More

    Géoingénierie: injecter des sulfates pour refroidir la Terre

    Royaume-Uni, États-Unis, Monde

    Une récente étude publiée dans la revue Earth’s Future examine la possibilité de refroidir la planète en injectant des particules réfléchissantes dans la stratosphère pour renvoyer une partie du rayonnement solaire. Les auteurs, de l’University College London, ont utilisé le modèle climatique britannique UKESM1 pour simuler l’effet d’injections de dioxyde de soufre (SO2) à différentes altitudes, latitudes et saisons.

    Les simulations visent à évaluer l’efficacité de diverses stratégies d’injection d’aérosols stratosphériques et leurs conséquences régionales et globales.

    Étude consultée : https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2024EF005567

    Principe et résultats clés de la modélisation

    Les chercheurs ont remarqué que l’ajout de SO2 dans la stratosphère forme des particules fines capables de réfléchir la lumière solaire et de provoquer un refroidissement global. Le modèle UKESM1 a permis d’estimer les effets selon l’altitude d’injection (par exemple 13 km vs 20 km), la latitude (zones polaires vs tropicales) et la saison.

    Les simulations montrent que des injections à plus haute altitude et proches de l’équateur sont plus efficaces pour répartir le refroidissement mondial, tandis que des injections à plus basse altitude ou aux latitudes élevées donnent un effet plus polaire et moins d’impact sur les tropiques.

    • Injection à 13 km (zones polaires) : ≈ 35 % de l’efficacité par rapport à une injection à ~20 km en régions quasi-subtropicales.
    • Injection à ~20 km près de l’équateur : efficacité maximale mais nécessite des technologies d’accès plus complexes.

    Intervention et propos d’un des chercheurs

    Selon le Dr Wick Smith, conférencier à la Yale School of the Environment et chercheur associé à Harvard, aucune expérimentation de terrain sur l’injection d’aérosols stratosphériques n’a encore été réalisée. Toute la connaissance actuelle provient de la modélisation et de la théorie.

    Il ajoute qu’il n’existe pas d’obstacle scientifique ou technologique fondamental empêchant la mise en œuvre, et que cette technique pourrait, si elle était appliquée, entraîner un refroidissement significatif de la planète.

    Il compare néanmoins cette approche à « une morphine pour la planète, pas une pénicilline » : elle soulagerait certains dommages liés à la chaleur sans traiter la cause première du changement climatique.

    Le village de Lohobohobo confronté aux effets du changement climatique
    Le village de Lohobohobo a subi les effets du changement climatique.

    L’idée d’injecter des aérosols renvoie à un phénomène naturel observé après de grandes éruptions volcaniques, qui peuvent temporairement abaisser la température globale en envoyant des particules réfléchissantes dans la stratosphère.

    Les chercheurs utilisent souvent l’exemple de l’éruption du mont Pinatubo (1991) pour estimer l’ampleur et la durée des effets de refroidissement liés à des quantités massives de particules.

    Risques sociaux, politiques et hydrologiques

    Le Dr Smith souligne que les plus grands risques de l’injection d’aérosols sont d’ordre social et politique plutôt que purement techniques. L’altération du climat global à l’échelle planétaire peut générer des tensions entre États souhaitant des niveaux différents d’injection.

    Les impacts potentiels incluent des changements des régimes de précipitations dans différentes régions, ce qui pourrait entraîner des conflits autour de ressources hydriques et agricoles.

    • Risques politiques : divergences entre pays sur le volume et le moment des injections.
    • Risques hydrologiques : modifications difficilement prévisibles des précipitations régionales.
    • Risques environnementaux inconnus : effets inattendus non détectables sans essais de terrain.

    Ces risques doivent être pesés face au danger de l’inaction dans un monde qui se réchauffe, où les conséquences du changement climatique pourraient être pires que celles d’une intervention contrôlée.

    Parade aérienne en France montrant des avions capables d'altitudes élevées
    Des avions commerciaux de grande taille pourraient être utilisés pour des injections à moyenne altitude.

    Contrairement à l’hypothèse répandue selon laquelle des avions spécialement conçus seraient nécessaires pour atteindre 20 km, la simulation indique que des avions commerciaux cargos lourds actuels, par exemple des Boeing 777F, pourraient injecter des particules à altitudes plus basses (≈13 km) dans certaines régions.

