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    TotalEnergies : ce que Pouyanné a dit aux députés sur la fiscalité et le prix des carburants

    Auditionné pendant plus de deux heures par la commission des Finances de l’Assemblée nationale ce mercredi 17 juin, le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné a défendu pied à pied la fiscalité du groupe en France et le mécanisme de plafonnement du prix des carburants. L’échange, mené par le président de la commission Éric Coquerel (LFI) et le rapporteur de la mission flash sur la taxation des carburants, a surtout permis de mettre des chiffres précis sur deux sujets jusqu’ici discutés en termes très généraux : le coût du plafonnement pour TotalEnergies et la part de l’impôt sur les sociétés payée en France.

    « À peu près 200 millions d’euros » de manque à gagner depuis le début de la guerre en Iran

    Le chiffre a été répété à plusieurs reprises devant les députés : depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le plafonnement du prix des carburants mis en place par TotalEnergies a coûté au groupe environ 200 millions d’euros. « Le plafond est inférieur au prix de revient », a assuré Patrick Pouyanné, interrogé par Éric Coquerel.

    Le PDG a toutefois défendu ce dispositif comme un « geste » assumé, permis par le modèle intégré du groupe — du champ pétrolier à la station-service — et par de bons résultats globaux. Il a aussi laissé entendre que, dans le contexte actuel, TotalEnergies vendait son carburant à perte du fait de ce plafonnement. Et il a menacé : si le Parlement s’orientait vers une taxation supplémentaire, « on en tirera les leçons ».

    Cette estimation est présentée par le dirigeant lui-même comme un « calcul approximatif », fondé sur ce qu’aurait pratiqué le groupe en l’absence de plafonnement. Le ministère de l’Économie, sollicité, a renvoyé vers la direction de l’entreprise.

    Un résultat français dopé par les marges de raffinage

    L’audition a surtout été l’occasion d’un chiffrage inattendu : celui du résultat TotalEnergies en France au premier trimestre 2026. Patrick Pouyanné l’a évalué « à peu près à 500 millions d’euros », sur un bénéfice total du groupe de 5,8 milliards d’euros sur les trois premiers mois de l’année.

    Cette performance hexagonale, inhabituelle pour le groupe, est liée à l’envolée des marges de raffinage. « En général, les marges ont tendance à baisser quand les prix du brut montent », a observé le dirigeant. Mais la conjonction des installations endommagées par des bombardements, du blocage partiel du détroit d’Ormuz et de la baisse de l’offre de produits raffinés a fait passer ces marges d’une moyenne historique de « 5 à 6 » dollars par baril à environ 13 dollars par baril actuellement — soit un quasi-triplement.

    Interrogé sur la répercussion de la baisse des cours du brut à la pompe, le PDG a assuré que son entreprise « répliquait à la baisse, jour après jour ». Il a détaillé un exemple chiffré : pour le diesel, le coût d’approvisionnement de TotalEnergies est passé en moyenne de 1,94 euro début juin à 1,85 euro mi-juin, et le prix à la pompe dans ses stations de 2,09 à 1,94 euro. Mais la décrue complète, prévient-il, « prendra du temps ».

    Et la taxation des « superprofits » ?

    Le retour à une taxation exceptionnelle des bénéfices records des énergéticiens était l’arrière-plan politique de l’audition. Le patron de TotalEnergies a réaffirmé son opposition à toute surtaxe et justifié la fiscalité française du groupe par un argument de territorialité.

    La France, explique-t-il, ne produit pas de pétrole : le groupe y exploite « des activités de raffinage et de distribution (…) structurellement peu rentables », selon la formule de l’économiste au Cepii Thomas Grjebine. Fin 2025, la filiale Raffinage-chimie France affichait un déficit cumulé de 5,5 milliards d’euros.

    L’impôt sur les bénéfices en France : 95 millions de dollars en 2024

    La direction du groupe revendique une contribution fiscale française de 2,1 milliards de dollars en 2024 — ce qui place l’Hexagone en troisième position derrière la Norvège et les Émirats arabes unis. Mais cette somme est « essentiellement des charges patronales », et la part d’impôt sur les sociétés stricto sensu n’est que de 95 millions de dollars, sur un chiffre d’affaires mondial d’environ 200 milliards de dollars.

    À titre de comparaison, le PDG de LVMH Bernard Arnault déclarait devant une commission sénatoriale avoir acquitté 6 milliards d’euros d’IS en 2024, dont « près de la moitié en France ». TotalEnergies, de son côté, n’a payé l’IS à six reprises depuis 2015, selon sa propre direction.

    Le groupe explique cette faiblesse par le poids des pays producteurs dans son impôt mondial : en 2024, la Norvège (3,5 milliards de dollars), le Nigeria (1,34 milliard), le Royaume-Uni (1,3 milliard) et l’Angola (698 millions) concentraient l’essentiel de ses versements. Le taux d’IS moyen mondial du groupe depuis 2022 est de 43 %, supérieur au taux français nominal de 25 %, fait valoir la direction pour réfuter toute optimisation agressive.

    « Prix de transfert » : le point de friction

    Plusieurs voix critiques pointent cependant le rôle de certaines filiales de négoce basées dans des pays à fiscalité avantageuse. L’Observatoire des multinationales a récemment relevé la présence de « filiales très lucratives » en Suisse et à Singapour — deux États qui ne produisent pas d’hydrocarbures mais où TotalEnergies est imposé à 15 %, le taux plancher prévu par un accord de l’OCDE. Ces deux pays figurent dans la catégorie « reste du monde » du rapport annuel de transparence du groupe, jugée opaque par certains économistes.

    Reste, pour le Parlement, à décider s’il donne suite au débat sur la taxation des superprofits ouvert depuis plusieurs mois. En attendant, la décrue des prix à la pompe se poursuit — lentement — et l’audition du 17 juin aura au moins eu le mérite de poser les chiffres du dossier sur la table.

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