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    Tunisie : Le président Q. Saïed au cœur d’une controverse judiciaire

    Tunisie

    La décision du président tunisien Q. Saïed d’accorder une grâce présidentielle à Sabir Shushan, condamné en première instance à mort pour des publications critiquant le chef de l’État sur les réseaux sociaux, a provoqué une vive controverse politique et juridique en Tunisie. Cette mesure, présentée comme une intervention ponctuelle, ravive les interrogations sur l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’instrumentalisation possible de l’« intervention présidentielle Tunisie » dans des dossiers sensibles.

    Sous la pression

    L’opposition estime que ce geste est intervenu sous la pression de l’opinion publique nationale et internationale, sans qu’il n’ouvre la voie à un assouplissement en faveur des détenus politiques. Les familles des prisonniers dénoncent un traitement discriminatoire, réclamant la même humanité pour des personnalités détenues depuis février 2023.

    Le dirigeant de la mouvance Ennahda, Rached Ghannouchi, figure parmi ceux dont l’état de santé se serait fortement dégradé en détention, selon des proches et des cadres du mouvement.

    • Des responsables soulignent l’âge avancé (85 ans) et des maladies chroniques chez Ghannouchi.
    • Mohamed Ben Salem, ancien ministre de l’Agriculture et cadre d’Ennahda, souffrirait également de pathologies lourdes nécessitant des soins non assurés en détention.
    • D’autres détenus politiques évoqués comprennent Monder Al-Wanissi, soupçonné d’insuffisance rénale et de violences subies en prison.

    Un possible « doute légal »

    Pour certains juristes et représentants de l’opposition, la grâce accordée à Sabir Shushan pose un problème de procédure. Elle serait intervenue avant l’épuisement des voies de recours, notamment l’instance d’appel, ce qui alimente la suspicion d’une ingérence présidentielle dans le processus judiciaire.

    Le cadre d’Ennahda Riyad Chaibi a déclaré à Al Jazeera Net que la décision, bien qu’humaine aux yeux de certains, n’indique pas un changement de cap sur le traitement des détenus politiques. Il a insisté sur l’absence de signes laissant espérer des grâces similaires en faveur des dirigeants et militants arrêtés.

    Des voix s’interrogent ainsi : comment un condamné à mort peut-il reprendre la liberté alors que la procédure d’appel n’est pas close, sans fragiliser le principe du procès complet et régulier ?

    Réactions et interprétations

    Hichem Al-Ajbouni, dirigeant du Courant démocrate, a estimé à Al Jazeera Net que l’intervention présidentielle montre une continuité dans la mainmise sur le parquet et le système judiciaire. Il rappelle des décisions antérieures — suspension de magistrats, discours stigmatisant les opposants — qui, selon lui, témoignent d’un contrôle politique sur la justice.

    Selon Al-Ajbouni, la rapidité de la grâce et le refus d’attendre une décision d’appel donnent l’impression d’un geste réactif visant à désamorcer une crise d’image, plutôt qu’une décision fondée sur des principes juridiques.

    • Il souligne l’impact médiatique international du dossier, qui aurait accéléré la réaction présidentielle.
    • Il met en garde contre l’absence d’un examen global de la situation des détenus politiques, qui resterait incompatible avec une vision d’État de droit.

    Tensions autour de la gestion de la justice

    Plusieurs acteurs de la société civile et du barreau ont considéré que la libération avant épuisement des recours établit un précédent dangereux. Des avocats et défenseurs des droits humains estiment que cette procédure affaiblit la confiance dans l’indépendance judiciaire et la sécurité juridique.

    Le président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme, Bassam Al-Tarifi, a décrit l’affaire comme « une des situations les plus singulières du système judiciaire tunisien », selon des publications publiques. Des magistrats ont, quant à eux, dénoncé la contradiction entre l’application d’une peine capitale et une grâce quelques jours plus tard.

    Pour l’opposition, la crainte majeure demeure que l’usage ponctuel de la grâce serve d’outil politique circonstanciel, sans conduire à une révision systémique du traitement des opposants et à une restauration de l’indépendance judiciaire.

    Conséquences politiques et humanitaires

    Au-delà du cas individuel, la controverse met en lumière des inquiétudes plus larges : le respect des droits fondamentaux en prison, l’accès aux soins pour les détenus âgés ou malades, et la transparence des procédures judiciaires dans les affaires politiques.

    Les familles des détenus attendent des gestes humanitaires équivalents et des garanties quant à l’intégrité des procès à venir. Sans réponse structurelle, la décision présidentielle risque d’être perçue comme une mesure isolée, insuffisante pour apaiser les tensions internes et les critiques internationales.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/10/8/%d9%85%d9%86-%d8%a7%d9%84%d8%a5%d8%b9%d8%af%d8%a7%d9%85-%d8%a5%d9%84%d9%89-%d8%a7%d9%84%d8%a5%d8%b9%d9%81%d8%a7%d8%a1-%d9%87%d9%84-%d8%aa%d8%af%d8%ae%d9%84-%d8%a7%d9%84%d8%b1%d8%a6%d9%8a%d8%b3

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