Pour la première fois dans l’histoire du monument, un historien entre au Panthéon. L’historien et résistant Marc Bloch, cofondateur de l’École des Annales, et son épouse Simonne ont rejoint mardi 23 juin 2026 le caveau n°13 de la nécropole nationale, à l’issue d’une cérémonie sobre ouverte au public et présidée par Emmanuel Macron.
Une cérémonie sobre, ouverte au public
C’est sur la place du Panthéon, à Paris, que les cénotaphes de Marc Bloch et de Simonne Bloch ont été lentement remontés mardi soir, sous les applaudissements d’une foule venue en nombre, dans une chaleur caniculaire. La cérémonie, voulue par le président de la République, a réuni la famille de l’historien, des centaines de collégiens invités et plusieurs personnalités politiques. La scénographie est restée mesurée : les textes biographiques ont été lus par les comédiens Jacques Gamblin et Lou de Laâge, et la Pavane de Gabriel Fauré a enveloppé l’hommage.
Un historien du présent, devenu résistant
Marc Bloch n’a pas seulement marqué l’histoire médiévale : médiéviste à Strasbourg, il a cofondé avec Lucien Febvre l’École des Annales, qui a renouvelé l’écriture de l’histoire en France au XXe siècle. Auteur d’L’Étrange Défaite, rédigée après la débâcle de 1940, il y défendait l’idée d’un historien qui comprend son époque plutôt qu’il ne la juge. Juif et engagé dans la Résistance sous l’Occupation, il est blessé, capturé par la Gestapo puis exécuté en juin 1944.
En le faisant entrer au Panthéon avec son épouse Simonne — qui fut son soutien pendant les années sombres — la République choisit d’inscrire côte à côte l’homme de savoir et l’homme d’action. Le caveau n°13, où ils reposent désormais, abrite déjà d’autres figures du siècle, parmi lesquelles Joséphine Baker et Simone Veil.
Macron fustige « l’esprit de défaite »
Dans son discours, Emmanuel Macron a salué « un homme des Lumières ayant rejoint l’armée des ombres » et a pris à partie « l’esprit de défaite », terme emprunté à Bloch lui-même. La panthéonisation, annoncée par le chef de l’État en 2024, prend un relief particulier à un an d’une élection présidentielle où le Rassemblement national est donné favori dans les sondages. Le président a explicitement présenté l’historien comme un repoussoir face au « repli identitaire », et la question de la présence d’élus de l’extrême droite à la cérémonie a nourri le débat public dans les jours qui ont précédé.
Une réception largement saluée, malgré quelques crispations
L’entrée au Panthéon a été largement saluée par la classe politique et le monde universitaire, au-delà des clivages partisans. Quelques voix se sont interrogées sur la récupération politique d’une figure historique, tandis que d’autres ont défendu un geste de transmission civique dans une période de défiance envers les institutions. La famille de l’historien, qui a veillé à la sobriété de la cérémonie, s’est publiquement félicitée du choix de mettre en avant la méthode de Bloch : « Je crois aux jeunes, écrivait-il en 1942 à son fils aîné, je n’ai, personnellement, aucun respect particulier pour l’âge. »
