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    Mobilisation du 18 septembre à Paris : toujours là malgré deux ans de réforme

    France

    Journée de mobilisation sous un soleil éclatant : après des actions éparses dans la matinée, organisées dans des lycées ou par les cheminots, plusieurs dizaines de milliers de personnes (55 000 selon la police) ont défilé entre la Bastille et la Nation lors de la mobilisation contre la réforme des retraites à Paris ; récit heure par heure.

    À Paris, mobilisation contre la réforme des retraites : récit heure par heure

    9 h 16 — À Tolbiac, université bloquée

    Un amas de poubelles, barrières et vélos en libre-service condamne l’entrée de l’université Tolbiac. «On a bloqué le lycée Monet (Paris XIIIe) aussi ce matin, mais on s’est fait charger deux fois», explique Julien (le prénom a été changé), 19 ans. Pour ce jeune homme qui a voté pour la première fois en 2024, se mobiliser, c’est «une manière de se faire entendre».

    11 h 04 — À La Défense, tout le monde ne peut pas faire grève

    Chiffon à la main, Mamadou, agent d’entretien, arpente les couloirs du centre commercial Les 4 Temps, à La Défense. Ce matin, à 7 heures pétantes, il y nettoyait les vitres. Mamadou a dû faire un détour et partir plus tôt pour être à l’heure, mais il n’était pas question de manquer une journée de boulot. «La dernière fois qu’on l’a fait, c’était il y a des années, je ne me souviens même plus quand.»

    12 h 50 — Les cheminots de SUD rail à Bercy

    À l’issue de la traditionnelle AG de la gare de Lyon des cheminots de Sud Rail, quelque 150 personnes cheminent discrètement vers le ministère de l’Économie, à quelques centaines de mètres. Par une porte judicieusement laissée ouverte, la petite foule s’engouffre dans la cour et les jardins de Bercy, fumigènes, drapeaux SUD, français et palestiniens sortis, au nez et à la barbe des agents des douanes. «Et Bercy, il est à qui ? Il est à nous !» reprennent les grévistes. Quelques minutes et tout le monde s’en va gentiment.

    14 h 04 — À Bastille, «c’est la réforme des retraites qui a mis le feu aux poudres»

    La place de la Bastille fourmille avant le départ imminent du cortège. Au milieu de drapeaux orange flashy de la CFDT, trois étudiants en culture attendent encore d’être rejoints par des camarades. «On essaie d’échanger entre nos écoles pour mobiliser un max de monde», explique Salom. Ils ont tous entre 23 et 24 ans et étaient présents pendant les mobilisations contre la réforme des retraites. «C’est la réforme qui a mis le feu aux poudres, mais en tant que jeunes on voit disparaître tous nos acquis sociaux un par un», poursuit l’étudiante.

    15 h 10 — Boulevard Beaumarchais, on veut «tax the rich»

    Accroupis sur le bitume, deux étudiants à l’école d’économie de Paris venus en France il y a deux ans (une Italienne et un Allemand) préparent leurs pancartes en anglais. Ils n’en reviennent toujours pas du plan d’économies proposé par Bayrou. «On travaille avec un laboratoire de recherche qui étudie les inégalités sociales, c’est incompréhensible de ne pas taxer les plus riches», lâchent-ils d’une même voix, avant d’évoquer la taxe Zucman.

    15 h 20 — À République, les skateurs américains surpris par la manifestation

    «All right all right… Last one !» De jeunes skateurs américains sont surpris de l’arrivée du cortège place de la République. Dans un mélange de «Macron Démission» et de «Free Palestine», les manifestants s’approprient tranquillement l’espace, entièrement encadré par les forces de l’ordre. Les skateurs, eux, protègent leur spot.

    16 h 11 — «On est là pour les autres»

    «Emmanuel Macron on ne veut pas raquer pour toi», crache la sono de la CGT Paris. Aux abords de Filles du Calvaire, Nathalie et Sophie s’abritent à l’ombre du ballon syndical. «On s’est pris deux ans de plus avec la réforme des retraites, mais on est toujours là», lance l’une des sexagénaires, lunettes de soleil sur le nez. À côté d’elle, Nathalie est une récente victime d’un plan de licenciement après toute une carrière chez Nokia, «alors que la boîte touchait le crédit d’impôt recherche», lâche-t-elle. Elle dit toute son incompréhension devant les choix successifs des gouvernements Macron. «Avant ça, je n’étais plus augmentée depuis 8 ans.» Avec des revenus de cadre qui avoisinent les 3 000 €, celles qui estiment ne pas être «à plaindre», sont surtout là «pour les autres».

