Et si les vaccins contre le Covid-19 pouvaient aussi aider l’organisme à mieux combattre le cancer ? C’est l’hypothèse soulevée par une nouvelle étude publiée le 22 octobre 2025 dans la revue Nature. Les chercheurs y décrivent une association surprenante entre la vaccination à ARNm et une survie prolongée chez certains patients atteints d’un cancer avancé du poumon ou de la peau.
Une observation qui relance la recherche sur l’immunothérapie
Selon les scientifiques, les patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules ou d’un mélanome métastatique et ayant reçu un vaccin à ARNm dans les 100 jours suivant le début de leur immunothérapie ont vécu nettement plus longtemps que ceux qui n’avaient pas été vaccinés. À ce stade, il s’agit d’une corrélation solide, mais pas encore d’une preuve formelle de cause à effet.
Les données restent néanmoins robustes, puisqu’elles reposent sur l’analyse de plus de 1 000 dossiers médicaux. Pour les chercheurs, ces résultats représentent une avancée importante vers un possible vaccin universel contre le cancer, capable de renforcer les effets antitumoraux de l’immunothérapie, un traitement qui stimule le système immunitaire pour l’aider à neutraliser les cellules tumorales.
Des données issues de patients traités à Houston
L’équipe de recherche a étudié les dossiers de patients pris en charge à l’hôpital MD Anderson, à Houston, aux États-Unis, entre 2019 et 2023. Deux groupes ont été particulièrement observés : des malades atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules de stade 3 et 4, ainsi que des patients souffrant d’un mélanome métastatique.
Les chercheurs ont constaté qu’une vaccination contre la Covid-19 par ARNm, administrée dans les 100 jours suivant le début du traitement par immunothérapie, était associée à une espérance de vie significativement plus longue. Le Dr Elias Sayour, co-auteur de l’étude, a expliqué que « la différence la plus spectaculaire » concernait des patients dont on ne s’attendait pas à ce qu’ils aient une forte réponse immunitaire, en raison de la composition moléculaire de leur tumeur et d’autres facteurs.
Des gains de survie marquants chez les patients atteints de cancer
Dans le détail, l’étude a porté sur 180 patients atteints d’un cancer du poumon avancé ayant reçu un vaccin contre le Covid-19 dans les 100 jours avant ou après le début de l’immunothérapie, comparés à 704 patients traités avec les mêmes médicaments mais non vaccinés. Résultat : la médiane de survie a presque doublé, passant de 20,6 mois à 37,3 mois.
Du côté des patients atteints de mélanome métastatique, 43 ont reçu un vaccin dans les 100 jours suivant le début de l’immunothérapie, contre 167 patients non vaccinés. Dans ce groupe, la survie médiane est passée de 26,7 mois à une fourchette de 30 à 40 mois. Au moment de la collecte des données, certains patients étaient encore en vie, ce qui laisse penser que l’effet observé pourrait être encore plus important.
Une spécificité des vaccins à ARNm
Les chercheurs soulignent que cet effet semble lié spécifiquement aux vaccins à ARNm. Les vaccins contre la grippe ou la pneumonie, dépourvus de cette technologie, n’ont pas montré la même hausse de la longévité. Des expériences menées chez la souris sont venues renforcer ces observations, suggérant que l’ARNm injecté déclenche des modifications du système immunitaire favorables à la destruction des cellules tumorales.
Vers un vaccin anticancéreux universel à base d’ARNm ?
Pour le Dr Elias Sayour, les implications sont majeures. « Les implications sont extraordinaires : cela pourrait révolutionner l’ensemble du domaine des soins oncologiques », a-t-il déclaré dans un communiqué. Il ajoute qu’un vaccin non spécifique, encore plus performant pour mobiliser et réinitialiser la réponse immunitaire, pourrait un jour devenir « un vaccin anticancéreux universel et prêt à l’emploi » pour tous les patients atteints de cancer.
La prochaine étape consistera à lancer un essai clinique à grande échelle afin de confirmer ces résultats. Si ces observations se vérifient, elles pourraient ouvrir la voie à des mois, voire des années de vie supplémentaires pour certains malades, et rapprocher la recherche d’une nouvelle génération d’immunothérapies associées aux vaccins à ARNm.
