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    Soudan face aux pressions de la quadripartite : quelles options ?

    Soudan, États-Unis, Arabie Saoudite, Égypte, Émirats arabes unis

    Le Soudan se retrouve au cœur d’un bras de fer diplomatique entre sa propre vision de la souveraineté et les pressions exercées par la « quadripartite » (États‑Unis, Arabie saoudite, Égypte et Émirats arabes unis).
    Le gouvernement soudanais rejette une solution imposée qui, selon lui, remettrait en cause l’autorité de l’État, et plaide pour une approche qui respecte la volonté et les sacrifices du peuple soudanais.
    Cet affrontement interroge le sens moderne de la souveraineté et les marges de manœuvre d’un État confronté à des interventions internationales soutenues.

    Le principe de la souveraineté et son héritage historique

    Le principe de la souveraineté constitue une pierre angulaire de l’État moderne depuis le traité de Westphalie (1648).
    Les penseurs de la Renaissance et les théoriciens politiques ont façonné cette idée pour affirmer que l’État doit détenir l’autorité suprême sur son territoire et ses lois.

    Thomas Hobbes synthétise ce principe en affirmant que dans tout État réel, une personne ou une institution doit détenir l’autorité suprême pour promulguer et faire respecter les lois.
    Selon lui, diviser cette souveraineté reviendrait à fragiliser l’unité de l’État.

    La souveraineté se décline en plusieurs dimensions essentielles, qui permettent de comprendre la position soudanaise face aux initiatives extérieures :

    • La souveraineté personnelle : l’exercice de l’autorité sur le territoire national.
    • La souveraineté politique : la liberté de choix du régime et de l’organisation politique.
    • La souveraineté territoriale : la responsabilité de l’État vis‑à‑vis de ses ressortissants.

    Les désaccords entre Khartoum et la quadripartite

    La quadripartite affiche un objectif affiché : œuvrer à la fin du conflit. Toutefois, ses propositions ont suscité des oppositions profondes de la part du gouvernement soudanais.
    Les divergences se sont cristallisées malgré plusieurs rencontres, notamment entre des représentants de la quadripartite et la direction du Conseil souverain soudanais.

    À son retour d’un déplacement en Égypte, le chef du Conseil souverain, le général Abdel Fattah al‑Burhane, a réaffirmé son refus de toute négociation qui porterait atteinte à la souveraineté nationale.
    Il a déclaré : « pas de recul sur l’engagement, et pas de négociation avec aucune entité, qu’elle soit quadripartite ou autre », tout en acceptant une aide qui ne s’impose pas au peuple soudanais.

    Ces déclarations interviennent alors que la quadripartite préparerait une nouvelle réunion, et que la cartographie de la solution proposée — déjà rejetée par Khartoum — continue de susciter l’inquiétude du gouvernement.

    Expériences historiques du Soudan avec les interventions étrangères

    Le Soudan a été exposé à des interventions étrangères récurrentes, depuis les accords d’Addis‑Abeba de 1972 jusqu’aux ingérences pendant la période 1989‑2019.
    Ces précédents offrent des leçons sur les risques de solutions internationales imposées sans adhésion nationale.

    Trois constantes se dégagent des interventions extérieures, en particulier celles menées par des puissances occidentales comme les États‑Unis :

    1. Empêcher une victoire militaire décisive de l’armée soudanaise contre les insurgés.
      Exemple notable : la pression internationale durant le conflit avec la rébellion du Sud, qui a mené à l’indépendance du Sud‑Soudan et au transfert de ressources pétrolières cruciales.
    2. Imposer des arrangements politiques qui peuvent contenir les germes d’un nouveau conflit ou faciliter la séparation d’un territoire.
      L’accord d’Abuja de 2006 pour le Darfour, issu de pressions externes, n’a pas stabilisé la région et la violence s’y est intensifiée.
    3. Répartir le pouvoir selon des équilibres inégaux, produisant des gouvernements fragiles et des divisions internes.
      Ces schémas favorisent l’apparition de forces politiques au sein de l’appareil d’État qui remettent en cause la cohésion gouvernementale.

    Par ailleurs, l’attitude de certains envoyés internationaux illustre ce prisme : lorsque les forces gouvernementales progressent, des déclarations étrangères peuvent relativiser tout « gain militaire », comme l’a fait l’ancien envoyé américain Tom Perriello, en affirmant qu’il n’y avait « pas de vainqueur militaire » dans la guerre soudanaise.

    Les craintes de Khartoum et la question de la légitimation de la milice

    Le gouvernement soudanais redoute que les mécanismes proposés par la quadripartite n’accordent une légitimité politique à la milice de soutien rapide (RSF).
    Pour Khartoum, cette milice demeure une force rebelle qui a commis des crimes graves et ne peut être traitée comme un partenaire politique égal de l’armée et des institutions de l’État.

    Cette position s’appuie sur des accusations de violations massives des droits et sur la conviction que toute reconnaissance politique de la milice minerait la justice et la cohésion nationale.
    Ainsi, la question centrale reste la préservation de la souveraineté et de l’intégrité des institutions étatiques face à une normalisation externe considérée comme injuste.

    Quelles options pour le gouvernement soudanais ?

    Confronté à des pressions intenses, Khartoum explore des voies pour sauvegarder sa marge de manœuvre sans céder à une solution imposée.
    Plusieurs orientations stratégiques peuvent être envisagées pour renforcer la position nationale.

    • Consolider des appuis régionaux et internationaux favorables à la souveraineté, notamment auprès de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, qui soutiennent l’intégrité institutionnelle du Soudan.
    • Promouvoir des mécanismes nationaux inclusifs — par exemple la création d’un parlement de transition — pour élargir la responsabilité politique et affirmer une feuille de route décidée intérieurement.
    • Rapporter le centre de gravité du processus politique à l’intérieur du pays en réintégrant les partis et forces politiques sur le sol soudanais, afin d’affaiblir les tentations de légitimation fondée sur des pressions extérieures.
    • Mettre en avant la voix et la dignité du peuple soudanais comme critère primordial : une stratégie qui mobilise les sympathies nationales et internationales en faveur d’une solution portée par la société soudanaise.
    • Travailler avec des alliés fiables pour concevoir une communication internationale claire sur la notion de Soudan souveraineté, exposant les risques des arrangements qui ne respecteraient pas les intérêts nationaux.

    Ces options nécessitent une démarche coordonnée et créative, mariant diplomatie régionale, légitimité interne et revendication claire d’une solution respectueuse des principes souverains.

    Perspectives et enjeux

    L’enjeu central demeure la capacité du Soudan à préserver son intégrité politique sans céder à des solutions qui menacent son unité.
    Le défi est d’articuler une stratégie qui concilie stabilité, justice et reconstruction, tout en refusant des compromis qui légitimeraient la violence ou des acteurs coupables d’exactions.

    À court terme, la diplomatie soudanaise doit exploiter ses soutiens régionaux, élargir la participation nationale au débat politique et recentrer la légitimité sur le peuple.
    À moyen terme, la restauration d’un ordre politique stable passe par une trajectoire choisie par les Soudanais eux‑mêmes, et non par des solutions extérieures imposées.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/10/31/%d8%ae%d9%8a%d8%a7%d8%b1%d8%a7%d8%aa-%d8%a7%d9%84%d8%b3%d9%88%d8%af%d8%a7%d9%86-%d8%a3%d9%85%d8%a7%d9%85-%d8%b6%d8%ba%d9%88%d8%b7-%d8%a7%d9%84%d8%b1%d8%a8%d8%a7%d8%b9%d9%8a%d8%a9

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