    16 h 59 — L’odeur des gaz lacrymogènes se répand boulevard Voltaire

    Une odeur de lacrymo se fait sentir boulevard Voltaire (XIe arrondissement). Ça chauffe entre des manifestants et les forces de l’ordre, à deux pas d’ici, dans le quartier de Charonne. «J’aime pas cette odeur, on va dévier», sourit Abdel, accompagné de ses deux filles d’une dizaine d’années qui le suivent en trottinettes.

    18 h 01 — Mouiller le maillot de Marseille à Paris

    «Frère, il est dégueu ton maillot, va manifester sur la Canebière non ?» Mehdi fait une moue et finit de rouler son joint. On lui fait remarquer que c’est peut-être ambitieux de porter un maillot de l’OM comme ça, à Paris et puis, le clasico c’est dimanche. «Non, tranquille, Y’en a plein des comme moi ici.» Lui vit entre la capitale et Marseille. Alors il manifeste parfois ici, parfois dans le Sud-Est. «Ça fait du bien de se balader avec des gens qui sont d’accord avec toi un peu.» Comprendre : des gens qui n’aiment pas trop Macron et qui sont choqués du sort des Gazaouis. «Ils sont chauds les flics là non ? J’ai couru jusqu’ici.» Soit un banc en plein centre de la place de la Nation.

    18 h 05 — Sur la place de la Nation, le député Antoine Léaument assure que «ce n’est pas fini»

    Au milieu de la place de la Nation, pris dans les effluves mêlées de pneus brûlés et de lacrymo, impeccable dans une chemise blanche bardée de son écharpe d’élu : Antoine Léaument. Un type avec un masque à gaz aborde le député (LFI) de l’Essonne. Puis c’est un groupe de jeunes costauds et une bande de jeunes femmes qui veulent être photographiées avec lui les doigts en cœur. Que pense-t-il de cette journée ? «Très populaire, bon enfant. C’est un succès. De toute façon cela ne va pas s’arrêter.» De quoi donner à la gauche radicale un poids supplémentaire dans sa volonté de pousser Macron à la démission ? «J’espère, on verra bien. En tout cas, ce n’est pas fini !»

    18 h 40 — À Charonne, les «ieuv» veulent «continuer de lutter»

    Les gyrophares clignotent au bout de la rue de Charonne où la tempête semble être passée. Le boulevard est encore bloqué, les cyclistes qui tentent d’éviter quelques morceaux de verre s’en sont emparés. Anne et Marc, 65 ans, rentrent chez eux «après une bonne manif où il y avait du monde, beaucoup de jeunes et peu de casse». Pas question de rejoindre la place de Nation qui pue désormais trop la lacrymo. Mais même «ieuv», ils sont toujours mobilisés. «Je suis médecin en banlieue Est, je vois la misère grandir», regrette Marc. Dernièrement, avec le doublement des franchises médicales, une patiente lui a confié ne pas pouvoir dépenser huit euros pour du Doliprane.

    19 h 08 — Sur la place de la Nation, entre charges policières et lacrymos

    Côté avenue du Trône, les CRS jouent à faire peur aux manifestants. Un étroit boyau est ouvert pour permettre de dégager la place de la Nation. Non loin, soudain, une charge a lieu. Courses, lacrymo, les gens se pressent pour déguerpir. Mais le boyau est fermé par les forces de l’ordre, à touche‑touche entre leur camion et les immeubles. Les gens se massent. «Putain, on peut pas sortir, ils nous nassent ! En plus j’ai les yeux qui pleurent», tonne un étudiant. «Ils procèdent par vague, lance un autre. On veut juste partir !»

    Mobilisation | Réforme Des Retraites | Paris | Manifestation | Réforme | Syndicats | Retraites | France
    source:https://www.liberation.fr/economie/mobilisation-du-18-septembre-a-paris-on-sest-pris-deux-ans-de-plus-avec-la-reforme-des-retraites-mais-on-est-toujours-la-20250918_3ISA7V4ECZFSBO7D7P263MOPOM/

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