    Cela réduirait le besoin d’investissements massifs pour développer de nouveaux avions, mais augmenterait aussi le nombre d’acteurs potentiels capables de procéder à des injections et le risque d’actions unilatérales.

    Pourquoi la stratosphère et quelles quantités ?

    La stratosphère est choisie car elle est sèche, stable et dépourvue de nuages, ce qui permet aux particules d’y persister pendant des mois voire des années. La troposphère, proche du sol, entraîne un lessivage rapide des particules par les précipitations.

    Les auteurs estiment qu’une injection annuelle d’environ 12 millions de tonnes de SO2 à 13 km, effectuée au printemps et en été locaux pour chaque hémisphère, pourrait abaisser la température globale d’environ 0,6 °C.

    • Quantité proposée : ~12 millions de tonnes de SO2 par an (à 13 km).
    • Effet estimé : refroidissement ~0,6 °C.
    • Référence historique : comparable à la charge atmosphérique après l’éruption du Pinatubo (1991).

    Les injections plus basses augmentent les effets secondaires, favorisent un refroidissement concentré aux latitudes élevées et accentuent les risques de pluies acides.

    Limites et rôle par rapport à la réduction des émissions

    Les auteurs insistent sur le fait que l’injection d’aérosols stratosphériques ne constitue pas une solution de remplacement aux politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette technique peut atténuer certains effets de la chaleur, mais elle ne corrige pas l’accumulation de CO2 ni d’autres conséquences du dérèglement climatique.

    La stabilisation du climat à long terme exige l’atteinte d’émissions nettes nulles. Pour plus d’informations sur les engagements internationaux vers le « net zero » : https://www.un.org/ar/climatechange/net-zero-coalition

    En résumé, la géoingénierie par injection de sulfates apparaît comme une option potentiellement puissante mais controversée, qui nécessiterait une gouvernance internationale robuste, des essais ciblés et une compréhension approfondie des risques.

    source:https://www.aljazeera.net/science/2025/11/7/%d9%84%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d9%8a%d8%b1%d9%8a%d8%af-%d8%a7%d9%84%d8%b9%d9%84%d9%85%d8%a7%d8%a1-%d9%86%d8%ab%d8%b1-%d9%87%d8%a8%d8%a7%d8%a1-%d9%83%d9%8a%d9%85%d9%8a%d8%a7%d8%a6%d9%8a-%d9%81%d9%8a

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    OpenAI élargit Codex : Sites, annotations et extensions métiers expliqués

    OpenAI ajoute à Codex des Sites, annotations et extensions par rôle. Ce que ces nouveautés changent pour les équipes et leurs limites.

    Qwant au Parlement européen : ce que la bascule change vraiment

    Qwant devient le moteur par défaut au Parlement européen : ce que ce choix change, ce qu’il ne change pas et pourquoi il reste surtout symbolique.

    Google Gemma 4 12B : l’IA locale veut sortir du cloud

    Gemma 4 12B vise l’IA multimodale en local sur ordinateur portable, avec exécution hors cloud et une contrainte matérielle centrale : 16GB de mémoire.

    Microsoft MAI : pourquoi ses sept modèles d’IA maison comptent vraiment

    Microsoft a présenté sept modèles MAI développés en interne à Build 2026. Raisonnement, code, image, voix : voici ce qui est confirmé et ce qui reste limité.

    Microsoft Scout : ce que l’agent IA change vraiment dans Microsoft 365

    Microsoft Scout inaugure les agents Autopilot dans Microsoft 365 : tâches en arrière-plan, OpenClaw, préversion limitée et garde-fous à connaître.

    Android Drop juin 2026 : partage avec l’iPhone, sécurité et IA utile

    Android Drop de juin 2026 étend Quick Share avec AirDrop, ajoute des fonctions de sécurité et déploie plusieurs usages IA côté Android.

    Google Drive : Gemini veut ranger vos fichiers sans décider à votre place

    La nouvelle option de Google Drive propose de classer les fichiers épars avec Gemini, mais les déplacements restent soumis à validation.

    State of Play juin 2026 : les annonces PS5 qui comptent vraiment

    Marvel’s Wolverine, God of War Laufey, Rayman, Tomb Raider, Silent Hill : le State of Play de juin 2026 redessine le calendrier PS5.

    à Lire

    Categories