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    Décharge de New Delhi : un enfer de chaleur pour les ramasseurs de déchets

    Inde

    À New Delhi, des milliers de personnes vivent et travaillent à l’ombre de montagnes de déchets qui surchauffent pendant l’été. Les ramasseurs de déchets, souvent des travailleuses et travailleurs informels, fouillent ces décharges pour récupérer des matériaux recyclables afin de nourrir leurs familles. Cette activité, vitale pour leur subsistance, les expose à des risques sanitaires croissants : chaleurs extrêmes, fumées toxiques, fuites de méthane et blessures liées aux déchets médicaux.

    Un travail toxique et précaire

    Les ramasseurs de déchets gagnent leur vie en collectant, triant et vendant des plastiques, papiers et métaux aux acheteurs locaux. Leur rémunération dépend de la quantité et de la qualité des matériaux trouvés, sans salaire fixe ni protection sociale.

    Exposés aux chaleurs intenses et aux gaz nocifs dégagés par la décomposition, ces travailleurs souffrent de problèmes respiratoires, de lésions cutanées et d’infections. Par exemple, Sofia Begum, 38 ans, a contracté une infection oculaire après avoir manipulé des déchets médicaux en 2022 ; la chaleur aggrave désormais l’enflure et l’empêche de travailler pendant les mois d’été.

    Les études confirment que la température des décharges augmente en fonction de leur taille. Une recherche publiée dans Nature montre que les décharges dépassant 50 mètres peuvent atteindre entre 60 et 70 °C en été, un phénomène aggravé par la décomposition des déchets organiques (https://www.nature.com/articles/s41598-024-58693-5#Sec17).

    Les ramasseurs n’ont souvent accès qu’à des protections artisanales (masques jetables à quelques roupies) qui s’avèrent inefficaces face à la chaleur et aux gaz. Beaucoup évitent les hôpitaux publics à cause des délais et préfèrent les cliniques locales pour des soins rapides et immédiats.

    Une bombe à retardement sanitaire et environnementale

    Les décharges de Ghazipur, Bhalswa et Okhla, surchargées et débordantes, sont devenues des sources régulières d’incendies, d’émissions de méthane et d’une odeur insoutenable. Ghazipur atteint désormais environ 65 mètres de hauteur, l’équivalent d’un immeuble de 20 étages.

    Le méthane, hautement inflammable, et d’autres gaz produits par la putréfaction aggravent les risques pour la santé. Des relevés satellitaires ont identifié depuis 2020 au moins 124 fuites importantes de méthane à Delhi, dont une fuite massive à Ghazipur en 2021 estimée à 156 tonnes par heure.

    La chaleur extrême modifie aussi les comportements de travail : plusieurs ramasseurs, comme Tanzila, 32 ans, sont contraints de travailler de nuit pour éviter l’asphyxiante chaleur diurne. Mais travailler la nuit présente ses propres dangers : engins lourds en activité, visibilité réduite et risques d’accidents.

    Malgré les promesses gouvernementales d’enlèvement des « montagnes de déchets », les changements concrets tardent à venir. Les engagements annoncés en 2025 n’ont pas encore permis de transformer la réalité sur le terrain (https://m.economictimes.com/news/india/govt-plans-to-remove-all-three-landfill-sites-in-delhi-in-next-two-years-minister-gahlot/articleshow/98903415.cms).

    Sofia Begum, ramasseuse de déchets à la décharge de Ghazipur

    Quand changement climatique rime avec mauvaise gestion des déchets

    La combinaison d’un été plus chaud et d’un mauvais tri des déchets crée un « effet d’îlot thermique » au sein des décharges. La décomposition des déchets organiques produit de la chaleur et des gaz dangereux, amplifiant ainsi les températures locales.

    Les autorités municipales ont proposé des solutions rapides, notamment la construction d’incinérateurs à Okhla, Narela, Tenkhand et Ghazipur. Toutefois, les experts mettent en garde : les incinérateurs peuvent émettre des dioxines, des furannes, du mercure et des particules fines, avec des conséquences graves pour la santé publique.

    Des associations environnementales estiment que le recours à l’incinération menace aussi les moyens de subsistance des ramasseurs informels en éliminant les flux de matériaux recyclables. Elles demandent des systèmes de gestion des déchets centrés sur la réduction, le tri à la source et le recyclage local.

    Tanzila, travailleuse qui ramasse des déchets à Ghazipur

    Vers des solutions décentralisées et inclusives

    Les militants et spécialistes de la santé publique appellent à un modèle décentralisé de gestion des déchets. Leurs recommandations principales :

    • Ségrégation des déchets à la source pour faciliter le recyclage.
    • Compostage de quartier pour traiter localement les déchets organiques.
    • Formalisation du statut des ramasseurs avec reconnaissance légale, salaires équitables et protection sociale.

    Formaliser la place des ramasseurs dans l’économie circulaire apporterait des bénéfices multiples : protection des travailleurs, renforcement des filières de recyclage et construction d’un système résilient face au climat.

    Les voix des associations locales insistent sur l’importance d’inclure d’abord les communautés affectées dans la conception des solutions, plutôt que de se limiter à des infrastructures centralisées qui risquent d’aggraver les inégalités.

    Entrée de la décharge de Ghazipur à New Delhi

    La vie quotidienne au pied des déchets

    Sur le terrain, l’urgence reste palpable : incendies fréquents, odeurs âcres et air irrespirable. Pour les familles qui dépendent de la décharge, chaque été signifie davantage de jours de maladie et moins de revenus.

    Beaucoup refusent d’abandonner leur travail malgré les risques. « Les déchets sont de l’or pour nous », dit Tanzila, qui explique que, malgré l’odeur et la dangerosité, ces matières nourrissent sa famille.

    Tant que les politiques ne fourniront pas d’alternatives viables et que les ramasseurs resteront exclus des solutions, la décharge New Delhi continuera d’être un enfer de chaleur et de toxicité pour les plus vulnérables.

    Shah Alam, ramasseur de déchets et conducteur de rickshaw électrique

    Références et ressources

    Pour approfondir :

    • Reportage historique sur la décharge de Ghazipur : https://www.aljazeera.com/features/2018/9/10/ghazipur-landfill-despair-over-delhis-deadly-rubbish-dump
    • Enquête photo sur les risques liés aux déchets médicaux : https://www.aljazeera.com/gallery/2020/7/26/in-pictures-india-landfill-site-a-covid-19-risk-for-scavengers
    • Été extrême et précarité : https://www.aljazeera.com/gallery/2023/5/18/hard-to-be-homeless-in-this-heat-indias-brutal-summer-is-here
    • Étude sur les températures des décharges (Nature) : https://www.nature.com/articles/s41598-024-58693-5#Sec17
    • Promesses gouvernementales et calendrier d’enlèvement des décharges : https://m.economictimes.com/news/india/govt-plans-to-remove-all-three-landfill-sites-in-delhi-in-next-two-years-minister-gahlot/articleshow/98903415.cms
    • Contexte pollution et santé à Delhi : https://www.aljazeera.com/features/2024/11/29/death-in-the-air-how-is-life-different-in-worlds-most-polluted-city
    source:https://www.aljazeera.com/features/2025/8/14/how-new-delhis-garbage-mountains-become-heat-bombs-for-waste-pickers

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