More

    Vladimir Poutine : 25 ans de pouvoir, quel avenir pour la Russie ?

    Russie

    Une enfance dans le Leningrad d’après-guerre

    Le président russe Vladimir Poutine a grandi dans un immeuble délabré de Leningrad, aujourd’hui Saint-Pétersbourg. Avec ses amis, il chassait les rats dans les couloirs avec des bâtons. Un jour, un énorme rat qu’il avait coincé s’est retourné et a poursuivi le jeune Vladimir jusqu’à ses quartiers.

    « J’ai reçu une leçon rapide et durable sur le sens du mot ‘coincé’ », se souvient Poutine lors d’une interview en 2000.

    Cette anecdote a été analysée à maintes reprises, donnant naissance à un consensus chez les observateurs du Kremlin : Poutine s’identifie au rat coincé, contraint de riposter lorsqu’il sent sa survie menacée.

    Résister et endurer

    Né en 1952, sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Poutine a grandi dans un pays marqué par des blessures profondes. Il n’a jamais connu ses deux frères aînés, dont l’un est mort de faim lors du siège de Leningrad, l’autre en bas âge avant la guerre. Son père, soldat, fut estropié par un éclat de grenade, tandis que sa mère était réputée distante.

    Cette enfance difficile a sans doute forgé son aptitude à survivre. Ses amis d’enfance le décrivaient comme « petit, mince et plutôt faible », mais aussi comme un « hooligan » prêt à se battre si on le provoquait. Il a alors décidé de pratiquer le judo et le sambo pour gagner en force.

    À 12 ans, il rencontre Arkady Rotenberg, un ami de longue date. Dans le monde feutré de la politique russe, ce sont ces amitiés anciennes qu’il a appris à cultiver et à faire confiance.

    Sa professeure, Vera Gurevich, se souvient d’un garçon combatif, « comme un chat », mais aussi très studieux. Sous sa tutelle, Poutine a appris l’allemand, une compétence qui influencera sa carrière.

    De l’espionnage à la chute du communisme

    En 1973, la série culte soviétique Seventeen Moments of Spring fait son apparition, racontant l’histoire d’un espion infiltré au plus haut niveau nazi. Inspiré par ce héros, Poutine rejoint le KGB deux ans après la diffusion, juste après avoir obtenu son diplôme en droit à l’université de Leningrad.

    Intelligent et persévérant, il réussit les rigoureux tests d’entrée de l’Institut Andropov, l’académie du KGB. Son profil psychologique le décrit comme émotionnellement détaché, avec un « sens du danger diminué » et une propension à prendre des risques.

    En 1985, il est envoyé à Dresde, en Allemagne de l’Est, où il travaille comme agent de liaison entre le KGB et la Stasi. Mais en 1989, alors lieutenant-colonel, il assiste à l’effondrement du communisme et des régimes satellites sous la pression des révolutions populaires.

    Quand des manifestants tentent de prendre d’assaut le siège du KGB à Dresde, il appelle un commandant de char pour renforcer la sécurité. Mais les ordres de Moscou se font attendre, révélant une nouvelle politique plus prudente sous Mikhaïl Gorbatchev.

    Une Russie en transition et l’ascension politique

    De retour à Saint-Pétersbourg en 1990, Poutine découvre une Russie en pleine mutation, marquée par l’ouverture au capitalisme et la pauvreté généralisée. Il travaille d’abord comme attaché international pour la mairie, puis devient adjoint du maire Anatoly Sobchak, son mentor politique.

    En 1996, il s’installe à Moscou et intègre l’entourage du président Boris Eltsine. En 1998, il est nommé directeur du Service fédéral de sécurité (FSB), successeur du KGB, et se révèle rapidement un allié fidèle. Lors d’une enquête sur la corruption, il dévoile un scandale impliquant le procureur général, ce qui lui vaut une réputation d’homme de poigne.

    En 1999, Eltsine le choisit comme successeur et le nomme Premier ministre. Soutenu par les oligarques, Poutine gravit rapidement les échelons du pouvoir.

    Le conflit en Tchétchénie et la restauration de l’autorité

    De 1994 à 1996, la guerre en Tchétchénie a vu les séparatistes repousser les forces russes, gagnant une indépendance de facto. En 1999, une série d’attentats à la bombe attribués aux combattants tchétchènes fait plus de 300 morts civils.

    Poutine promet alors d’« écraser les terroristes dans les toilettes » et lance une opération militaire qui écrase la résistance tchétchène. Cette campagne, bien que violente, restaure une partie de l’honneur national et renforce la popularité du président, perçu comme fort et décisif.

    Le premier mandat présidentiel

    Le 31 décembre 1999, Eltsine annonce sa démission surprise et transmet le pouvoir à Poutine, alors Premier ministre, qui devient président par intérim.

    En quelques mois, il devient l’homme politique le plus populaire de Russie. Fidèle à Eltsine, il lui accorde l’immunité judiciaire, puis remporte largement l’élection présidentielle.

