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    L’Europe a-t-elle les moyens de soutenir l’Ukraine sans les États-Unis ?

    Ukraine, États-Unis

    Un tournant critique dans la guerre existentielle de l’Ukraine

    L’Ukraine traverse actuellement la phase la plus difficile de son conflit existentiel depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022. Après une année en posture défensive, les attaques russes sur le sol ukrainien s’intensifient, mettant le pays sous une pression sans précédent.

    Cependant, les États-Unis se sont récemment retirés de l’alliance soutenant Kyiv, revenant sur un accord stratégique pluriannuel signé avec l’Ukraine l’année dernière. Cette décision contraint désormais l’Ukraine à négocier la paix depuis une position de faiblesse, tout en devant rembourser 135,7 milliards de dollars d’aides militaires et financières.

    Les inquiétudes d’un expert sur l’avenir du conflit

    Phillips O’Brien, directeur de l’École des relations internationales de l’université de St Andrews et analyste reconnu sur la question ukrainienne, met en garde contre des scénarios encore plus sombres. Il évoque la possibilité que les États-Unis lèvent leurs sanctions contre la Russie et se retirent de l’OTAN, ce qui bouleverserait profondément l’équilibre du conflit.

    Malgré ces perspectives inquiétantes, O’Brien estime que l’Europe dispose encore des capacités nécessaires pour soutenir l’Ukraine dans sa lutte, et pourrait même jouer un rôle décisif dans l’issue de la guerre, au nom de sa propre sécurité.

    Peut-on compter sur l’Europe sans les États-Unis ?

    Selon Phillips O’Brien, l’Europe, avec le soutien d’autres nations comme le Japon et l’Australie, est capable de maintenir l’Ukraine dans le combat, même en l’absence d’un soutien américain direct.

    • Si les États-Unis décidaient de soutenir pleinement la Russie en fournissant renseignements et assistance, ce serait un grave problème pour l’Ukraine et l’Europe.
    • En revanche, si Washington se désengage simplement, l’Europe possède les ressources nécessaires pour soutenir Kyiv, à condition de mobiliser les moyens et de faire preuve d’un engagement significatif.
    • L’Europe dispose des fonds, des compétences technologiques et même de l’équipement militaire pour influer substantiellement sur le conflit.

    Développer la base industrielle de défense européenne et ukrainienne

    O’Brien souligne que l’Ukraine a déjà amorcé le développement de capacités industrielles militaires, notamment dans la production de drones sans pilote (UAV).

    Voici les points essentiels :

    • L’Europe pourrait amplifier les efforts ukrainiens, notamment dans la fabrication de drones.
    • La machine militaire russe n’est pas invincible ; elle demeure une institution profondément fragile.
    • Une réorientation de l’aide européenne pourrait libérer l’Ukraine pour attaquer les infrastructures militaires russes sur le territoire russe.
    • Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy ambitionne de produire cette année 30 000 drones à longue portée et 3 000 missiles de croisière, ce qui pourrait fortement perturber la logistique et la production militaire russes.

    Les risques d’une confrontation directe avec les États-Unis et la Russie

    Si l’Europe et l’Ukraine s’unissaient pleinement pour intensifier leur action, cela pourrait entraîner des conséquences majeures :

    • La mise en œuvre des tarifs annoncés par Donald Trump en avril 2025 pourrait déclencher une guerre économique entre les États-Unis et l’Europe.
    • Les États-Unis pourraient se désengager de la défense européenne, notamment en refusant de garantir la sécurité sous l’article 5 de l’OTAN.
    • Une telle décision priverait l’Europe de son bouclier nucléaire américain, ne laissant que les sous-marins nucléaires français et britanniques comme garanties limitées.

    Cette situation serait extrêmement dangereuse pour l’Europe, qui devrait alors repenser intégralement sa posture de défense.

    Les menaces nucléaires et le déficit en renseignement européen

    Malgré les menaces nucléaires récentes de Vladimir Poutine, celles-ci n’ont jamais été prises très au sérieux en Europe grâce au bouclier nucléaire américain.

    Concernant les capacités de renseignement :

    • La plupart des renseignements européens sont intégrés avec ceux des États-Unis et reposent sur des technologies américaines avancées.
    • Sans ce soutien, l’Europe devra s’appuyer sur des systèmes moins performants et développer un nouveau réseau de surveillance et d’intelligence.
    • Des outils comme Starlink ne suffisent pas à compenser l’absence des capacités de renseignement américaines.

    Les défis politiques internes aux États-Unis

    En cas de confrontation accrue, le Congrès américain pourrait tenter de s’opposer à la politique présidentielle, mais le commandement du président reste dominant. Actuellement, le parti républicain ne manifeste aucune volonté de défier le président sur ce sujet.

    L’enjeu vital pour la sécurité européenne

    Pour Phillips O’Brien, le retrait américain rend l’Ukraine cruciale pour la sécurité future de l’Europe :

    • Ukraine représente la ligne de démarcation entre une Russie menaçante ou non pour le continent européen.
    • Si la Russie parvient à contrôler l’Ukraine et ses ressources, y compris la Biélorussie, elle renforcera considérablement sa position stratégique.
    • La montée des populismes dans plusieurs pays européens complique davantage la situation, rendant la stabilité fragile.
    • L’Europe est partagée entre ceux qui souhaitent agir et ceux qui refusent de reconnaître l’ampleur de la menace.

    Un an avant l’élection présidentielle américaine, l’Europe aurait dû se préparer à un possible retrait des États-Unis et à un recul de l’OTAN, mais cette planification n’a pas eu lieu, ce qui constitue un échec majeur en termes de leadership.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2025/4/18/the-russian-military-is-not-this-unstoppable-machine-historian

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