Pâtes, pizzas, viennoiseries… Environ 8 % des Français disent avoir réduit ou supprimé le gluten après avoir constaté des douleurs, des ballonnements ou des troubles du transit. Pourtant, en dehors de la maladie cœliaque, qui touche environ 1 à 2 % de la population et correspond à une réaction du système immunitaire au gluten, ce dernier n’est pas toujours le responsable des symptômes digestifs.
Une nouvelle méta-analyse, qui rassemble les résultats de plus de 50 études, suggère même que les glucides fermentescibles, appelés FODMAPs, ainsi qu’un déséquilibre de l’axe intestin-cerveau, pourraient expliquer une grande partie des troubles rapportés. Ces travaux ont été publiés dans The Lancet le 22 octobre 2025.
Le gluten, rarement en cause selon les données
« En examinant des décennies de recherche, nous avons découvert que pour la plupart des personnes qui pensent réagir au gluten, le gluten lui-même en est rarement la cause », explique Jessica Biesiekierski dans un article publié sur The Conversation à la suite de cette méta-analyse à laquelle elle a participé.
Dans plusieurs essais, les participants ont été amenés à consommer un aliment placebo, en croyant qu’il contenait du gluten, alors que ce n’était pas le cas. « De nombreux participants qui pensaient être “sensibles au gluten” ont réagi de manière similaire, voire plus fortement », rapporte la chercheuse en nutrition.
Pour elle, ces résultats montrent que le facteur psychologique peut jouer un rôle important, en perturbant la digestion via l’axe intestin-cerveau. « Il s’agit là de véritables réactions physiologiques », précise-t-elle. « Les données disponibles nous indiquent que le fait de concentrer son attention sur l’intestin, associé à l’anxiété liée aux symptômes ou à des expériences négatives répétées avec la nourriture, a des effets réels. »
Le rôle possible des FODMAPs, et notamment du fructane
Parmi les pistes les plus sérieuses avancées par les chercheurs figure un FODMAP bien connu : le fructane. Ce glucide est présent dans le blé, mais aussi dans les oignons, l’ail, les poireaux et d’autres légumes.
« Ils forment un groupe de sucres qui vont fermenter au niveau intestinal, et qui peuvent provoquer des troubles digestifs chez certains patients », explique Marie-Caroline Baraut, diététicienne-nutritionniste interrogée en octobre 2025.
Dans ce contexte, les symptômes attribués au gluten pourraient en réalité être liés à une sensibilité aux FODMAPs, très fréquente chez les personnes souffrant de douleurs abdominales, de ballonnements ou de troubles du transit.
Comment agir avant de supprimer le gluten
En cas de troubles digestifs, la spécialiste recommande de commencer par revoir les bases de l’alimentation : la composition de l’assiette, la mastication, mais aussi la gestion du stress. Selon elle, ces éléments peuvent déjà améliorer nettement le confort digestif.
« Si vraiment cela ne suffit pas, le diététicien-nutritionniste, formé aux troubles digestifs, pourra envisager le protocole FODMAPs. Ce n’est pas un régime, mais un protocole avec exclusion temporaire, puis réintroduction », détaille Marie-Caroline Baraut.
Cette méthode consiste à retirer temporairement les aliments riches en FODMAPs, puis à les réintroduire progressivement afin d’identifier précisément les aliments problématiques.
Pourquoi l’exclusion du gluten doit rester une dernière option
En dehors de la maladie cœliaque, Jessica Biesiekierski recommande elle aussi de ne pas éliminer le gluten trop vite. Selon elle, cette exclusion ne devrait être envisagée qu’en dernière intention, et toujours avec l’accompagnement d’un professionnel de santé.
« Cette approche permet de cibler et de limiter la restriction dans le temps, évitant ainsi une exclusion inutile et prolongée du gluten », souligne-t-elle. Une démarche qui permet aussi de réduire le risque de développer une relation trop rigide à l’alimentation, voire des troubles du comportement alimentaire.
Les points à retenir sur le gluten et les troubles digestifs
La méta-analyse publiée dans The Lancet remet en question l’idée selon laquelle le gluten serait, dans la majorité des cas, l’unique cause des maux digestifs ressentis après la consommation de produits céréaliers.
Avant de supprimer le gluten, les chercheurs et les spécialistes de la nutrition invitent à considérer d’autres pistes :
- une sensibilité aux FODMAPs, notamment au fructane ;
- un rôle de l’axe intestin-cerveau ;
- l’impact du stress et de l’anxiété sur la digestion ;
- la nécessité d’un accompagnement médical ou diététique adapté.
