La France fait face à une hausse jugée particulièrement préoccupante des cancers du pancréas chez les jeunes, et le Dr Arnaud Cocaul affirme connaître l’une des causes possibles : le cadmium. Interrogé sur la chaîne Yahoo Mieux Manger, le médecin nutritionniste estime que l’Hexagone est le pays européen où la courbe de cette augmentation est la plus forte chez les jeunes.
Selon lui, le problème ne se limite pas à un simple constat statistique. Il pointe du doigt un métal lourd présent dans l’alimentation, ainsi qu’un circuit d’approvisionnement d’engrais qu’il juge inquiétant, en particulier lorsqu’il provient du Maroc.
Le cadmium, un métal lourd au cœur de l’alerte sanitaire
Le Dr Arnaud Cocaul rappelle qu’il est « avéré » que le cadmium participe à l’explosion des cancers, notamment du pancréas, chez les moins de 20 ans. Il estime que les engrais contaminés au cadmium constituent un facteur majeur d’exposition pour la population.
Le médecin va plus loin en demandant l’arrêt de ce flux d’approvisionnement d’engrais tant que le problème de contamination n’a pas été résolu. Une alerte qui s’inscrit dans un contexte plus large de vigilance autour des métaux lourds dans l’alimentation.
Pourquoi les enfants sont particulièrement exposés
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les roches, mais sa concentration dans les sols augmente fortement avec l’usage agricole d’engrais phosphatés. À partir de là, plusieurs aliments du quotidien deviennent des vecteurs d’exposition pour les Français.
Les céréales, les pommes de terre, les légumes secs et les légumes-racines figurent parmi les principales sources d’exposition. Les Unions régionales de professionnels de santé-médecins libéraux avaient déjà alerté le gouvernement sur ce sujet, en raison de la présence importante de ce métal lourd toxique dans des aliments de base comme le pain, les pâtes, les céréales et les pommes de terre.
Des chiffres inquiétants chez les plus jeunes
Les données rappelées par l’Anses montrent que l’exposition reste élevée chez certaines classes d’âge. Si seulement 0,6 % des adultes dépassent la dose journalière tolérable fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, ce taux grimpe à 14 % chez les 3-17 ans.
La situation est encore plus marquée chez les tout-petits : 36 % des moins de 3 ans dépassent cette dose tolérable. Une réalité qui nourrit l’inquiétude des professionnels de santé face aux effets potentiels d’une exposition répétée dès le plus jeune âge.
Quels risques pour la santé à long terme ?
Classé « cancérogène pour l’Homme, mutagène et toxique pour la reproduction » par l’Anses, le cadmium s’accumule progressivement dans l’organisme. Il se fixe notamment dans les reins et le foie, où il peut provoquer des atteintes rénales et osseuses sur le long terme.
Cette accumulation silencieuse est précisément ce qui inquiète les autorités sanitaires. Plus l’exposition se prolonge, plus le risque d’effets délétères augmente, en particulier chez les enfants et les adolescents dont l’organisme est encore en développement.
Comment réduire l’exposition au cadmium ?
Les médecins interrogés recommandent d’abord de surveiller l’origine des aliments et de rester attentif à ce qui est donné aux enfants. Ils conseillent aussi de varier au maximum l’alimentation afin de limiter l’exposition répétée à une même source de contamination.
Le label bio est également présenté comme une option à privilégier lorsque cela est possible financièrement. En agriculture biologique, les engrais phosphatés autorisés ne sont pas minéraux, mais fabriqués à partir de matières organiques.
- Varier les aliments consommés au quotidien
- Privilégier, si possible, les produits issus de l’agriculture biologique
- Être attentif à l’origine des denrées de base
- Limiter l’exposition répétée aux aliments les plus concernés
Agir à la source, selon l’Anses
Pour l’Anses, varier son alimentation ne suffira pas à inverser la tendance si rien n’est entrepris en amont. L’agence insiste sur la nécessité d’agir sur les matières fertilisantes, en partie responsables de l’augmentation de la concentration en cadmium dans les sols et, in fine, dans les aliments.
En France, l’agriculture conventionnelle utilise principalement des engrais minéraux importés du Maroc et de la Tunisie, où les mines de phosphate de calcium sont naturellement riches en cadmium. C’est précisément cette chaîne d’approvisionnement que plusieurs professionnels de santé appellent à revoir pour limiter l’exposition de la population, notamment des enfants.
