Le G7 d’Évian referme ses portes mardi 17 juin 2026 après trois jours de sommet dominés, sur le plan économique, par trois dossiers structurels : la dépendance critique de l’Europe aux terres rares chinoises, la course à l’intelligence artificielle où les États-Unis conservent une avance massive, et la volonté de rééquilibrer les échanges commerciaux face aux surcapacités industrielles chinoises. Pour la France, qui a placé sa présidence du G7 sous le signe du rééquilibrage de l’économie mondiale, l’enjeu est de transformer les déclarations en leviers concrets pour son industrie.
Pourquoi c’est important
Le G7 né en 1975 sous présidence française à Rambouillet visait à coordonner les grandes économies après les chocs pétroliers et l’effondrement du système de Bretton Woods. Cinquante et un ans plus tard, plusieurs de ces mêmes fragilités — insécurité énergétique, tensions commerciales, stress de la dette souveraine, compétition industrielle — sont revenues sur la table à Évian, indique l’Atlantic Council dans une analyse publiée le 11 juin.
Mais la nouveauté tient à l’ajout d’un agenda industriel et technologique explicite. La France a structuré sa présidence autour de sept tracks ministériels, dont un track numérique entièrement dédié à l’IA et un track commerce chargé de proposer des règles communes face aux pratiques non-concurrentielles. Pour les ménages français, ces arbitrages se traduiront à moyen terme par le prix des technologies (voitures électriques, smartphones, équipements médicaux) et la solidité des filières industrielles nationales.
Terres rares : la dépendance européenne exposée
Premier dossier, premier chiffre : 100 %. C’est la part des terres rares lourdes (utilisées dans les aimants permanents haute performance) que l’Europe importe de Chine. L’Europe dépend également à 85 % de la Chine pour ses terres rares légères et à 98 % pour ses aimants permanents, selon les données compilées par l’Atlantic Council.
Cette dépendance a basculé en crise ouverte en octobre 2025, lorsque Pékin a élargi ses contrôles à l’export sur les terres rares et les aimants. Selon les analyses citées par World Reporter, les exportations chinoises d’aimants ont chuté d’environ trois quarts dans les semaines qui ont suivi, contraignant plusieurs constructeurs automobiles à réduire leur production. L’exposition économique directe a été chiffrée à environ 1 500 milliards de dollars pour l’Union européenne et un montant équivalent pour les États-Unis.
Les restrictions ont été partiellement suspendues après la rencontre bilatérale entre Donald Trump et Xi Jinping en octobre 2025, mais l’épisode a cristallisé la vulnérabilité que la stratégie française entend adresser. Le G7 avait déjà adopté en 2025 à Kananaskis (Canada) un Critical Minerals Action Plan et créé la Critical Minerals Production Alliance, pilotée par le Canada. À Évian, Paris pousse pour aller plus loin : la création d’un secrétariat permanent du G7 chargé des minéraux critiques, qui assurerait la continuité des travaux au-delà des présidences annuelles. Objectif affiché : diversifier l’extraction, le raffinage et la transformation, et fixer des standards internationaux de traçabilité.
Intelligence artificielle : la France tente de rattraper son retard
Deuxième dossier, deuxième déséquilibre massif : en 2025, 79 % des nouvelles entreprises d’intelligence artificielle financées dans le G7 étaient basées aux États-Unis, contre seulement 3,4 % en France, selon l’Atlantic Council. Pour Emmanuel Macron, le sommet d’Évian est l’occasion de présenter la stratégie française d’attractivité technologique — et le choix d’inviter Sam Altman, le directeur général d’OpenAI, en est l’illustration la plus commentée.
L’effort industriel est mesurable. Le 30 mai 2026, à quelques jours du sommet, SoftBank Group a annoncé, dans le cadre du Choose France, un investissement pouvant atteindre 75 milliards d’euros pour développer 5 gigawatts de capacité de data centers dédiés à l’IA en France. La première phase, chiffrée à 45 milliards d’euros, doit livrer 3,1 GW dans les Hauts-de-France — à Loon-Plage (Dunkerque), Bosquel et Bouchain — d’ici 2031. Il s’agit, selon le communiqué officiel du groupe japonais, du plus gros investissement IA de SoftBank en Europe.
Le projet associe EDF, qui fournira l’électricité bas-carbone du site de Bouchain, et Schneider Electric, qui installera une usine robotisée. Pour les acteurs français, l’enjeu est de transformer cette capacité de calcul en avantage industriel : hébergement de modèles, formation, intégration dans les PME et les services publics. Reste l’écart de financement avec les États-Unis, que ces annonces ne comblent qu’en partie.
Déséquilibres commerciaux : la Chine au centre de la discussion
Troisième dossier, troisième levier : la question des surcapacités industrielles et des échanges déséquilibrés avec la Chine. Le track commerce du G7, qui a tenu sa première réunion en février 2026 et une session ministérielle à Paris en mai, a défini quatre priorités : contrôler les surcapacités industrielles et les pratiques non-concurrentielles, renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, moderniser le système commercial multilatéral, et promouvoir un e-commerce transfrontalier plus sûr.
Le sujet est politiquement sensible : avant le sommet, Emmanuel Macron a présidé le 11 juin une visioconférence élargie à la Chine, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud et le Kenya — un signal explicite que la France ne conçoit pas le G7 comme un bloc fermé face à Pékin mais comme un mécanisme de coordination. L’enjeu, selon l’Atlantic Council, est d’éviter que l’agenda « minéraux critiques » ne se réduise à une dépendance inversée, et de faire converger standards de traçabilité et règles de concurrence au niveau international.
Ce que cela peut changer pour les ménages et les entreprises
Pour les ménages, les décisions du G7 d’Évian auront un effet principalement indirect mais réel. Une diversification effective des sources de terres rares devrait, à terme, limiter la volatilité des prix des véhicules électriques, des équipements ménagers et de l’électronique grand public. Le développement des data centers IA en France crée un appel d’air pour les emplois d’ingénieurs et de techniciens dans les Hauts-de-France, mais aussi une pression accrue sur le réseau électrique local.
Pour les entreprises, l’enjeu est plus immédiat. Les annonces de Standardisation de la traçabilité des minéraux critiques ouvrent de nouveaux marchés pour les acteurs du recyclage et du raffinage européens. Les accords sur l’IA et la protection des données fixés dans le cadre du G7 détermineront les conditions dans lesquelles les PME françaises pourront accéder aux modèles et aux infrastructures.
Les signaux à surveiller
- La création effective — ou non — d’un secrétariat permanent du G7 sur les minéraux critiques, et son mandat exact.
- L’avancement des data centers SoftBank en France : calendrier, partenariats industriels, raccordement électrique.
- Les suites concrètes du track commerce : mécanisme de coordination sur les surcapacités, calendrier des prochaines réunions.
- L’évolution des contrôles chinois à l’export sur les terres rares après le sommet d’Évian.
- Les engagements financiers concrets de la France en faveur de l’IA, au-delà des annonces d’attractivité.
Sources
- World Reporter — G7 Leaders Convene in Évian, France, With AI Regulation, Critical Minerals, and Global Economic Imbalances on the Agenda (16 juin 2026)
- Atlantic Council — Seven charts that will define France’s G7 summit (11 juin 2026)
- SoftBank Group — SoftBank Group to Build 5 GW of AI Data Center Capacity in France (30 mai 2026, communiqué officiel)
