Le groupe écologiste à l’Assemblée nationale a déposé, jeudi 2 juillet 2026, une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, motivée par la gestion de la canicule qui frappe la France depuis plusieurs semaines. Le vote est attendu lundi 5 juillet à partir de 14 heures, a annoncé la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Co-signée par les députés insoumis et un élu socialiste, la motion doit désormais franchir l’épreuve de l’arithmétique parlementaire, où elle apparaît d’ores et déjà dépourvue de majorité.
Une motion déclenchée par la canicule
À l’origine du texte, un échange particulièrement rude, mardi à l’Assemblée, entre la présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain et Sébastien Lecornu. La première a accusé le Premier ministre d’avoir « des morts sur la conscience » en raison de l’impréparation de l’État face à la canicule, déclenchant l’ire du chef du gouvernement. Deux jours plus tard, la menace brandie par le groupe se concrétise : la motion est déposée jeudi, et son vote inscrit à l’ordre du jour lundi.
Le texte reproche à l’exécutif d’avoir, « à rebours des alertes du GIEC, aggravé méthodiquement les vulnérabilités du pays en coupant les budgets de l’adaptation, en affaiblissant les opérateurs publics chargés de nous protéger et en poursuivant des politiques d’aménagement et d’agriculture incompatibles avec la réalité du changement climatique ». Selon Cyrielle Chatelain, la motion entend dénoncer « l’impréparation de l’État, à la fois face à la canicule actuelle, mais surtout face à la canicule qui arrive ».
58 signataires pour ouvrir le débat, 289 voix pour faire tomber le gouvernement
Avec 38 élus, le groupe écologiste a dû convaincre d’autres formations pour franchir le seuil des 58 signatures nécessaire au dépôt. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, avait annoncé dès le 1er juillet que LFI co-signerait le texte. À ces voix s’ajoute un député siégeant au groupe PS.
Au total, la motion est co-signée par 32 députés écologistes, 25 députés insoumis et un parlementaire socialiste. Ce décompte reste toutefois très éloigné des 289 voix nécessaires à l’adoption d’une motion de censure, soit la majorité absolue des sièges de l’Assemblée nationale.
Le Rassemblement national refuse de s’associer à l’initiative
Premier verrou : le Rassemblement national, dont les voix sont indispensables pour atteindre la majorité absolue. Devant l’Association des journalistes parlementaires mercredi, le vice-président du RN Sébastien Chenu a fermé la porte. « Mme Chatelain crie très fort pour masquer son inaction », a-t-il attaqué, refusant de « rendre service » à la présidente des écologistes en rejoignant l’initiative.
Le député du Nord a estimé que « le vrai rendez-vous, motion de censure ou pas, c’est plutôt la rentrée avec le budget », thématique sur laquelle le parti d’extrême droite « ne s’interdit rien ». Pour Chenu, l’opération est moins une menace pour le gouvernement qu’un artifice destiné à dissimuler le « manque d’action » des écologistes en matière d’adaptation au changement climatique.
Le Parti socialiste, arbitre malgré lui
Sans le RN, le sort de la motion dépend largement du Parti socialiste, lui-même traversé par une fracture interne. Les proches d’Olivier Faure plaident pour un vote en faveur de la censure, quand l’aile proche de Raphaël Glucksmann s’y oppose. « Si c’est pour faire le jeu du RN en passant pour des irresponsables, je trouve le prix élevé », résume le député PS Sacha Houlié.
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, s’est dite optimiste sur France 2 : « Des contacts que j’ai pu avoir, j’ai compris qu’ils (les socialistes) la voteraient ». Mais une source au groupe PS tempère : « la réflexion est toujours en cours », partagée entre la volonté de dénoncer « le manque d’adaptation au changement climatique dans les politiques publiques depuis dix ans » et le souci de ne pas faire chuter l’exécutif à quelques jours d’un nouvel épisode caniculaire.
Un signal politique avant le budget de l’automne
Sans majorité de rechange à gauche comme à droite, la motion est lue comme un coup politique plus que comme une menace immédiate pour Sébastien Lecornu. Plusieurs commentateurs considèrent qu’elle illustre surtout la dépendance croissante du gouvernement aux « ententes de circonstances » trouvées entre le socle commun et le RN sur les textes précédents.
Pour l’exécutif, l’enjeu n’est pas lundi mais bien l’automne. Sébastien Lecornu a appelé depuis Aix-en-Provence, où se tiennent les Rencontres économiques, les parlementaires à « sonner l’alerte avec gravité » pour doter le pays d’un budget dans un contexte de canicule record et de tensions internationales. Le véritable test de majorité viendra à la rentrée, lors de l’examen du projet de loi de finances, où le RN a déjà prévenu qu’il « ne s’interdirait rien ».
