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    La destruction de la tombe islamique de Mâmen Allah par Israël

    France

    La tombe islamique de Mâmen Allah, site historique majeur de Jérusalem, a été en grande partie détruite et transformée sous l’action israélienne, sa surface ayant été réduite à une fraction de son extension d’origine ; ce lieu, connu pour son rôle dans l’histoire religieuse et funéraire de la ville, illustre les tensions entre préservation du patrimoine religieux et aménagements d’État.

    À Jérusalem : localisation et dénomination de la tombe islamique de Mâmen Allah

    La nécropole dite Mâmen Allah (parfois appelée Mamilla, « باب الله », « زيتونة الملة », ou « بابيلا » selon les traditions) se trouve à l’ouest de la vieille ville de Jérusalem, à environ 2 km à l’ouest de la porte de Hébron. Sa superficie est traditionnellement estimée à 200 dunams, soit 200 000 m² (20 ha) ; durant le mandat britannique on l’évaluait à environ 137,5 dunams, soit 137 500 m² (13,75 ha), après exclusion de certains bâtiments de la fondation religieuse et de la nécropole de al-Jabaliyah.

    L’origine du nom fait l’objet de plusieurs hypothèses : certains chercheurs l’associent à une grande source d’eau qui aurait été appelée « mâ’ min Allâh » puis transformée en « Mâmen Allah », d’autres relient « Mamla » à une sainte d’une église byzantine ou à la dénomination du quartier « Milo ». Les traditions juive et chrétienne ont aussi leurs propres appellations pour le lieu.

    Destruction, aménagements et mesures israéliennes depuis 1947

    La tombe islamique de Mâmen Allah a subi des modifications et des opérations de nivellement et d’aménagement depuis la fin du mandat britannique. Des plans d’urbanisme avaient été proposés dès 1933 pour y prélever des parcelles destinées à l’habitat, au commerce et à un parc public, mais ces projets n’ont été mis en œuvre qu’après 1947–1948.

    En 1947 l’armée britannique a occupé la nécropole et démoli des portions de son enceinte. Après la guerre de 1948, Israël a pris le contrôle de la partie occidentale de Jérusalem, incluant la zone de Mâmen Allah. Une législation israélienne a ensuite classé de nombreux biens religieux et funéraires islamiques comme « biens des absents », autorisant leur appropriation par l’État.

    En 1967 de larges secteurs de la nécropole ont été transformés en parc public, appelé « parc de l’Indépendance », après l’enlèvement de tombes et la mise à nu d’ossements ; des voies et des plantations ont été implantées sur les emplacements des tombes. À la fin de 1985, le ministère des Transports a aménagé un vaste parking sur une partie importante du site. Entre 1985 et 1987, des travaux de fouille pour l’extension des réseaux d’assainissement et du parking ont endommagé des dizaines de tombes et dispersé des restes humains.

    Au début des années 2000, des projets d’implantation d’institutions et d’équipements sur le périmètre restant ont été annoncés : en 2002 un projet de siège pour des tribunaux israéliens, et en 2004 l’annonce par la presse israélienne de l’ouverture envisagée d’un « centre de la dignité humaine » et d’un « musée de la tolérance » à Jérusalem. En 2008, la Cour suprême israélienne a rendu une décision permettant la construction sur ce qui restait de la nécropole.

    Selon les données rapportées, à la date de 2025 moins de 5 % des tombes originales subsisteraient, la surface restante étant estimée à environ 19 dunams, soit 19 000 m² (1,9 ha), soit environ un huitième de la superficie attestée sous mandat britannique.

    Importance religieuse, historique et sépultures notables à Mâmen Allah

    La nécropole est considérée comme l’une des plus anciennes et des plus vastes de Jérusalem, utilisée pour les inhumations depuis la conquête musulmane de la ville en 636. L’historien Ibn al‑Akfâni est cité dans un ouvrage évoquant des événements survenus durant l’occupation croisée : «عندما احتل [الصليبيون] القدس وارتكبوا فيها مجزرة بشعة، أمروا بدفن جثثهم في مغارة بالمقبرة سميت مغارة الجماجم».

    Le chercheur palestinien Aref al‑Aref écrit dans « المفصّل في تاريخ القدس » que la nécropole a accueilli «عددٌ كبيرٌ من الصحابة والمجاهدين أثناء الفتح الإسلاميّ», tout en précisant qu’il n’est pas possible d’identifier avec certitude les tombes individuelles de certains compagnons. Des auteurs contemporains signalent plusieurs noms de compagnons dont la présence à Jérusalem est rapportée sans localisation de sépulture précise, citant notamment Abû Muhammad an‑Najârî an‑Ansârî, Dhu al‑Asâbi‘ al‑Juhânî, Salama ibn Qaysar al‑Hadramî, ‘Abd Allâh ibn Umm Ḥarâm et Fayrûz ad‑Daylamî.

    Parmi les tombes attestées jusqu’à l’occupation et au début du déblaiement figurent des sépultures datées de l’époque croisée puis ayyoubide, ainsi que des dépouilles de savants, jurisconsultes, littérateurs et dignitaires locaux. La nécropole avait été entourée d’un mur en 1318 de l’hégire, pendant la fin de l’époque ottomane, et était restée en usage jusqu’en 1927, date à laquelle le Conseil islamique supérieur a interdit l’inhumation en raison de la saturation et de l’avancée de l’urbanisation.

    Parmi les personnalités mentionnées comme inhumées à Mâmen Allah figurent :

    • L’émir ‘Alâ’ Aydghdî ibn ‘Abd Allâh al‑Kabkî, un émir mamelouk mort en 1288;
    • Shihâb ad‑Dîn ibn Jabâra al‑Maqdisî, grammairien, mort en 728 de l’Hégire (1327);
    • Le jurisconsulte Ḍiyâ’ ad‑Dîn Abû ‘Īsâ al‑Hakkârî, proche conseiller de Salah ad‑Dîn, mort en l’an de la conquête 585 de l’Hégire (1189);
    • Le grand juge Burhân ad‑Dîn Ibrâhîm ibn ‘Abd Allâh ibn Jammâ‘a al‑Kanânî al‑Shâfi‘î, mort en 872 de l’Hégire (1467);
    • Shihâb ad‑Dîn Aḥmad dit Ibn al‑Ha’im, maître des sciences mathématiques, mort en 815 de l’Hégire (1412);
    • Le cheikh Aḥmad ibn ‘Alî ibn Yass ad‑Dajjânî, mort en 969 de l’Hégire (1561).

    La transformation de Mâmen Allah et la disparition de la plupart de ses tombes posent des questions patrimoniales et mémorielles liées au statut des lieux funéraires et à la conservation des sites religieux dans un contexte urbain et politique hautement conflictuel.

    Tombe Islamique | Mâmen Allah | Israël | Jérusalem | Patrimoine Religieux | Patrimoine | Conflit | France
    source:https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2025/8/30/%D9%85%D9%82%D8%A8%D8%B1%D8%A9-%D9%85%D8%A3%D9%85%D9%86-%D8%A7%D9%84%D9%84%D9%87-%D8%AA%D8%A7%D8%B1%D9%8A%D8%AE-%D8%A5%D8%B3%D9%84%D8%A7%D9%85%D9%8A-%D8%AF%D9%85%D8%B1%D8%AA%D9%87?traffic_source=rss

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