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    Syrie : la bataille des 12 jours qui a renversé Assad

    Syrie, Russie, Liban

    À l’aube du mercredi 27 novembre 2024, alors que l’attention était tournée vers la frontière libano-israélienne, une offensive majeure a éclaté dans le nord-ouest de la Syrie. Ce qui a commencé comme une opération limitée en Syrie du Nord s’est transformé, en l’espace de douze jours, en un effondrement militaire et politique qui a entraîné la chute effective du régime de Damas et l’entrée des forces de l’opposition dans la capitale le 8 décembre.

    La « bataille 12 jours Syrie » a recomposé la géographie du conflit : des villes stratégiques sont tombées les unes après les autres, des milliers de détenus ont été libérés, et des centaines de milliers de civils ont fui les combats. Derrière cette progression rapide se trouvaient des préparations longues et une opposition progressivement unifiée.

    27 novembre — La première étincelle

    Dans la matinée du 27 novembre, Hayat Tahrir al‑Cham a annoncé le lancement d’une vaste opération nommée « Répulsion de l’agression », dirigée depuis une « direction des opérations conjointes » regroupant plusieurs factions.

    L’offensive a débuté dans la campagne ouest d’Alep et, en quelques heures, s’est étendue vers les campagnes est et ouest d’Idlib. Le régime a répondu par des bombardements d’artillerie et aériens sur Ariha et Sarmada, tandis que les forces opposées réalisaient des percées rapides sur le terrain.

    À la fin de la journée, les lignes de front, figées depuis 2020, ont été profondément ébranlées : la dynamique du conflit a changé et un basculement majeur dans les rapports de force est devenu perceptible.

    Début des opérations dans le nord-ouest syrien

    Les drones « Shahin » : un facteur décisif

    Les drones dits « Shahin » ont joué un rôle déterminant dans l’opération. Ils ont apporté à l’opposition des capacités avancées de reconnaissance, de guidage d’artillerie et d’attaques directes.

    Sur le terrain, ces engins ont permis de repérer en temps réel les mouvements du régime, d’améliorer la précision des tirs et de frapper des blindés et des concentrations ennemies grâce à des charges explosives transportées dans certains cas.

    Leur polyvalence — surveillance, appui-feu et attaques-suicides — a perturbé les lignes de défense du régime et réduit le besoin d’opérations d’infanterie d’observation coûteuses.

    Drone Shahin utilisé par les forces de l'opposition

    28–29 novembre — Coupure de l’autoroute M5 et chute de Saraqib

    Dès le deuxième jour, les factions ont coupé l’autoroute internationale M5, l’axe stratégique reliant Damas à Alep. Ce succès tactique a constitué un point d’appui majeur pour isoler les renforts gouvernementaux.

    Le 29 novembre, l’opposition a pris Saraqib, carrefour clé situé à l’intersection des routes M4 et M5. La capture a empêché tout renforcement routier en direction d’Alep et a ouvert la voie vers la prise de la ville.

    Les combats urbains ont ensuite touché des quartiers centraux d’Alep ; à l’aube du 30 novembre, la citadelle d’Alep, le siège du gouvernorat et plusieurs institutions stratégiques étaient tombés, tandis que de larges dépôts d’armes et du matériel lourd (chars T‑90, systèmes antiaériens, hélicoptères) restaient sur place.

    Opérations et avancées de l'opposition vers Alep

    30 novembre – 5 décembre : la route vers Hama

    Après la chute d’Alep, les forces de l’opposition se sont dirigées vers la province de Hama, prenant rapidement le contrôle de dizaines de localités environnantes.

    Le régime a tenté de consolider des positions autour du mont Zayn al‑Abidin, tandis que l’aviation russe intensifiait les frappes contre des camps et des hôpitaux dans les provinces d’Idlib et d’Alep.

    Le 5 décembre, la ville de Hama est tombée entièrement entre les mains de l’opposition, marquant la perte par le régime d’une capitale régionale majeure pour la première fois depuis 2011.

    Avancées vers Hama et zones conquises

    6–7 décembre : le Sud s’enflamme

    Les hostilités se sont ensuite étendues au sud : les provinces de Daraa et de Soueïda ont connu des combats intenses. L’opposition a annoncé avoir pris le contrôle total de Daraa.

    Parallèlement, des retraits progressifs des forces gouvernementales ont été signalés en direction de la province de Quneitra. Les opérations ont aussi atteint Homs et Ra’stein, axes logistiques et nœuds routiers vitaux.

