La France aborde une nouvelle vague de chaleur avec un diagnostic qu’elle n’avait jamais posé aussi précisément : les « quartiers populaires » ne subissent pas la canicule comme les autres. Une étude de la Fondation pour le logement des défavorisés, publiée ce jeudi 18 juin, documente pour la première fois cette inégalité thermique, alors que le ministre du Logement Vincent Jeanbrun présentait la veille un plan « endurance » dont plusieurs ONG jugent déjà les mesures insuffisantes.
Le rapport, dont Libération et L’Humanité révèlent les principaux éléments, s’appuie sur un constat de terrain dressé dans les grands ensembles urbains : logements exposés à la surchauffe, équipements de rafraîchissement absents, habitants contraints de « rester calfeutrés » chez eux pour limiter l’effet des pics. La Fondation, héritière de l’ancienne Fondation Abbé-Pierre, recommande « un plan d’installation de volets et brasseurs d’air dans les foyers concernés ».
Ce que dit l’étude de la Fondation pour le logement
L’étude, présentée comme une « enquête sur la surexposition des quartiers populaires aux vagues de chaleur », introduit la notion de « logement bouilloire » : un habitat qui accumule la chaleur en journée et ne la restitue que la nuit, sans possibilité réelle de rafraîchissement. L’Humanité cite un témoignage recueilli par la Fondation : « On parle de sommeil dégradé, de difficultés de concentration pour travailler ou faire ses devoirs et de souffrances physiques réelles : vertiges, étourdissements et un stress annuel croissant à l’approche des canicules. »
Selon la Fondation, plusieurs caractéristiques se cumulent dans ces quartiers : densité urbaine, absence de ventilation traversante, peu d’isolation de toiture, manque d’occultations extérieures performantes et accès inégal à la climatisation. Le diagnostic rejoint une autre donnée publiée la veille par franceinfo : la chaleur tue chaque année plus de 5 000 personnes en France, selon une étude d’Oxfam.
Le plan « endurance » du gouvernement, en parallèle
À la veille de cette publication, le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun a présenté mercredi 17 juin un plan « endurance » pour adapter les logements aux canicules, rapporte Le Monde. Le dispositif s’articule autour de plusieurs mesures concrètes.
Pour les copropriétés, le ministre propose d’instaurer une majorité simple pour le vote de travaux de rénovation d’ampleur — un assouplissement destiné à accélérer les chantiers dans les immeubles collectifs. Pour les pompes à chaleur réversibles air-air, le gouvernement prévoit une TVA réduite, afin d’en abaisser le coût d’achat pour les ménages. Pour les logements neufs, l’indicateur de confort d’été sera révisé, avec un décret attendu « avant le 1er janvier 2027 », pour « mise en cohérence avec la trajectoire réelle de réchauffement ».
Vincent Jeanbrun a par ailleurs reconnu que « la climatisation va être amenée à se développer », tout en conditionnant ce mouvement à la réalisation préalable des solutions « les plus sobres en matière de consommation ». Le plan mise enfin sur la géothermie et les réseaux de froid, avec un objectif affiché de doubler la capacité de ces derniers d’ici à 2030.
Une ampleur jugée insuffisante par les associations
La Fondation pour le logement n’est pas la seule à plaider pour des mesures plus directes. Une enquête ADEME, relayée par BFM TV ce 18 juin, indique que deux tiers des Français déclarent des difficultés à supporter la chaleur dans leur logement — un chiffre qui dépasse largement les seuls quartiers populaires.
Dans Le Monde, plusieurs voix associatives critiquent le calibrage du plan : « La conférence de presse du gouvernement à la veille d’une nouvelle vague de chaleur aurait dû être l’occasion d’annoncer des vraies mesures, mais tout en vantant le fait que la France serait à la pointe de l’adaptation. » Pour une autre ONG interrogée par le quotidien, « le gouvernement se contente des mesures existantes, et de quelques petites annonces floues, comme le recensement des logements sans protections solaires dans le parc social ».
Le contraste est net avec les préconisations opérationnelles de l’étude de la Fondation pour le logement — volets, brasseurs d’air — qui, selon les associations, répondent à un besoin immédiat dans des immeubles où la climatisation restera hors de portée pour de nombreux ménages. La séquence des deux publications, à 24 heures d’intervalle, met en regard une demande sociale documentée et une réponse gouvernementale encore en phase de calibrage.
Sources
- Libération — « Toutes les caractéristiques sont réunies pour la surchauffe » : les quartiers populaires plus à risques pendant les fortes chaleurs
- L’Humanité — « Logements bouilloires » : comment « l’inaction coupable » du gouvernement alimente une injustice sanitaire et sociale
- Le Monde — Canicule : le gouvernement présente un plan « endurance » pour faciliter l’adaptation des logements
- franceinfo — La chaleur tue chaque année plus de 5 000 personnes en France, selon une étude d’Oxfam
- BFM TV — Canicule : les deux tiers des Français ont des difficultés à supporter la chaleur dans leur logement (enquête ADEME)
