Le Premier ministre Sébastien Lecornu a officialisé, lundi 16 juin 2026, la fin du partenariat entre la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et l’entreprise américaine Palantir, spécialisée dans l’analyse de données. Le renseignement français bascule vers la jeune pousse tricolore ChapsVision, présentée comme une alternative souveraine dans le traitement massif de données.
L’annonce, faite à l’issue d’un déplacement ministériel, vise à « reprendre la main » sur des solutions stratégiques jusqu’ici confiés à un acteur lié à l’écosystème politique américain. Elle s’inscrit dans une séquence d’affirmations de souveraineté technologique, alors que la France doit parallèlement présenter un plan d’investissement dans l’intelligence artificielle.
ChapsVision, la « pépite française » choisie pour remplacer Palantir
Sébastien Lecornu a justifié le choix de ChapsVision par la maturité de ses solutions en matière d’analyse de données, déjà éprouvées au sein de plusieurs administrations. L’entreprise, fondée en 2019 et basée à Paris, s’est spécialisée dans le traitement de grandes quantités d’informations pour la défense, le renseignement et l’industrie.
Le dirigeant de la DGSI a salué une solution « 100 % française » permettant de garantir la confidentialité des données sensibles et d’éviter toute dépendance à un acteur soumis à une juridiction étrangère. Le ministère de l’Intérieur n’a, à ce stade, pas communiqué de calendrier précis pour la bascule effective des systèmes.
Palantir conteste l’interprétation française
De son côté, Palantir a rapidement réagi en démentant avoir « perdu » un quelconque contrat. L’entreprise américaine affirme que la décision concerne « un marché limité et déjà échu », et non une rupture décidée par les autorités françaises. Elle rappelle que plusieurs administrations françaises continuent de recourir à ses services dans d’autres cadres.
L’écart entre la lecture du gouvernement et celle de Palantir n’est pas anodin : il traduit la sensibilité politique d’un dossier où s’entremêlent sécurité nationale, contrats industriels et rivalité technologique transatlantique. Le renseignement français avait commencé à travailler avec Palantir dès 2018, à une époque où l’offre européenne en analyse de données restait embryonnaire.
Un mouvement plus large autour de la souveraineté numérique
Le choix de ChapsVision s’ajoute à plusieurs décisions récentes destinées à renforcer l’autonomie technologique française. Le plan d’investissement dans l’intelligence artificielle présenté le même jour, doté de 655 millions d’euros supplémentaires, traduit la même logique : doter l’État et l’économie de solutions conçues et hébergées sur le sol national.
Plusieurs spécialistes du secteur voient dans cette séquence un signal fort envoyé aux acteurs étrangers du cloud et de l’IA. Mais certains rappellent que la maturité de l’offre européenne reste inégale, et que la « souveraineté » ne se décrète pas : elle suppose des capacités industrielles, des compétences et des délais que la commande publique ne peut, à elle seule, garantir.
Ce qu’il reste à préciser
Plusieurs zones d’ombre subsistent : le coût exact de la transition, le périmètre précis des données auparavant traitées par Palantir, et la liste des autres administrations éventuellement concernées. Ni le ministère de l’Intérieur ni la DGSI n’ont, à ce stade, détaillé les étapes techniques de la bascule ni les éventuels prestataires intermédiaires.
L’affaire n’en reste pas moins un marqueur : en moins de vingt-quatre heures, la France a annoncé à la fois la sortie de Palantir du renseignement et un plan massif en faveur de l’IA, dessinant une même ligne directrice – reprendre le contrôle des solutions numériques considérés comme stratégiques.