    À la tombée du 7 décembre, Homs était entièrement contrôlée par les factions, y compris ses places publiques et la grande mosquée, consolidant la mainmise de l’opposition sur une large partie du centre et du sud du pays.

    Les évolutions dans l’Est : mouvements kurdes

    Face à l’effondrement du régime dans le Nord-Ouest, le centre et le Sud, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont élargi leur influence vers l’est.

    Elles ont d’abord pris position dans des sites autour de l’aéroport international d’Alep et dans certaines localités du nord, avant d’exploiter des zones abandonnées par le régime pour reconquérir des territoires comme Deir ez‑Zor, Al‑Mayadin, Al‑Buqamal et la frontière irakienne.

    Ces mouvements ont redessiné les limites de contrôle à l’est et modifié la configuration stratégique nationale après les retraits gouvernementaux.

    Forces de l'opposition aux portes de Damas

    8 décembre — Entrée à Damas et chute du régime

    À l’aube du 8 décembre, l’encerclement final de Damas a été mené depuis plusieurs axes. Les lignes du régime se sont effondrées au sud, à l’est et à l’ouest de la capitale.

    À la mi‑journée, les forces de l’opposition sont entrées à Damas et ont pris le contrôle de lieux stratégiques :

    • l’aéroport militaire de Mezzeh ;
    • le Palais du Peuple ;
    • le bâtiment de la radio et de la télévision ;
    • le ministère de la Défense et l’état‑major général.

    Le même jour, les portes de la prison de Sednaya, close depuis des années, se sont ouvertes et des milliers de détenus sont sortis, image symbolique de la fin d’une ère de répression.

    Le président déchu, Bachar al‑Assad, a quitté le pays et s’est rendu en Russie où il vit désormais en exil, tandis que des chefs militaires de l’opposition prononçaient des discours appelant à l’unité nationale.

    Sortie de milliers de détenus de la prison de Sednaya

    Un tournant historique

    Les observateurs estiment que les événements du 27 novembre au 8 décembre constituent bien plus qu’une série de batailles : ils représentent une rupture historique qui a redessiné la carte politique de la Syrie.

    En douze jours, plusieurs facteurs se sont conjugués :

    • un régime affaibli par la corruption et l’érosion de sa légitimité ;
    • une opposition mieux organisée et préparée militairement ;
    • une population ayant conservé l’aspiration à la liberté malgré quatorze ans de guerre et d’exil.

    Ce mouvement, parti d’une étincelle en campagne d’Alep, s’est étendu à la quasi‑totalité des provinces, provoquant l’effondrement le plus spectaculaire depuis le coup d’État de 1970.

    Dimensions humanitaires

    L’offensive a provoqué le déplacement de plus d’un demi‑million de personnes, selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix‑Rouge et du Croissant‑Rouge.

    Des appels urgents ont été lancés pour la protection des civils, des travailleurs humanitaires et des infrastructures critiques. Plus de 600 personnes ont été tuées depuis le début des opérations, civils et combattants compris.

    Les frappes aériennes russo‑syriennes ont montré une capacité à détruire des dépôts et des sites de l’opposition, mais n’ont pas suffi à enrayer l’avancée au sol. Les conséquences humanitaires et la reconstruction future demeurent des défis majeurs pour la Syrie post‑effondrement.

    Perspectives

    La chute du régime ouvre une nouvelle phase, pleine d’opportunités et de défis. La transition politique, la sécurité, la justice envers les victimes et la reconstruction des villes détruites restent au centre des préoccupations.

    La « bataille 12 jours Syrie » a accéléré des changements profonds : la Syrie qui émerge porte l’héritage de la résistance et des aspirations populaires façonnées par plus d’une décennie de conflit.

    Le chemin vers la stabilité sera long et dépendra de la capacité des acteurs nationaux et régionaux à forger un accord politique inclusif et à répondre aux besoins humanitaires immédiats.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/11/28/%d8%b9%d9%84%d9%89-%d8%ae%d8%b7%d9%89-%d8%a7%d9%84%d8%ab%d9%88%d8%a7%d8%b1-%d9%85%d8%b9%d8%b1%d9%83%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d9%8a%d8%a7%d9%85-%d8%a7%d9%84%d9%8012-%d8%a7%d9%84%d8%aa%d9%8a

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