombres pour obtenir un soutien international accru et maintenir la coopération avec la coalition menée par les États-Unis.

    Membre des FDS pointant son arme lors d'un affrontement à Hassaké
    Un membre des FDS en dehors d’une prison lors d’un affrontement avec des militants de l’État islamique à Hassaké (Reuters).

    Des craintes sécuritaires freinent les rapatriements

    La perspective de rapatrier des ressortissants suspectés d’appartenir à l’État islamique est perçue comme l’un des dossiers sécuritaires les plus complexes. Nombre d’États européens et asiatiques invoquent des risques pour la sécurité nationale et l’ordre public pour justifier leur réticence.

    Des experts estiment que la crainte principale est la réactivation de cellules dormantes ou la commission d’attaques individuelles ou coordonnées par des retours radicalisés.

    • Selon le chercheur en groupes islamistes Arabi Arabi, les États redoutent que les retours ne ravivent l’influence idéologique de l’organisation dans des environnements déjà vulnérables.
    • Le spécialiste irakien Raed al-Hamed souligne l’impossibilité, même pour des services avancés, de surveiller en permanence chaque retour, ce qui constitue un fardeau sécuritaire permanent.
    • L’Institut Washington pour la politique du Proche-Orient reconnaît que le rapatriement comporte des risques, mais souligne l’existence de stratégies pour les atténuer, notamment la coordination internationale autour de la collecte de preuves, de la responsabilisation et des programmes de prise en charge sensibles aux traumatismes.
    Couloir de la prison de Gweiran, Hassaké
    La prison de Gweiran (Panorama) à Hassaké, gérée par les FDS, qui accueille des personnes accusées d’appartenir à l’EI (AP).

    Obstacles juridiques qui compliquent les procès

    Outre les inquiétudes sécuritaires et politiques, des défis juridiques profonds freinent les rapatriements et les poursuites. Les gouvernements font face à des systèmes judiciaires qui exigent des preuves solides, difficiles à obtenir dans les zones de conflit.

    Les cas des femmes et des enfants posent des dilemmes spécifiques :

    • Les femmes dont l’implication directe n’est pas avérée sont souvent traitées comme non coupables au sens pénal, ce qui complique les poursuites malgré leur rôle éventuel dans la transmission d’idéologies radicales.
    • Les enfants, souvent mineurs, ne peuvent être jugés comme adultes ; les séparer de leurs mères n’est possible que si une implication prouvée est établie.
    • Les tribunaux occidentaux demandent des preuves quasi irréfutables, rarement accessibles dans les théâtres d’opération, rendant probable l’acquittement de certains individus malgré une adhésion idéologique persistante.

    Une étude du programme sur l’extrémisme de l’université George Washington souligne que ces contraintes légales forcent de nombreux États à hésiter, faute d’outils juridiques adaptés au contexte des conflits.

    Le coût de la négligence internationale

    Les camps et lieux de détention du nord-est syrien sont devenus des foyers potentiels de reproduction du radicalisme. Des chercheurs alertent sur le risque de voir émerger une nouvelle génération de militants en raison des conditions de vie déplorables et de l’endoctrinement.

    Le général Brad Cooper, commandant du CENTCOM, a insisté lors d’une conférence à New York sur la responsabilité des États concernés :

    • « Rapatrier les personnes vulnérables avant qu’elles ne soient radicalisées n’est pas seulement un acte humanitaire, c’est une mesure décisive pour empêcher l’EI de se reconstituer », a-t-il déclaré.
    • Les États-Unis ont annoncé un plan pour créer une « cellule conjointe de rapatriement » afin de coordonner les efforts sur le terrain et d’accélérer les opérations.

    Des centres de recherche mettent en garde : sans vision claire et sans solutions de rapatriement et de réintégration, la situation risque de se détériorer, offrant à des réseaux extrémistes de nouvelles opportunités.

    Le camp de Roj
    Le camp de Roj, considéré comme plus organisé que celui d’al-Hol, abrite des personnes accusées d’appartenir à l’EI et leurs familles (AFP).

    Le modèle irakien : une approche active

    À l’inverse de la majorité des États, l’Irak s’est engagé résolument dans le rapatriement de ses ressortissants. Le gouvernement considère cette démarche à la fois comme une priorité sécuritaire, sociale et humanitaire.

    En juillet, le ministère irakien de la Migration et des Déplacés a annoncé le retour d’environ 16 000 citoyens irakiens depuis al-Hol, dans le cadre d’un plan visant à clore le dossier des familles irakiennes d’ici 2027.

    • Un accord avec les Nations unies prévoit qu’aucune famille irakienne ne restera dans le camp après cette échéance, selon le porte-parole Ali Abbas.
    • Le général Cooper a salué l’effort iraquien, notant qu’environ 80 % des ressortissants irakiens ont été rapatriés du camp d’al-Hol, et appelant d’autres pays à s’en inspirer.
    • Des experts soulignent que la position de l’Irak s’explique aussi par la présence d’anciens cadres de l’EI de nationalité irakienne et par l’implication de Bagdad dans la coalition internationale.

    Des organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, insistent sur l’obligation des États de respecter le droit international en procédant aux rapatriements, aux poursuites des responsables et à la mise en place de programmes de réintégration adaptés.

    Le débat reste ouvert : l’équilibre entre sécurité nationale, exigences juridiques et impératifs humanitaires continuera de définir la trajectoire des opérations de rapatriement dans les mois et années à venir.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/10/4/%d9%84%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d8%aa%d8%b1%d9%81%d8%b6-%d8%a7%d9%84%d8%af%d9%88%d9%84-%d8%a7%d8%b3%d8%aa%d8%b9%d8%a7%d8%af%d8%a9-%d8%b1%d8%b9%d8%a7%d9%8a%d8%a7%d9%87%d8%a7-%d9%85%d9%86

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