Le chiffre donne le vertige : le déficit commercial de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine dépasse désormais un milliard d’euros par jour, selon les données d’Eurostat. C’est dans ce contexte que les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept se réunissent à Bruxelles pour évoquer la riposte européenne à la « déferlante chinoise », qui menace d’emporter des pans entiers de l’industrie du Vieux Continent.
Le sommet intervient alors que la France pousse pour un mécanisme d’inspiration américaine, le « Section 301 », qui permettrait à l’UE de surtaxer de manière ciblée et plus souple les produits de pays accusés de pratiques déloyales. La Commission, elle, temporise et privilégie la diversification des approvisionnements et le dialogue.
Un déficit record, des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Pour les seules marchandises, le déficit a atteint 31,9 milliards d’euros en avril 2026, souligne La Tribune à partir des chiffres d’Eurostat. À l’échelle annuelle, cela représente une hémorragie commerciale que les Vingt-Sept n’ont jamais connue à ce niveau vis-à-vis d’un seul partenaire.
Une étude récente, relayée par l’ensemble des dépêches AFP, explique en partie ce déséquilibre : « De 2004 à 2025, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne 3 à 8 fois plus de soutien public que leurs homologues basées dans l’OCDE, selon une estimation conservatrice. » Cette intensité du soutien, sous forme de subventions, de prêts bonifiés ou d’aides à l’exportation, fausse la concurrence dans des secteurs entiers — automobile, panneaux solaires, batteries, acier, chimie.
La proposition française : un « Section 301 à l’européenne »
Parmi les pistes sur la table, la France a proposé que l’UE s’inspire du régime américain dit « Section 301 », qui permet de surtaxer de manière ciblée les produits de pays accusés de pratiques déloyales. Ce mécanisme, utilisé par Washington contre la Chine sous l’administration Trump puis Biden, a montré qu’il pouvait être actionné plus rapidement que les enquêtes anti-subventions classiques de l’Organisation mondiale du commerce.
Emmanuel Macron a défendu publiquement cette ligne : « Nous devons assumer des mesures de défense (…), l’équivalent d’une section 301 à l’européenne, avait plaidé le président français, affirmant que les Européens avaient le droit de réagir ‘quand notre souveraineté est mise en cause’. » Paris veut à la fois accélérer les ripostes sectorielles et donner un cadre européen unique à ce type de sanctions, pour éviter qu’un État membre isolé ne soit accusé de protectionnisme.
La prudence de la Commission : diversification et dialogue
À Bruxelles, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a posé un cadre plus mesuré : « Cela montre à quel point il est important de diversifier nos approvisionnements, et nous devons aussi discuter avec la Chine pour essayer qu’elle change de comportement. » La ligne défendue par l’exécutif européen consiste à éviter une rupture frontale, tout en multipliant les outils de riposte ciblés.
La Tribune résume cette approche en titrant sur une Commission qui « muscle sa boîte à outils » : enquêtes anti-subventions, mécanisme de conditionnalité des investissements entrants, contrôle des marchés publics. Mais la ligne rouge reste claire : « l’Europe n’a pas les moyens de se lancer dans une guerre commerciale ouverte, dont tout le monde ressortirait perdant, vu les liens économiques très étroits entre les 27 et la Chine ».
Un test politique pour les Vingt-Sept
Au-delà du diagnostic technique, la séquence actuelle est un test politique. D’un côté, une partie des États membres — la France en tête, rejoints par l’Espagne ou l’Italie sur certains dossiers — réclament des mesures rapides pour protéger leur base industrielle. De l’autre, l’Allemagne et plusieurs pays du nord, plus exposés à l’exportation vers la Chine, redoutent une escalade qui toucherait leurs propres ventes.
Le sommet des 18 et 19 juin ne tranchera sans doute pas définitivement le débat, mais il doit au moins fixer le calendrier des arbitrages à venir. La question centrale reste posée : l’Europe peut-elle se doter, avant la fin de l’année, d’un instrument de riposte commerciale à la fois rapide, proportionné et juridiquement défendable — ou restera-t-elle fragmentée entre capitales nationales qui agissent seules, avec le risque d’être isolément ciblées par Pékin ?
