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    Vers une sécurité sociale de la mort en France : enjeux et initiatives

    France

    Chaque année, la France enregistre environ 600 000 décès, ce qui entraîne autant d’obsèques que les proches ont souvent du mal à financer. Face à ces coûts élevés, diverses initiatives émergent, et le projet d’une sécurité sociale de la mort prend forme.

    Des frais d’obsèques en forte hausse

    « La naissance est remboursée, mais pas la mort. » Cette phrase résonne chez de nombreux professionnels du secteur funéraire. Les obsèques constituent la troisième plus grande dépense d’un foyer, après l’accès à la propriété et l’achat d’une voiture. Pour de nombreuses familles, ce montant s’avère souvent insupportable.

    Marie, une habitante de Lyon, se remémore : « Lors de la fin de vie de mon père, j’essayais de reculer le moment où j’allais être confrontée à la violence des pompes funèbres. »

    Le poids des grandes entreprises

    Il existe environ 5 000 agences funéraires en France, dont les leaders, Pompes funèbres générales (PFG) et Funécap, génèrent respectivement 626 millions et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires sur un marché total de près de 3 milliards d’euros. Ces deux entreprises possèdent également deux tiers des presque 220 crématoriums du pays.

    Alban Beaudouin et Jean-Loup de Saint-Phalle, auteurs de Le coût de la mort. La Sécurité sociale jusqu’au bout, dénoncent une situation où le secteur est « vampirisé » par ces entreprises capitalistes, qui privilégient les marges sur les services et objets vendus lors des obsèques, compliquant ainsi l’accompagnement des familles endeuillées.

    Initiatives et solutions novatrices

    Face à ces défis, diverses initiatives commencent à voir le jour. Agathe Bénard, directrice de l’association Thanatosphère, créée en 2022 à Valence, souligne : « Les gens ne prennent pas le temps de penser à la mort alors que tout le monde est concerné. » Son association organise des « cafés mortels » afin de discuter de la mort sans tabou.

    À Orléans, Nathalie Grenon, de l’association Pour une alternative funéraire, se demande comment organiser des obsèques à moins de 5 000 euros, soulignant la nécessité de fonds rapidement accessibles pour les familles dans le besoin.

    Les coopératives funéraires en plein essor

    À Rennes, l’organisation d’un spectacle sur le thème de la mort a connu un succès inattendu. Isabelle Georges, présidente de la coopérative funéraire locale, déclare : « C’était splendide, et ça montre comme c’est important de placer le sujet de la mort au cœur de la cité. »

    Les coopératives funéraires, comme celle de Lyon où un forfait d’accompagnement s’élève à 1 500 euros, proposent une alternative en se concentrant sur l’accompagnement plutôt que sur la vente de services. Marie, ayant utilisé cette coopérative, témoigne de l’importance de l’accompagnement humain pendant cette période difficile.

    Une demande croissante pour une sécurité sociale de la mort

    Le Collectif pour une Sécurité sociale de la mort, fondé par Beaudouin et de Saint-Phalle, prône une extension de la Sécurité sociale pour couvrir les frais funéraires, sans distinction. Ils proposent la création d’une caisse de sécurité sociale nommée « Obole », qui financerait des prestations funéraires dignes et de qualité pour tous.

    Cette initiative vise à abolir l’idée de devoir payer ses propres obsèques, ce qui pourrait engendrer des inégalités supplémentaires. Leur vision est de soutenir les acteurs locaux et de garantir une rémunération juste, indépendante de la pression salariale.

    Une initiative politique en gestation

    Ce projet ambitieux attire l’attention de nombreux élus, y compris des députés de La France Insoumise et du Parti Communiste. Jean-Loup de Saint-Phalle se montre optimiste : « Ce n’est pas encore la Sécurité sociale de la mort, mais ça serait une avancée énorme pour les droits des endeuillés. »

    Des alternatives sont déjà mises en place par certaines municipalités, comme le service gratuit de transport des défunts proposé à Mouans-Sartoux. Si ces initiatives ne peuvent pas résoudre entièrement le problème des frais funéraires, elles montrent une volonté d’affirmer une égalité devant la mort.

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