    Son manifeste politique, La Russie au tournant du millénaire, critique à la fois le communisme et le néolibéralisme occidental, plaidant pour la stabilité et un État centralisé garant de l’ordre.

    Cette période coïncide avec une hausse du prix du pétrole qui améliore considérablement le niveau de vie en Russie, avec une diffusion massive du téléphone mobile et une augmentation de l’espérance de vie.

    La confrontation avec les oligarques

    En juillet 2000, Poutine organise une réunion avec les principaux oligarques russes au Kremlin, leur ordonnant de ne pas entraver son pouvoir. Il perçoit ces magnats comme une menace et utilise les forces de sécurité pour les soumettre.

    Les oligarques critiques comme Boris Berezovsky et Vladimir Gusinsky sont poursuivis et contraints à l’exil, tandis que Mikhaïl Khodorkovsky est arrêté et emprisonné pour fraude.

    Poutine privilégie les anciennes loyautés et entoure son cercle de confiance de proches, notamment d’anciens collègues de Saint-Pétersbourg et de ses amis d’enfance.

    Les opposants politiques subissent souvent un sort tragique, avec des assassinats et empoisonnements ciblés qui marquent sa présidence.

    Relations avec l’Occident et la peur du changement de régime

    Au début des années 2000, Poutine tente de trouver un terrain d’entente avec les États-Unis, notamment après les attentats du 11 septembre 2001. Il propose même d’intégrer l’OTAN et de coopérer sur un système de défense antimissile.

    Mais les divergences augmentent, notamment après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, perçue comme un acte unilatéral ignorant les préoccupations russes.

    Les révolutions populaires, comme la Révolution orange en Ukraine en 2004, sont considérées par Poutine comme des tentatives d’ingérence occidentale pour déstabiliser la Russie.

    Les manifestations massives en Russie en 2011, accusant Poutine de fraudes électorales, renforcent sa suspicion envers les mouvements populaires.

    La crise ukrainienne et la montée des tensions

    La révolution du Maïdan en 2013, qui renverse le président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch, est vue par Poutine comme un coup d’État soutenu par Washington.

    La réponse russe est rapide : des commandos masqués envahissent la Crimée, bientôt annexée par Moscou, tandis qu’un soulèvement prorusse embrase la région du Donbass.

    Dans son discours, Poutine évoque la « menace fondamentale » que représente l’expansion de l’OTAN vers l’Est, justifiant l’opération militaire spéciale lancée en février 2022.

    La Russie, puissance mondiale et isolement

    Isolé ces dernières années, Poutine s’entoure d’un cercle restreint d’obéissants. Sa prudence extrême est accentuée par des mesures sanitaires rigoureuses pendant la pandémie de COVID-19.

    Les relations avec les États-Unis oscillent, notamment sous l’administration Trump, qui semble prêt à négocier sur la question ukrainienne.

    Pour Poutine, l’essentiel est la reconnaissance de la Russie comme grande puissance, avec un ordre mondial partagé entre États-Unis, Chine et Russie.

    Mais derrière cette ambition géopolitique, se cache selon certains son principal moteur : conserver le pouvoir à tout prix, se percevant toujours comme ce jeune garçon contraint de prouver sa force pour survivre.

    source:https://www.aljazeera.com/features/2025/5/9/vladimir-putin-after-25-years-in-power-what-next-for-russias-president

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    MiCA entre pleinement en application le 1er juillet 2026 : ce que cela change pour les plateformes crypto en France

    Le règlement européen MiCA devient pleinement applicable ce 1er juillet 2026. Sur les 75 entreprises concernées en France, 18 ont obtenu l'agrément CASP. Les autres cessent leur activité ou basculent dans l'illégalité.

    Présidentielle 2027 : les dates des 18 avril et 2 mai confirmées

    L'élection présidentielle de 2027 aura lieu les dimanches 18 avril et 2 mai. Les dates seront officialisées mercredi en Conseil des ministres.

    Canicule : un troisième épisode attendu en France à partir du week-end

    Météo France annonce un troisième épisode caniculaire à partir du week-end. Les températures baisseront mercredi et jeudi avant de remonter vendredi dans la moi

    Perquisitions au RN dans une enquête européenne sur les fonds du groupe ID

    Le parquet de l'Union européenne mène des mesures d'enquête en France sur l'usage de fonds européens par le groupe Identité et démocratie, où siégeait le RN. De

    Pénurie d’aspirine cardio : l’ANSM autorise la substitution par les pharmaciens jusqu’en 2027

    L’ANSM alerte sur de fortes tensions d’approvisionnement sur les comprimés gastro-résistants d’aspirine 75 et 100 mg. Les pharmaciens peuvent substituer librement les dosages.

    Sénat : la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone votée contre l’avis du gouvernement

    Le Sénat a voté dans la nuit du 29 au 30 juin la réintroduction temporaire de l’acétamipride et du flupyradifurone. Le texte doit encore passer à l’Assemblée nationale.

    à Lire

    Categories